Politique des diasporas et normalisation du national-populisme – InDiPop
Ce projet porte sur la banalisation à l’échelle internationale d’une forme de national-populisme autoritaire. Par contraste avec le « nationalisme méthodologique » des études du populisme, InDiPop en examine la dimension transnationale à travers la diaspora hindoue, travaillée par les organisations de l’Hindutva au pouvoir en Inde. La diaspora indienne est la plus importante au monde (18 millions de personnes). Quant à l’Hindutva, il s’agit d’un national-populisme ascendant qui bénéficie d’une reconnaissance internationale à travers le Premier ministre indien, Narendra Modi.
Son idéologie présente l’Inde comme un pays hindou où les minorités religieuses sont appelées à devenir des citoyens de seconde zone. Depuis 2014 et l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), l’Hindutva est l’idéologie officielle de l’Inde. Ceci se traduit par la transformation du pays en une « démocratie ethnique ». En même temps, New Delhi s’attache à asseoir son autorité et son prestige au plan international.
Nous examinons le rôle de la diaspora dans la diffusion internationale et la banalisation de l’Hindutva. Trois questions de recherche guident notre démarche : 1) Comment les organisations nationalistes hindoues basées en Inde et leurs filiales installées à l’étranger opèrent-elles pour mobiliser la diaspora à travers des réseaux religieux, éducatifs, numériques, etc.; 2) Comment, en s’intégrant à la vie politique locale et nationale des sociétés d’accueil, le mouvement nationaliste hindou parvient-il à influencer la vision que les partis politiques institués de ces sociétés ont de l’Inde, de la diversité religieuse et des droits des minorités ; 3) Comment cette stratégie d’intégration et de banalisation internationale se compare-t-elle à celles d’autres pays (Turquie, Israël), ou d’autres communautés d’Asie du Sud (Sikhs, Musulmans).
Ces questions seront analysées à différents niveaux, les études de cas sélectionnés pour le projet se situant sur quatre continents afin d’appréhender de la façon la plus large possible les stratégies de mobilisation et d’intégration mises en œuvre par les nationalistes hindous pour mieux assoir la légitimité internationale de l’Hindutva. Ces études de cas sont situées en Europe (France, Allemagne, Pays-Bas et Royaume Uni), Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), Australie et Asie (Japon, Singapour, Indonésie, Corée du Sud, Hong Kong et Malaisie).
Le projet a trois ambitions majeures : 1) un apport théorique original qui vise à introduire un nouveau paradigme montrant comment le national-populisme, loin de garder l’image d’un mouvement politique aberrant, peut se banaliser et être perçu comme une culture politique comme les autres. En étudiant l’imbrication de l’Hindutva dans des contextes internationaux n’ayant aucun autre lien avec les agendas nationalistes hindous, ce projet permettra de mieux comprendre les mécanismes de consolidation des idéologies ethnomajoritaires au-delà de leur lieu de naissance et du cercle de leurs partisans ; 2) en termes de données empiriques, ce projet va donner lieu à une collecte systématique portant notamment sur les composantes de la mouvance nationaliste hindoue, un société civile transnationale en elle-même, ses réseaux numériques, la participation politique de la diaspora indienne dans les sociétés d’accueil, la mobilité étudiante transnationale et l’enseignement des aires culturelles dans différentes régions du monde, qu’il soit, ou non, influencé par les diasporas ; et 3) en termes de diffusion des résultats de recherche et de leur usage potentiel par des acteurs politiques et sociaux, ce projet – qui aspire à intéresser un large public au-delà des cercles académiques même s’il donnera bien sûr lieu à des publications scientifiques – débouchera sur la réalisation de documentaires, un site internet interactif, la mise à disposition de données de première main, des articles de presse et des recommandations aux pouvoirs publics.
Coordination du projet
laurent Gayer (Centre de recherches internationales)
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Partenariat
KCL King's College London
CERI Centre de recherches internationales
University of Gottingen
Aide de l'ANR 444 698 euros
Début et durée du projet scientifique :
avril 2025
- 36 Mois