France 2030 : les premières Trans Numériques à Rennes, la recherche sur le numérique au sommet
France 2030 : les premières Trans Numériques à Rennes, la recherche sur le numérique au sommet

Quelle définition pouvez-vous donner du "continuum numérique" ?
Adrien Lebre : Depuis quelques années, les infrastructures numériques évoluent de "quelques" centres de données à un écosystème totalement unifié où objets connectés associés aux dernières avancées en termes de moyens de communication, de calcul et de stockage, redéfinissent les fondements de notre société. Ce basculement, qui est de plus en plus référencé sous le terme de Continuum ou Continuité Numérique, ouvre la voie à des avancées majeures : villes intelligentes, véhicules autonomes, agroécologie numérique, industrie 4.0, santé connectée, gestion des crises, ou encore éducation immersive. Le continuum numérique ne se contente pas de relier le monde physique à sa réplique virtuelle via les systèmes cyber-physiques, il va nous permettre de réinventer toute une chaîne de valeur en exploitant les concepts de jumeaux numériques associés aux techniques d’Intelligence Artificielle et l’analyse de données massives pour des décisions plus rapides et plus précises.
Quels PEPR sont concernés par ces enjeux ?
A. L : Tous ! Le continuum numérique ne peut se limiter à une vision techno-centrée. Il doit intégrer les usages émergents de chaque discipline, avec leurs contraintes et leurs besoins spécifiques. Cette approche systémique offre un atout majeur à la communauté scientifique : une compréhension globale et exhaustive du continuum, bien au-delà des silos traditionnels :
- D’un côté, les scientifiques de chaque discipline doivent être sensibilisés aux opportunités offertes par les avancées technologiques pour en exploiter tout le potentiel.
- De l’autre, les experts des technologies de l’information et des communications doivent en comprendre les usages concrets, afin de concevoir des abstractions logicielles et matérielles adaptées, en phase avec les réalités du terrain et les défis de notre société moderne (cybermenaces, géopolitique, changement climatique, limites planétaires, impact sociétal et impact social etc.).
Officiellement, 13 PEPRS ont pris part à l’organisation de cette première édition.
Huit abordent plus ou moins directement les défis liés au continuum numériques : Cloud, Réseaux du futur, Numérique pour l’Exascale, Cybersécurité, Collaboration Numérique, Intelligence Artificielle, Numérique Ecoresponsable et Jumeaux numériques. Cinq concernent des domaines d’applications concrets : agroécologie numérique, santé numérique, ville durable, digitalisation et décarbonisation des mobilités, et industries culturelles et créatives. Un quatorzième PEPR, MoleculArXiv, a été invité à intervenir lors d'une session, il aborde la problématique du stockage sur l’ADN, défi scientifique important car il est critique de proposer des nouvelles technologies qui vont au-delà des connaissances actuelles. Ce quatorzième PEPR achève d’illustrer la richesse et la diversité de cette continuité numérique au sein des programmes de France 2030.
Quel était l’objectif de ce premier événement en 2026 ?
A. L : Ce sommet visait à créer un espace d’échanges unique où experts académiques et industriels francophones pourraient, pendant plusieurs jours, partager leurs avancées, identifier les défis persistants et explorer le continuum numérique dans sa globalité. C’est-à-dire en croisant les regards disciplinaires et en plaçant l’humain au cœur de la réflexion.
Qu’attendiez-vous de cet événement et de ses éventuels impacts ?
A. L : Une transdisciplinarité ! L’objectif visait à la fois à sensibiliser les communautés à des perspectives variées sur les enjeux des technologies de l'information et de la communication (TIC) et de notre société moderne, et à favoriser des échanges pouvant déboucher sur des collaborations concrètes, comme celles encouragées par l’AMI Cloud « Fondements algorithmiques et applications pour les clouds de demain », actuellement ouvert.
Enfin, plusieurs experts, représentant les différentes communautés impliquées dans cette première édition, se mobilisent activement pour rédiger un livre blanc sur la continuité numérique. Ce document vise à : cerner les besoins et spécificités de chaque discipline, évaluer leur prise en compte dans les programmes existants, et identifier des pistes pour de futurs projets.
Selon vous, quels bénéfices ont déjà apporté les programmes de recherche de France 2030 en matière de structuration de la communauté scientifique nationale des TIC ? Sur quels enjeux notamment ?
A. L : Une nouvelle dynamique pour les communautés et une visibilité internationale renforcée. Ces programmes offrent une opportunité unique : organiser des événements d’envergure inédite tout en renforçant la structuration des communautés à l’échelle nationale. Cette dynamique, historiquement portée par les instituts à travers des groupements de recherche, des laboratoires communs ou des centres thématiques, gagne aujourd’hui en cohérence et en ambition. De plus, plusieurs de ces initiatives ont déjà été évaluées à mi-parcours. Le résultat fréquemment relevé est qu’elles sont saluées par nos partenaires européens et internationaux comme des modèles. Elles positionnent la France comme un acteur clé dans le développement de projets européens et internationaux, en collaboration avec des partenaires académiques et industriels. La création d’agences de programmes va également accélérer cette dynamique en soutenant des initiatives multi-tutelles plus ambitieuses et mieux coordonnées.
Qu’avez-vous retenu de cette première édition ? Quels ont été les premiers retours ?
A. L : Un sommet validé comme nécessaire et inspirant ! L’organisation d’un tel événement était un pari : les communautés allaient-elles s’engager dans cette dynamique et en tirer une expérience positive ? La réponse est sans équivoque. Le numérique, par sa complexité, exige une approche globale avant d’en explorer plus en détail les multiples dimensions. Un retour d’expérience détaillé émanant des différents directeurs et directrices de programmes est prévu pour mi-mars, mais les premiers échos sont extrêmement encourageants. Preuve de cet engouement : plusieurs PEPR se sont déjà portés volontaires pour organiser l’édition de 2028. Un signal fort de la pertinence de cette initiative !
Qu’avez-vous retenu de la vision prospective proposée par les doctorants des PEPR ayant suivi les débats tout au long des 4 journée du sommet ? Quels seront les autres éventuels livrables issus des Trans Numériques ?
A. L : Les retours des doctorants nous ont particulièrement impressionnés notamment par leur maturité sur les enjeux globaux des technologies de l’information et des communications. Nous sommes conscients que le temps qui leur a été alloué était limité, d’autant plus que le programme, très riche, couvrait un large spectre de thèmes.
Cette observation nous amène à envisager la création d’une école des jeunes chercheurs des Trans Numériques. L’objectif serait de renforcer la sensibilisation de nos doctorants à la complexité des écosystèmes disciplinaires dans lesquels ils évoluent, en mobilisant des experts pour des interventions ciblées et adaptées à leurs besoins spécifiques.
Ce point sera débattu plus amplement mi-mars lors d’une réunion du comité scientifique de cette édition 2026.
14 programmes de recherche de France 2030 impliqués dans les Trans Numériques :
- Agroécologie et Numérique (AgroEcoNum)
- Cloud
- Collaboration numérique (eNSEMBLE)
- Cybersécurité
- Intelligence Artificielle (IA)
- Industries culturelles et créatives (ICCARE)
- Digitalisation et décarbonation des mobilités (MOBIDEC)
- Numérique pour l’Exascale (NumPEx)
- Réseaux du futur
- Santé Numérique
- Stockage moléculaire de données (MoleculArXiv)
- Ville Durable (VDBI)
- Jumeaux numériques
- NumEco (Numérique éco-responsable)
En savoir plus :
https://inria.invityou.com/trans-numeriques2026
La page des PEPR sur le site de l’ANR
France 2030 - Stratégies nationales d’accélération