Live here or leave - les impacts (non)-anticipés de la localisation résidentielle – EXIL
EXIL explore la manière dont les individus perçoivent et anticipent les effets de leur localisation résidentielle sur leur santé, leur emploi du temps et leur budget, en portant une attention particulière aux territoires ruraux. Le projet repose sur l’hypothèse que ces choix résidentiels sont façonnés par des croyances et des anticipations parfois biaisées et/ou un accès limité à l’information, en particulier en ce qui concerne les impacts sanitaires (pollution, activité physique).
S’inscrivant dans une démarche résolument interdisciplinaire, croisant géographie, épidémiologie et économie, EXIL mobilise conjointement des analyses spatiales, des modélisations microéconomiques et des expériences comportementales.
Une première étape vise à produire des indicateurs objectivés à partir de données administratives, de cohortes existantes et de l’équipement d’un panel (capteurs de pollution, accéléromètres), afin de caractériser les inégalités territoriales d’exposition, d’activité physique, de mobilité, de contraintes budgétaires et d’état de santé. Ces données nourriront une cartographie des inégalités socio-spatiales de santé et permettront l’élaboration d’une typologie des espaces ruraux, selon leur capacité à offrir un environnement propice à la santé et au bien-être. Une attention particulière sera portée à la capacité de différents types de territoires à soutenir l’activité physique, ainsi qu’à l’identification de zones où les budgets alloués aux déplacements et au logement pèsent particulièrement sur les ménages.
Le projet s’appuie sur les apports de la littérature et d’analyses épidémiologiques pour analyser les liens entre le lieu de vie et les indicateurs de santé (par exemple, la morbidité cardio-respiratoire), et propose d’étendre aux zones rurales une réflexion historiquement centrée sur les environnements urbains. Nous adopterons une approche multiscalaire, combinant les analyses individuelles et agrégées, afin d’identifier avec précision les mécanismes reliant effets contextuels et effets de composition de la population, tout en évitant l’erreur écologique.
Dans une perspective dynamique, EXIL modélise les choix résidentiels à l’aide de modèles de choix discrets intégrant des agents forward-looking, dont les décisions résultent d’un arbitrage entre leurs préférences et leurs anticipations. Des méthodes d’inférence causale seront également mobilisées pour identifier l’effet d’événements sanitaires sur les décisions de mobilité. Par ailleurs, des modèles d’économétrie structurelle tenant compte des ajustements du marché immobilier face aux flux migratoires permettront de simuler des scénarios contrefactuels, tels que l’éviction de populations vulnérables consécutive à un choc de demande dans des zones rurales attractives mais historiquement abordables.
EXIL s’inscrit également dans la littérature en économie comportementale, en étudiant le rôle des anticipations et de l’information dans les décisions individuelles. Un panel de 200 personnes sera suivi quatre ans, afin de documenter les perceptions, comportements et réactions face à des apports d’information ciblés. L’approche expérimentale évaluera l’efficacité de dispositifs d’apports d’information visant à corriger certains biais cognitifs (sous-estimation de la pollution, méconnaissance des bénéfices de l’activité physique…).
Sur le plan des politiques publiques, EXIL vise à fournir des outils opérationnels pour identifier les zones les plus vulnérables, concevoir des politiques de planification territoriale intégrant la santé, et développer des dispositifs d’aide à la décision (cartographies, visualisations, diagnostics locaux). Il s’inscrit dans une logique One Health, articulant les dimensions humaines et environnementales de la santé. Enfin, il promeut une ruralité favorable à la santé, en transposant aux espaces ruraux les principes de l’urbanisme favorable à la santé, dans une perspective d’accessibilité, de qualité environnementale et de justice territoriale.
Coordination du projet
Hélène BOUSCASSE (Centre d'Economie et de Sociologie Appliquées à l'Agriculture et aux Espaces Ruraux)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CESAER Centre d'Economie et de Sociologie Appliquées à l'Agriculture et aux Espaces Ruraux
Aide de l'ANR 399 996 euros
Début et durée du projet scientifique :
mars 2026
- 60 Mois