Camille Parmesan - #monANR

Camille Parmesan, directrice adjointe de la Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale SETE, unité CNRS UAR2029
© Lloyd Russel / Université de Plymouth

 

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Camille Parmesan : Comprendre l'impact du changement climatique sur la biodiversité

Camille Parmesan est une chercheuse du CNRS reconnue internationalement pour ses travaux pionniers sur les effets du changement climatique sur la biodiversité. Collaboratrice du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) depuis plus de 25 ans, elle a consacré sa carrière à la compréhension de l’impact du réchauffement climatique sur les espèces sauvages, en particulier les papillons, qu'elle étudie depuis toujours. Lauréate du programme « Make Our Planet Great Again » (MOPGA) géré par l'ANR pour le compte de l’Etat au titre de France 2030 et lancé par le président Emmanuel Macron en 2017, elle s'est installée en France, où elle continue d'explorer comment Science et Société civile peuvent unir leurs forces pour élaborer des solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique.

« La nature elle-même est notre meilleure alliée contre le changement climatique. Je veux aider les gens à comprendre que protéger la nature, ce n'est pas seulement sauver des espèces, c'est aussi nous sauver nous-mêmes. » Camille Parmesan, Biologiste spécialiste du changement climatique, directrice de recherche, directrice adjointe de la Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale SETE, unité CNRS UAR2029

En quoi consiste votre projet de recherche ?

J'étudie l'impact du changement climatique sur la biodiversité. Mon travail s'est toujours concentré sur les papillons, principalement en Californie, mais aussi dans les Alpes, les Pyrénées et dans toute l'Europe. Ils constituent un merveilleux sujet d'étude pour comprendre les réponses écologiques et évolutives au réchauffement climatique.

Grâce à mon implication au sein du GIEC depuis plus de 25 ans, mon travail s'est étendu à des analyses à l'échelle mondiale. J'étudie désormais la façon dont le changement climatique a déjà affecté les espèces sauvages à travers le monde, et ce que ces changements signifient pour la conservation.

Le changement climatique rend la conservation beaucoup plus difficile. Ses effets négatifs touchent le plus durement les espèces qui sont déjà les plus vulnérables. Je m'intéresse également à ce que nous pouvons faire, en tant que sociétés et en tant qu'individus, pour nous adapter au changement climatique et réduire les gaz à effet de serre. Et il s'avère que la nature elle-même offre certaines des meilleures solutions.

Comment votre projet a-t-il vu le jour ?

Tout remonte à mes études supérieures, il y a plus de 35 ans. J'étudiais l'écologie et l'évolution d'un papillon appelé Edith's checkerspot lorsque la NASA a lancé un appel à projets sur le changement climatique. Celui-ci était principalement axé sur les données satellitaires, mais au bas de l'annonce, il y avait une ligne concernant l'étude des impacts sur les espèces individuelles.

Je me suis immédiatement dit : « J'ai un papillon qui est très sensible au climat ! ». J'ai postulé et j'ai obtenu un financement pour trois ans. Ces recherches ont fourni la première preuve solide que le changement climatique affectait déjà une espèce sauvage : ce papillon se déplaçant vers le nord et en altitude en réponse au réchauffement. C'est à ce moment précis que je suis devenue biologiste spécialiste du changement climatique.

Des années plus tard, lorsque le Brexit a frappé le Royaume-Uni, où j'exerçais en tant que professeur, cela a été un désastre pour le monde universitaire. Des postes ont été supprimés, et en tant qu'immigrée, la situation était difficile. J'ai envisagé de retourner en Amérique du Nord, mais la situation des climatologues aux États-Unis était désastreuse. C'est alors que le Président Emmanuel Macron a publié sa vidéo « Make Our Planet Great Again » (MOPGA), invitant les climatologues américains à venir en France. J'ai postulé et j'ai été acceptée. Cette bourse financée par l'ANR m'a permis de venir ici, et peu après, on m'a proposé un poste permanent au CNRS. Tout s'est déroulé à merveille.

Y a-t-il un moment particulier de votre projet qui vous a marqué ?

L'une des choses les plus marquantes que j'ai faites grâce à MOPGA a été de financer un petit projet artistique documentaire. J'admirais depuis longtemps une cinéaste de Plymouth qui réalisait des documentaires scientifiques poétiques, et elle m'a dit qu'elle voulait filmer un projet sur mon travail de terrain en Californie.

Au début, j'étais sceptique. Elle nous a filmés, mon mari et moi, pendant quatre jours sans nous interviewer, se contentant de nous observer travailler, dans un style cinéma vérité. La première version qu'elle m'a envoyée durait trois heures et, honnêtement, je l'ai trouvée ennuyeuse ! Mais après de nombreuses retouches, elle a créé un magnifique film de 22 minutes qui rendait vraiment compte de l'expérience du travail de terrain : la joie, le but, le lien avec la nature.

Il a été projeté dans des salles de cinéma, a même remporté un prix du jury, et cette expérience reste l'un des aspects les plus marquants de l'ensemble du projet. Cela m'a montré comment l'art peut transmettre l’aspect émotionnel de la science d'une manière qui touche le cœur.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que votre projet avait été sélectionné par le jury dans le cadre de l'appel à projets France 2030 MOPGA, géré par l'ANR ?

Ce fut un immense soulagement ! J'attendais depuis des mois une réponse du Canada concernant un éventuel poste de professeur, et je savais que cela n'allait pas se faire. Le processus MOPGA a été beaucoup plus rapide, mais quand on essaie de planifier sa vie, six mois, c'est encore une éternité !

Quand j'ai reçu la nouvelle, j'étais si heureuse. J'avais enfin une certitude : « Oui, la décision est prise, nous déménageons en France ! » Cela m'a apporté de la stabilité, de la liberté et la possibilité de poursuivre un travail utile.

Qu'est-ce que ce financement de France 2030 vous a permis de réaliser ?

Beaucoup de choses que je n'aurais pas pu faire autrement. Tout d'abord, cela m'a permis d'assumer le rôle d'auteur principal coordinateur pour le GIEC, en dirigeant un chapitre majeur sur les impacts du changement climatique sur les écosystèmes terrestres et d'eau douce. C'est un processus de sept ans qui exige un engagement total, et il aurait été impossible de le combiner avec l'enseignement.

Le financement m'a également permis de soutenir un post-doctorant en tant que scientifique chargé d'un chapitre, ce qui était essentiel pour les travaux du GIEC, et d'acheter des chambres environnementales sur mesure qui reproduisent les conditions de haute montagne : températures froides, forte intensité lumineuse et CO₂ contrôlable. Ces chambres étaient indispensables pour mes expériences sur les papillons alpins. Il a fallu cinq ans pour les obtenir, mais elles constituent aujourd'hui des outils de recherche extrêmement précieux.

Et enfin, bien sûr, il a financé ce film documentaire, qui, je pense, a eu un réel impact sur le public.

De plus, je me souviens d'une anecdote amusante concernant mon aventure MOPGA.

Les gens ont été assez perplexes face à l'acronyme de mon projet : CCISS. Dans les deux autres pays où j'ai travaillé, aux États-Unis et au Royaume-Uni, il n'est pas nécessaire de trouver un acronyme pour son travail.  Je n'étais donc pas préparée lorsque cette question est apparue dans le formulaire de candidature. Je voulais que l'acronyme ait un sens et ne soit pas juste un ensemble de lettres. J'ai donc réfléchi et réalisé que le titre « Climate change impacts on species » (Impacts du changement climatique sur les espèces) pouvait être condensé en l'acronyme : Climate Change Impacts on SpecieS = CCISS, que je prononce « KISS ».

Je peux donc honnêtement dire que « je suis venue en France à cause d'un French kiss » ! Aux États-Unis, quand on est enfant (10-13 ans) et qu'on parle de garçons avec ses copines, le sujet des baisers est TRÈS important.  Il s'accompagne de beaucoup de cris, de rires et de célébrations parmi les filles (je suppose que c'est pareil chez les garçons).

C'était censé être une petite blague, tellement que personne ne l'a comprise.  Bon, je savais déjà qu'il ne fallait pas essayer de faire des blagues dans les séminaires, ça ne marche jamais...  Maintenant, je sais qu'il ne faut essayer aucune blague, d'aucune sorte !

Quel impact espérez-vous que vos recherches auront sur la société ?

J'espère qu'elles contribueront à aider la société à comprendre à la fois l'urgence et les solutions. Mon travail au sein du GIEC a déjà eu une influence mondiale majeure, notre chapitre a été cité des milliers de fois et nous avons réussi à maintenir les « solutions fondées sur la nature » dans le résumé à l'intention des décideurs politiques malgré la résistance des gouvernements.

Au-delà de cela, mes récentes études montrent que l'évolution elle-même peut parfois aider les espèces à s'adapter au changement climatique, ce qui est une rare bonne nouvelle. Et nous développons de nouveaux cadres pour aider les responsables de la conservation à planifier dans l'incertitude, en reconnaissant qu'il n'y a pas un seul avenir possible, mais plusieurs.

Grâce à la science et à la sensibilisation, je veux aider les gens à comprendre que protéger la nature, ce n'est pas seulement sauver des espèces, c'est aussi nous sauver nous-mêmes.

Que souhaitez-vous pour l'ANR dans les années à venir ?

J'espère que l’agence continuera à être bien financée et respectée. Les États-Unis ont traversé une période très sombre pour la science, et j'espère sincèrement que la France ne suivra jamais cette voie.

Une France forte dépend d'une science forte. Le soutien continu à l'ANR est synonyme de progrès continu : dans la compréhension, l'innovation et la résilience. J'espère également que l'ANR continuera à soutenir la sensibilisation et les collaborations entre l'art et la science. La science doit dépasser le cadre du laboratoire, et des projets comme le documentaire que nous avons réalisé peuvent toucher les cœurs autant que les esprits.

 

En savoir plus :

La page projet sur le site de l’ANR

Le programme Make Our Planet Great Again

L’appel Make our planet great Again par Emmanuel Macron  

  

 

Camille Parmesan: Understanding the impact of climate change on biodiversity

Camille Parmesan is a CNRS researcher internationally recognized for her pioneering work on the effects of climate change on biodiversity. As a long-standing contributor to the Intergovernmental panel on climate change (IPCC) for over 25 years, she has devoted her career to understanding how global warming affects wild species, in particular butterflies, her lifelong study system. Recipient of a France 2030 “Make Our Planet Great Again” (MOPGA) grant, a call for proposals operated by ANR and launched by Président Emmanuel Macron in 2017, she moved to France, where she continues to explore how science and society can work together to build nature-based solutions to climate change.

Nature itself is our best ally against climate change. I want to help people see that protecting nature is not only about saving species, it’s about saving ourselves.” Camille Parmesan, Climate change biologist, Director of Research, Adjunct Director of the Station of Theoretical and Experimental Ecology SETE Theoretical and Experimental Ecology (SETE), CNRS unit UAR2029

What is your research project about?

I study how climate change is impacting biodiversity. My work has always focused on butterflies, mainly in California, but also in the Alps, the Pyrenees, and across Europe. They are wonderful study systems to understand ecological and evolutionary responses to global warming.

Through my involvement with the IPCC over more than 25 years, my work has expanded to global-scale analyses. I now study how climate change has already affected wild species around the world, and what these changes mean for conservation.

Climate change is making conservation much more difficult. Its negative impacts hit hardest the species that are already the most vulnerable. I’m also interested in what we can do, as societies and as individuals, to both adapt to climate change and reduce greenhouse gases. And it turns out that nature itself offers some of the best solutions.

How did your project come about?

It goes back to my graduate studies, over 35 years ago. I was studying the ecology and evolution of a butterfly called Edith’s checkerspot when NASA launched a call for proposals on climate change. It was mainly focused on satellite data, but at the bottom of the announcement there was one line about looking at the impacts on individual species.

I immediately thought, “I've got a butterfly that's really sensitive to climate!” I applied and got funded for three years. That research produced the first solid evidence that climate change was already affecting a wild species, this butterfly was shifting northward and upward in response to warming. That’s when I became a climate change biologist.

Years later, when Brexit hit the UK, I was a professor there, and it became a disaster for academia. Positions were being cut, and as an immigrant, it was difficult. I considered moving back to North America, but the situation for climate scientists in the U.S. was dire. Then President Macron released his “Make Our Planet Great Again” (MOPGA) video, inviting American climate scientists to France. I applied and got it. That ANR-funded grant brought me here, and soon after, I was offered a permanent CNRS position. It all worked beautifully.

Is there a particular moment from your project that stands out for you?

One of the most special things I did thanks to the MOPGA grant was to fund a small documentary art project. I had long admired a filmmaker in Plymouth who created poetic science documentaries, and then she said she wanted to film a project about my fieldwork in California.

At first, I was skeptical, she filmed me and my husband for four days without interviews, just observing us work, using a cinéma vérité style. The first version she sent was three hours long and, honestly, I thought it was boring ! But after many edits, she created a beautiful 22-minute film that truly captured the feeling of doing field research: the joy, the purpose, the connection to nature.

It has been screened in theaters, even won a jury prize, and that experience remains one of the most meaningful parts of the whole project. It showed me how art can communicate the emotional side of science in a way that speaks to the heart.

How did you feel when you found out your project was selected by the jury in the context of the France 2030 MOPGA call for projects, managed by ANR?

It was an incredible relief! I had been waiting for months to hear back from Canada about a possible professorship, and I could tell it wasn’t going to happen. The MOPGA process moved much faster, but when you’re trying to plan your life, six months still feels like forever!

When I received the news, it was such a joy. I finally had clarity “Yes, the decision is made, we’re moving to France!” It gave me stability, freedom, and the ability to continue meaningful work.

What has this France 2030 funding allowed you to achieve?

So many things I couldn’t have done otherwise. First, it enabled me to take on the role of Coordinating Lead Author for the IPCC, leading a major chapter on climate change impacts on terrestrial and freshwater ecosystems. It’s a seven-year process that requires total commitment, and it would have been impossible to combine with teaching.

The funding also allowed me to support a postdoc as a chapter scientist, which was critical for the IPCC work, and to purchase custom-built environmental chambers that replicate high mountain conditions: cold temperatures, high light intensity, and controllable CO₂. These chambers were essential for my experiments on alpine butterflies. They took five years to obtain, but now they are incredibly valuable research tools.

And finally, of course, it funded that documentary film, which I think has had a real public impact.

Furthermore, I remember one funny thing about my MOPGA.

People have been quite confused about my Acronym for  my project: CCISS.  In the other 2 places I’ve worked -  the USA and in the UK - you do not have to come up with an acronym for your work.  So I was not prepared when this item came up in the application form. I wanted the acronym to have some meaning and not just be a bunch of letters.  So I thought, and realized that the title “Climate change impacts on species”, could be condensed into the acronym: Climate Change Impacts on SpecieS = CCISS - which I pronounce “KISS”.

So, I can honestly say “I came to France because of a french kiss”.   In America, when you’re a kid (10-13 years old) and discussing boys with your girlfriends, the subject of what types of kisses you’ve experienced is a BIG deal.  It comes with much hooting, laughing, and celebration among the girls (I assume among the boys as well).

It was meant to be a little joke, but it turned out to be so little that no-one “got it”.  Oh well, I already knew that I should not try to make jokes in seminars – it never works.  Now I know to not try to make any jokes of any kind in any way!

What impact do you hope your research will have on society?

I hope it contributes to helping society understand both the urgency and the solutions. My IPCC work has already had major global influence, our chapter has been cited thousands of times, and we succeeded in keeping “nature-based solutions” in the Summary for Policymakers despite resistance from governments.

Beyond that, my recent studies show that evolution itself can sometimes help species adapt to climate change, a rare bit of good news. And we’re developing new frameworks to help conservation managers plan under uncertainty, recognizing that there are not one but many possible futures.

Through both science and outreach, I want to help people see that protecting nature is not only about saving species, it’s about saving ourselves.

What do you wish for the ANR in the years to come?

I hope it continues to be well funded and respected. The U.S. has gone through very dark times for science, and I sincerely hope France never goes down that path.

A strong France depends on strong science. Continued support for the ANR means continued progress: in understanding, innovation, and resilience. And I also hope the ANR keeps supporting outreach and art-science collaborations. Science must reach beyond the lab, and projects like the documentary we made can touch hearts as well as minds.

 

Find out more:

The project page on the ANR website

The Make Our Planet Great Again program

The Make our planet great Again appeal by Emmanuel Macron  

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