L’extrême droite au travail. Travail, syndicalisme et politique en France et au Brésil – EXTRA
Au Brésil comme en France, ces 20 dernières années ont été marquées, dans des proportions variables, par une forte progression de l’extrême droite, mais aussi par de profondes mutations du travail (précarisation, « ubérisation », dégradation des conditions de travail, etc.) et du syndicalisme (affaiblissement des droits syndicaux, déclin des effectifs, professionnalisation et technicisation du syndicalisme). Par-delà les différences nationales, le syndicalisme a historiquement alimenté le vote pour les partis de gauche et joué un rôle important dans la socialisation politique de pans entiers du salariat. En dépit du regain d'intérêt en sociologie et en science politique pour les effets politiques du travail, ces dimensions demeurent peu étudiées et restent souvent en toile de fond des travaux sur l'extrême droite et les mutations du rapport au politique. Ce projet vise à éclairer, de manière renouvelée, les effets des transformations du syndicalisme et du travail sur les logiques de politisation au travail et la progression des extrêmes droites en France et au Brésil. Il s’articule autour de cinq questions de recherche :
1) Comment l’expérience des rapports sociaux de travail produit-elle, renforce-t-elle ou, au contraire, brouille-t-elle des dispositions sociales participant à la politisation ?
2) Comment les évolutions du travail et du syndicalisme transforment-elles la politisation au et par le travail ? Peuvent-elles conduire à une (dé)politisation, voire à une politisation plus marquée à droite des enjeux du monde du travail ? Comment le discours de l’extrême droite trouve-t-il un écho dans certains milieux professionnels ?
3) Comment les discours de l’extrême droite interrogent-ils les syndicats, et quelles réponses ces derniers y apportent-ils ?
4) Quel rôle jouent les petites classes moyennes dans la progression de l’extrême droite ? Le projet se concentrera sur les salarié·es des « petites classes moyennes » (agents de maîtrise, techniciens, conducteurs de bus et de métro, employés des services sociaux de la ville), catégories peu étudiées malgré leur importance électorale pour l’extrême droite brésilienne et leur poids central dans l’électorat du RN en France.
5) Enfin, comment les transformations du travail et du syndicalisme participent-elles à la racialisation des problèmes sociaux et, ce faisant, favorisent-elles l’ancrage de l’extrême droite ?
Ce projet d'une durée de 4 ans, propose une analyse comparée de trois secteurs d’activité (transport, énergie, services sociaux de la ville) situés à São Paulo, au Brésil, et à Marseille, en France. Cette comparaison se justifie par l’expérience de l’extrême droite au pouvoir au Brésil, qui offre un éclairage particulier sur les dynamiques politiques et leurs liens avec les mutations du travail et du syndicalisme. La méthode comparative permettra d’analyser l’effet des configurations nationales, socio-économiques, syndicales et politiques.
Deux vagues d’entretiens seront réalisées avec les mêmes enquêté·es (travailleur·es et syndicalistes) sur chaque terrain (180 entretiens au total), accompagnées d’observations ethnographiques. Le projet se centrera sur les « électeurs ordinaires », c'est-à-dire des travailleur·es et syndicalistes non professionnels de la politique.
L’équipe du projet a été renforcée et regroupe 12 personnes (sociologues et politistes), spécialistes du travail, du syndicalisme, du vote, de la politisation au et par le travail, ainsi que des mobilisations d’extrême droite. Ce projet s’inscrit dans l’axe D.03 : « Les sociétés contemporaines : États, dynamiques et transformations, approches sociales du travail, politiques publiques de l'emploi, conditions de vie au travail », ainsi que dans la politique du CNRS visant à renforcer les collaborations scientifiques entre la France et le Brésil. Il sera intégré à l’International Research Laboratory du CNRS à São Paulo.
Coordination du projet
Rémy Ponge (CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LEST CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Aide de l'ANR 284 225 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2025
- 48 Mois