Écologies populaires : habitat, mobilités, jardins en quartiers prioritaires – ECOPOP
Les politiques de transition écologique en milieu urbain peinent à se conjuguer avec les principes de justice sociale, en particulier lorsqu’il s’agit des populations les plus pauvres et des territoires les plus vulnérables. Ce déficit d’articulation s’explique notamment par une invisibilisation médiatique, politique et épistémique du rapport des classes populaires à l’écologie. Pourtant, des travaux suggèrent l’existence de formes plurielles d’écologie populaire, entendue comme un continuum de pratiques qui s’inscrivent explicitement dans les enjeux écologiques et émanent d’individus et de groupes appartenant aux classes populaires.
Ce projet vise à approfondir la notion d’écologie populaire en s’intéressant simultanément à l’habitat, aux mobilités et à l’agriculture urbaine. Ces domaines sont centraux, car ils fondent le socle de la vie quotidienne urbaine, sont au cœur des actions des associations et des pouvoirs publics et relèvent de l’ordinaire de la transition dans le champ urbanistique. En ce qui concerne l’habitat, l’amélioration énergétique des logements sociaux et du parc privé sont des enjeux à la fois économiques et sanitaires pour les populations dans un contexte où les conditions de logement influencent la capacité des habitant·es à faire face aux impacts du changement climatique. En matière de mobilités, les enjeux se portent sur les capacités des classes populaires à s’adapter et à bénéficier des politiques de réduction de l’usage de l’automobile (ZFE-m notamment) et de développement d’alternatives (transports collectifs, vélo, marche). Quant à l’agriculture urbaine, différents types de jardins existent, qui permettent, selon les configurations, une contribution à l’alimentation des classes populaires, mais aussi des lieux de sociabilité et d’accès à la nature, tandis que leur existence est souvent menacée par les pouvoirs publics.
Pour travailler conjointement ces objets, le projet se focalisera sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), espaces où il est possible d’observer les interactions entre classes sociales et différentes fractions des classes populaires, notamment dans une perspective intersectionnelle, et où ces trois thématiques se matérialisent de manière variée dans le quotidien des habitant·es.
Ce faisant, le projet contribuera à lever deux verrous scientifiques et méthodologiques : la sectorisation thématique des approches de l’écologie populaire et la difficulté à identifier et mesurer des situations et des pratiques qui sortent des catégories habituellement observables. Le premier objectif du projet sera de déterminer dans quels cas il est pertinent de conceptualiser une (ou des) écologie(s) populaire(s), c’est-à-dire de comprendre quelles pratiques peuvent être considérées comme écologiques, malgré des impacts principalement mesurés à l’échelle locale et une conceptualisation limitée par les acteur·ices. Son second objectif est d’élaborer des indicateurs pour mesurer cette écologie populaire et en saisir les variations sociales et territoriales dans les domaines de l’habitat, des mobilités et de l’agriculture urbaine.
Le projet est porté par une équipe pluridisciplinaire (géographie, sociologie, science politique, science de la donnée) qui partage un intérêt pour une approche critique de la production de l’espace. Le projet propose une comparaison interurbaine, entre trois quartiers prioritaires à Lyon, Marseille et Saint-Étienne, suivie d’une montée en généralité s’appuyant sur une enquête par questionnaire. Pour ce faire, ECOPOP s’appuiera sur la capacité de l’équipe à articuler des méthodes mixtes, à la fois qualitatives (observations, entretiens semi-directifs, photo élicitation, analyse documentaire), quantitatives (enrichissements et analyses statistiques des données existantes, questionnaire) et hybrides (ethnocomptabilité), pour documenter et analyser à la fois les territoires, les pratiques et le sens qui leur est accordé.
Coordination du projet
Matthieu Adam (ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE DE LYON)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
EVS ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE DE LYON
Aide de l'ANR 256 033 euros
Début et durée du projet scientifique :
février 2026
- 48 Mois