Elimination de la bilharziose par forçage génétique – DriveOutSchisto
La schistosomiase, une maladie parasitaire, demeure un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale, touchant environ 250?millions de personnes nécessitant un traitement. Elle est très répandue en Afrique subsaharienne, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est. Malgré d’importantes mesures de contrôle — notamment l’administration massive de médicaments dans les régions d’endémie et l’utilisation de molluscicides pour éliminer l’hôte intermédiaire (un escargot) — l’éradication complète d’ici?2030, comme préconisé par l’OMS, semble peu probable. De plus, l’émergence récente de la schistosomiase en Corse suscite des inquiétudes quant à une éventuelle propagation vers les zones continentales européennes.
Pour y répondre, ce projet explore l’application de la technologie de « Gene drive » (GD), une méthode de génie génétique basée sur CRISPR-Cas qui favorise la transmission de gènes ciblés au-delà des fréquences mendéliennes. Chez les schistosomes, la détermination du sexe repose sur les chromosomes?W et Z, le sexe femelle étant défini par le chromosome?W. La stratégie proposée consiste à détruire les séquences répétées spécifiques du chromosome?W («?W-shredder?»), biaisant les sexes en faveur des mâles et, à terme, conduisant à l’éradication du parasite. Une difficulté majeure dans l’introduction de transgènes réside dans leur potentielle inactivation lorsqu’ils s’intègrent dans des régions génomiques soumises à l’hétérochromatinisation. Pour y remédier, notre démarche va au-delà de l’utilisation de l’annotation génomique en cartographiant la chromatine chez Schistosoma mansoni. En combinant les annotations génomiques et la structure chromatinienne, nous identifions des «?genomic safe harbors?» (GSH) qui permettent insertion de transgène sans perturber les fonctions essentielles et localisé dans des régions de chromatine ouverte, permissive à la transcription.
Compte tenu du caractère potentiellement révolutionnaire des approches de GD, des questions éthiques et philosophiques profondes doivent être examinées. D’un côté, il existe un impératif moral de soulager la lourde charge de la maladie qui pèse sur des millions de personnes?; de l’autre, la suppression volontaire d’une espèce entière soulève d’importants dilemmes éthiques. C’est pourquoi ce projet intègrera une réflexion philosophique et engagera un dialogue avec des représentants d’une communauté dans une zone endémique au Brésil.
L’originalité de notre projet repose sur quatre éléments : (i) un cadre philosophique orientera le développement du projet, garantissant que les avancées techniques soient accompagné des réflexions moraux. (ii) une modélisation mathématique sera mise en œuvre dès le début pour intégrer des données biologiques et sociologiques, ce qui aidera à façonner et à affiner nos approches expérimentales. (iii) le projet cible spécifiquement le parasite plutôt que son hôte intermédiaire, dont le taux d’infection est faible, réduisant ainsi les perturbations écologiques potentielles et maximisant les bénéfices pour les communautés. (iv) nous recourrons à des méthodes génétiques et épigénétiques de pointe pour identifier et employer ces GSH lors de l’insertion des GD dans le génome du schistosome.
En plus des publications scientifiques, le consortium préparera des documents à l’intention des autorités sanitaires, afin de soutenir une prise de décision informée pour le contrôle et l’éradication possible de la schistosomiase. Nous produirons également des vidéos de vulgarisation sur les réseaux sociaux en portugais, français et anglais, dans le but de toucher un large public et l’ensemble des acteurs concernés. Nous espérons que cet effort global — qui associe expertises scientifiques, éthiques et sociologiques — permettra non seulement de renforcer les stratégies actuelles de lutte et de réduire le fardeau de la schistosomiase, mais aussi d’éclairer des approches comparables pour d’autres maladies transmises par des mollusques et au-delà.
Coordination du projet
Christoph GRUNAU (Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IHPE Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements
LOMIC Laboratoire d'Océanographie Microbienne
George-Washington-University School of Medicine & Health Sciences
Oswaldo Cruz Foundation
Vrije Universiteit
Aide de l'ANR 617 867 euros
Début et durée du projet scientifique :
novembre 2025
- 48 Mois