CE28 - Cognition, comportements, langage

Les fondements mécanistiques des biais sociaux – SO-BIAS

Résumé de soumission

Dans les pays occidentaux, les gens déclarent avoir des attitudes moins racistes et sexistes qu'il y a une décennie, cependant, la discrimination et les inégalités persistent. Ce problème peut être examiné à deux niveaux interconnectés : les racines systémiques du racisme et du sexisme, bien documentées par la recherche sociologique, et la reproduction individuelle des inégalités à travers des associations implicites entre l'apparence ou l'appartenance à un groupe et des traits, croyances ou attitudes, qui peuvent biaiser le comportement. Pour lutter contre la discrimination et les inégalités, il est crucial d'aborder ces deux niveaux. Au niveau individuel, des preuves expérimentales suggèrent que les individus peuvent exercer un certain contrôle sur l'expression de leurs biais implicites, mais les facteurs qui facilitent ou entravent ce contrôle sont encore mal compris.
Notre projet cherche à élucider les mécanismes cognitifs sous-jacents à l'expression des biais implicites en étudiant les principaux facteurs contextuels influençant le contrôle des biais. Traditionnellement, l'expression des biais est considérée comme une réponse habituelle, automatiquement activée par un stimulus (stimulus-dépendant) et indépendantes de la motivation des individus à être égalitaires. Par conséquent, le concept de biais implicite est souvent présenté en mettant l'accent sur son automaticité, c'est-à-dire en le présentant comme quelque chose totalement hors du contrôle personnel, ce qui peut involontairement créer un sentiment de fatalisme (c'est-à-dire « ce n'est pas ma responsabilité »). Néanmoins, des études récentes suggèrent que les biais implicites peuvent refléter des processus non habituels et instrumentaux. En ce sens, des processus orientés vers des buts régiraient l'expression des associations implicites en fonction de leur utilité attendue. Autrement dit, par rapport aux théories stimulus-dépendantes, cette perspective suggère que la motivation, les buts et les objectifs individuels jouent un rôle actif dans la détermination du degré de biais dans leurs décisions. Nous soutenons que cette perspective, bien qu'initialement plus accusatoire, peut permettre aux individus de prendre la responsabilité de leurs actions et de surmonter activement leurs biais, ce qui semble être une étape nécessaire pour lutter contre la discrimination.
Dans ce projet interdisciplinaire, nous proposons d'examiner la contribution des processus orientés vers des buts à l'émergence de comportements biaisés dans les contextes sociaux. Nous proposons trois ensembles de travaux interconnectés : WP0 développera une base de données standardisée de visages représentatifs de la population française. WP1 étudiera la dépendance contextuelle de l'expression et du contrôle des biais implicites, en manipulant la charge mentale non pertinente pour la décision et le cadrage de la tâche. WP2 élargira le champ à des scénarios de prise de décision plus écologiques, en testant si les biais implicites sont sensibles à la valeur des conséquences de leur décision (par exemple, des décisions avec des conséquences personnellement pertinentes ou non). Dans les WP1 et WP2, nous réaliserons des études expérimentales sur les premières impressions de compétence, en utilisant des mesures comportementales (choix et temps de réponse) ainsi que des modèles computationnels et des enregistrements physiologiques (pupillométrie et EEG). Cette approche multifacette offrira des informations complètes sur la dynamique de l'expression et du contrôle des biais. Identifier les mécanismes cognitifs sous-tendant l’expression des biais implicites fournira des informations importantes pour déterminer la stratégie la plus efficace pour limiter l'influence des biais discriminatoires dans les décisions stratégiques critiques caractérisées par une charge cognitive élevée (par exemple, les décisions d'embauche).

Coordination du projet

Julie Grezes (Laboratoire de Neurosciences Cognitives Computationnelles)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

LNC2 Laboratoire de Neurosciences Cognitives Computationnelles
CEVIPOF INSTITUT D'ÉTUDES POLITIQUES DE PARIS - FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES

Aide de l'ANR 396 010 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2026 - 48 Mois

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