CE55 - Sociétés et territoires en transition 2025

Une action publique éclatée en faveur de l’agroécologie ? Institutionnalisation et territorialisation de l’agroécologie à Madagascar – TAEM

Une action publique éclatée en faveur de l’agroécologie ? Institutionnalisation et territorialisation de l’agroécologie à Madagascar.

Le projet TAEM analyse les conditions politiques et territoriales — aux échelles nationale et locale — qui favorisent ou freinent le développement de l’agroécologie à Madagascar. En adoptant une approche multiscalaire, il examine l'intégration de l'agroécologie dans les pratiques des exploitations agricoles familiales, son ancrage effectif dans les territoires, ainsi que sa prise en compte dans les politiques publiques.

Trois objectifs de recherche complémentaires

Les trois objectifs du projet TAEM constituent autant de défis scientifiques : Objectif 1 : Réaliser une socio-histoire de la notion d’agroécologie à Madagascar, des controverses qui l’ont scandée, des acceptions variées de la notion et des réseaux qui les portent, des formes et degrés de reconnaissance et d’institutionnalisation de l’agroécologie. Il s’agit, d’une part, de retracer la genèse et la mise à l’agenda politique de la notion d’agroécologie à Madagascar (sources d’influences, contextes d’émergence, acteurs impliqués) et, d’autre part, d’analyser la trajectoire d’institutionnalisation de l’agroécologie, c’est-à-dire la façon dont l’agroécologie est intégrée ou non (et jusqu’où) dans les politiques publiques nationales (agricole, de recherche, etc.), les institutions et organisations nationales et locales (ministères et collectivités territoriales, instituts de recherche, organisations paysannes, etc.) et les filières agri-alimentaires (production, transformation, distribution, consommation). Objectif 2 : Analyser les leviers et les freins politiques, structurels et institutionnels au processus de territorialisation de l’agroécologie dans un contexte caractérisé par la faiblesse de l’État, la dépendance à l’aide, la multiplicité d’acteurs, le caractère aléatoire et fragmenté dans le temps des financements. Objectif 3 : Identifier le contenu et la diffusion des référentiels agroécologiques déployés dans les territoires, mais aussi les formes et les registres spatiaux des initiatives agroécologiques pour mieux saisir comment elles s’ancrent dans les territoires et ce qu’elles fabriquent localement. Il s’agit de questionner la matérialité et la spatialité de l’agroécologie, c’est-à-dire le passage du concept, d’un projet sur le papier, à une initiative sur le terrain, à la mise en œuvre de dispositifs et de pratiques agricoles dans les territoires et à la réception de ces offres par les exploitants agricoles dans des contextes de diffusion variés.

Méthodes :

 

Dans le cadre du projet TAEM, nous aurons recours à une méthode mixte, alliant données qualitatives et quantitatives.

 

Notre recherche reposera sur quatre types de production de données qualitatives :

 

Entretiens semi-directifs avec des acteurs institutionnels (ex. représentants des ministères de l’Agriculture, de l’Environnement, et de l’Elevage, membres d’organisations non-gouvernementales, faîtières et internationales…), des opérateurs économiques de filières agricoles et des exploitants agricoles

Focus groups avec des acteurs du développement territorial (ex. autorités locales, acteurs des filières, exploitants agricoles, etc.)

Analyse des sources écrites : littérature grise (ex. rapports d’expertise, rapports d’atelier, policy briefs, etc.), documents de politique publique (ex. lois, textes de régulation, stratégies nationales/régionales, etc.) et productions académiques (ex. thèses, articles scientifiques, etc.)

Observations participantes et non participantes

 

Par ailleurs, nous compléterons ces données qualitatives par des analyses de données quantitatives existantes et issues d’enquêtes agroéconomiques (ex. projets DINAAMICC, EcoAfrica, ProSol, etc.) sur l’intégration des pratiques agroécologiques au niveau des exploitations agricoles et des territoires.

 

Approches :

 

Notre équipe de recherche pluridisciplinaire effectuera une analyse multiscalaire des leviers techniques, institutionnels et politiques en matière d’agroécologie à Madagascar. Nous mettrons l’accent sur l’analyse des controverses, des rapports de force et des alliances à l’oeuvre dans la fabrique et la mise en oeuvre territoriale de l’action publique en faveur de l’agroécologie, en se concentrant sur la manière dont divers acteurs perçoivent et structurent les enjeux liés à l’agroécologie (Guéneau et al., 2020 ; Milhorance et al., 2024). Au-delà de ces approches à l’interface de la sociologie de l’action publique et de l’analyse cognitive des politiques publiques, le projet TAEM s’inscrit également dans une géographie des transitions afin de comprendre la manière dont les initiatives agroécologiques sont spatialement constituées et s’ancrent dans les territoires et les pratiques des producteurs (Charbonneau, 2025). Pour ce faire, nous mobiliserons trois approches principales : les approches localisées, qui prennent en compte la diversité et les trajectoires des territoires ; les approches micro qui prêtent une attention particulière aux logiques spatiales des agriculteurs en intégrant à la fois leurs pratiques mais aussi leurs représentations et stratégies par rapport aux innovations agroécologiques diffusées par les projets et politiques ; les approches multiscalaires qui amènent à interroger les initiatives agroécologiques en intégrant l’action individuelle, collective et publique.

Situé à l’interface d’une géographie des transitions agroécologiques, d’une analyse cognitive des politiques publiques et d’une sociologie de l’action publique, le projet TAEM s’articule autour de trois axes de travail (Work Packages) complémentaires avec plusieurs résultats associés.

 

WP1 - Une socio-histoire de la notion d’agroécologie à Madagascar et une analyse de son institutionnalisation, définie comme l’intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques, les pratiques des institutions nationales et locales et les stratégies et habitudes des acteurs dans les filières agri-alimentaires.

 

Résultats WP1

Livrable 1.1 - Chronologie de l’émergence du débat sur l’agroécologie à Madagascar

Livrable 1.2 – Cartographie des réseaux d'acteurs qui contribuent à faire circuler la notion d’agroécologie et à façonner une diversité de conceptions

Livrable 1.3 – Diagnostic institutionnel et examen des politiques publiques malgaches et des projets de développement rural et agricole

 

WP2 - Une cartographie et une caractérisation de la diversité des projets d’agroécologie dans les grandes zones agroécologiques du pays ainsi qu’une analyse des conditions du passage des territoires de projets à des projets de territoire en faveur de l’agroécologie.

 

Résultats WP2

Livrable 2.1 – Cartographie des initiatives agroécologiques à Madagascar selon une typologie construite collectivement

Livrable 2.2 - Fiches de présentation pour un public non académique des différentes initiatives agroécologiques à mettre en ligne sur la plateforme MANABOOST

 

WP3 - Une analyse de la territorialisation de l’agroécologie, sa diffusion spatiale et ses formes d’ancrage territorial, au travers d’une étude de la matérialité et de l’ancrage effectif de quelques initiatives agroécologiques dans les pratiques des exploitations agricoles (adoption et adaptation des techniques par les producteurs, etc.) et les territoires (mise en marché de produits agroécologiques, superficies aménagées, etc.) au sein de zones d’étude contrastées.

 

Résultats WP3

Livrable 3.1 – Présentation de la socio-histoire des zones d’étude via une note synthétique sur les contextes et trajectoires de développement local

Livrable 3.2 - Cadre d’analyse transversal sur les processus de territorialisation de l’agroécologie, illustré par les résultats des enquêtes menées au sein des zones d’étude

Livrable 3.3 – Bilan sur l’ancrage des propositions techniques et organisationnelles des projets de promotion de l’agroécologie dans les territoires et les systèmes agraires

Mise en débat des résultats et renforcement de capacités

Dans chacune des régions étudiées, un atelier de prospective territoriale sera organisé pour présenter et discuter nos analyses et résultats localement. Au-delà du partage des connaissances, ce type d’atelier vise à proposer des outils et méthodes, dites d’anticipation, afin de penser collectivement un territoire agroécologique en envisageant le futur. Ces méthodes, comme par exemple la « roue des futurs », permettent d’intégrer une réflexion multidimensionnelle et de pousser l’analyse au-delà d’une description uniquement technique, vers les conséquences politiques, économiques, sociales et environnementales de la mise à l’échelle d’innovations agroécologiques dans un territoire. Ces méthodes, simples à mettre en oeuvre, ont démontré leur pertinence en facilitant la co-production de connaissances et le dialogue entre des acteurs d’horizons divers. L’enjeu de ces ateliers sera donc aussi de transférer des méthodes de prospective participative aux participants.

 

Alimenter les débats de politiques publiques sur la transition agroécologique

Notre stratégie de diffusion des résultats au travers notamment de l’organisation d’ateliers multi-niveaux s’inscrit dans un objectif général de produire, partager et mettre en débat de nouvelles connaissances et des pistes d’action en appui au développement agricole et rural. Ouvrir des espaces d’échanges et de débat à l’ensemble des acteurs engagés dans la transition agroécologique (représentants de la profession agricole, chercheurs, décideurs et opérateurs) est nécessaire pour initier une action collective multi-niveaux et multi-acteurs afin de lever les verrous politiques et institutionnels à l’intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques malgaches. Cet enjeu est clé pour identifier de façon participative et durable des pistes en termes de politiques et d’actions publiques en faveur de l’agroécologie. Tout au long du projet TAEM, nous envisageons de nouer des liens avec d’autres projets et programmes de recherche et développement sur l’agroécologie à Madagascar et d’autres acteurs et organisations (publiques, de recherche, de la société civile) afin d’identifier des moyens pour pérenniser ces espaces de débat multi-acteurs sur la transition agroécologique à Madagascar.

 

Actions de formation

Le projet TAEM a pour ambition de contribuer à la formation d’étudiant.e.s au travers d’une thèse de doctorat et de quatre stages de niveau Master. Ces étudiant.e.s auront l’opportunité de renforcer leurs compétences tant sur le plan théorique (analyse de l’action publique dans des pays « sous régime d’aide », dynamiques territoriales et transitions agroécologiques, etc.) que sur le plan méthodologique (réalisation d’enquêtes en milieu rural et d’entretiens auprès d’acteurs institutionnels, analyse de bases de données, etc.).

En réponse aux limites des modèles de développement agricole, dits conventionnels, mis en place sur les principes de la révolution verte, l’agroécologie, en tant que système productif alternatif intégrant des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et de santé publique, a pris de l’importance dans les débats scientifiques, agricoles et politiques ces dernières années. Elle s’impose dans l’agenda international comme une solution pour accroître durablement la productivité agricole tout en préservant les ressources naturelles. À Madagascar, pays « sous régime d’aide » où l’action publique résulte de l’intervention de multiples acteurs locaux, nationaux et internationaux, l’engouement pour l’agroécologie se matérialise par des initiatives multiples (liés principalement à des projets financés par des bailleurs internationaux) à différentes échelles et dans divers territoires (Hautes Terres, Boeny, Grand Sud, Menabe, etc.). Pour autant, son intégration dans les politiques publiques nationales et son ancrage et ses résultats effectifs dans les territoires restent limités. De cette tension découle notre problématique : tandis que l’agroécologie est promue de façon répétée depuis plus de vingt ans à Madagascar par une diversité de réseaux d’acteurs, pourquoi son ancrage dans les exploitations agricoles, son développement dans les territoires et la mise en œuvre effective des politiques agroécologiques demeurent-ils limités ? Quelles sont les contraintes techniques, institutionnelles et politiques à l’institutionnalisation et à la territorialisation de l’agroécologie à Madagascar ? Notre équipe de recherche pluridisciplinaire (géographes, politistes, socio-économistes, agronomes) mènera une analyse comparative et multiscalaire pour comprendre les dynamiques d’émergence et de mise à l’agenda politique de l’agroécologie à Madagascar ainsi que les processus d’institutionnalisation et de territorialisation de l’agroécologie, qui combinent différentes échelles (locale, régionale, nationale) et impliquent plusieurs réseaux d’acteurs (experts nationaux et internationaux, organisations paysannes, État et collectivités territoriales, opérateurs économiques, etc.). Situé à l’interface d’une géographie sociale des innovations agroécologiques, d’une analyse cognitive des politiques publiques et d’une sociologie de l’action publique dans un pays « sous régime d’aide », le projet TAEM s’articule autour de trois axes complémentaires : (i) une socio-histoire de la notion d’agroécologie à Madagascar et une analyse de son institutionnalisation, définie comme l’intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques, les pratiques des institutions nationales et locales et les stratégies et habitudes des acteurs dans les filières agri-alimentaires ; (ii) une cartographie et une caractérisation de la diversité des projets d’agroécologie dans les grandes zones agroécologiques du pays ainsi qu’une analyse des conditions du passage des « territoires de projets » à des projets de territoire en faveur de l’agroécologie ; et (iii) une analyse de la territorialisation de l’agroécologie, sa diffusion spatiale et ses formes d’ancrage territorial, au travers d’une étude de la matérialité et de l’ancrage effectif de trois initiatives agroécologiques dans les pratiques des exploitations agricoles (adoption et conservation des techniques par les producteurs) et les territoires (mise en marché de produits agroécologiques, superficies aménagées, etc.) au sein de trois zones d’étude contrastées (Androy, Boeny et Vakinankaratra). Cette recherche se fonde sur des méthodes de recherche qualitatives (entretiens semis-directifs, focus groups, étude de la littérature grise et observations) et quantitatives (analyse de bases de données existantes). Ces deux dimensions permettent respectivement de relever des situations, des perceptions et des changements de pratiques de façon significative (approche qualitative) et représentative (approche quantitative).

Coordination du projet

Quentin Grislain (CENTRE DE COOPERATION INTERNATIONALE EN RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DEVELOPPEMENT)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

ART-Dev CENTRE DE COOPERATION INTERNATIONALE EN RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DEVELOPPEMENT

Aide de l'ANR 280 383 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2026 - 48 Mois

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