Les longues sorties de la Seconde Guerre mondiale dans les confins occidentaux de l’Union soviétique (1944-1991) – ExSov
Le projet ExSov propose d’étudier les tentatives soviétiques de « normalisation » (terme couvrant une palette de politiques coercitives, mais aussi intégratrices) dans les territoires qui ont connu des violences extrêmes pendant et à la suite de la Seconde Guerre mondiale. ExSov concerne d’abord les États et les régions annexés par l’Union soviétique en 1939-1940 à la suite du pacte Molotov-Ribbentrop. Ces « terres de sang » ou « terres des confins » ont subi un continuum de violences depuis 1914, cycle qui connut son paroxysme avec la Seconde Guerre mondiale, mais ne s’arrêta pas en 1944-45, quand elles subirent déplacements de populations et déportations punitives de masse. Les détenus et déportés des régions occidentales et méridionales furent envoyés en Sibérie, mais aussi massivement au Kazakhstan dont les archives sont riches et accessibles. Cette région servira d’observatoire décalé permettant d’étudier le maintien des liens malgré l’exil et les trajectoires de retour des détenus et déportés. Au cœur du projet, la comparaison se construit autour d’une expérience impériale soviétique commune, mais ayant emprunté des trajectoires historiques variées. Notre projet intègre, à titre comparatif, des études de cas des territoires du Caucase du Nord, terrain sous-étudié ayant subi partiellement les violences nazies, les déportations soviétiques (« peuples punis »), bien que selon des modalités différentes que dans les confins occidentaux.
Les poursuites judiciaires contre les personnes soupçonnées d’avoir collaboré avec les nazis et le combat contre les guérillas des « frères de forêt » baltes ou de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA)/l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), s’accompagnèrent de vastes déportations, conduisant des dizaines de milliers de familles en Sibérie ou au Kazakhstan. Suite à la mort de Staline en 1953, une première vague de libérations permit à certains déportés et détenus de retourner dans leur territoire d’origine. Sources d’espoir pour beaucoup, ces retours suscitèrent aussi de fortes inquiétudes et des oppositions dans les régions et les républiques concernées, où les autorités redoutaient une réactivation des mouvements de résistance et une fragilisation plus large du processus de « normalisation » en cours. Les brutalités de la guerre et de l’après-guerre alimentèrent localement des conflits sociaux, ethniques, et inter-personnels multiformes qu’il s’agit de reconstituer. Ils ont persisté jusqu’à la fin de l’URSS, lorsque les victimes ont réclamé la reconnaissance des préjudices subis.
L’historiographie de l’après-guerre de ces régions est polarisée entre les études de la « soviétisation » et l’examen de « l’occupation ». Les deux termes ne suffisent pas à qualifier le retour progressif et ambivalent à un semblant de paix. Afin d’éclairer les paradoxes de cette expérience et en examiner précisément la dimension économique (tâche 1), sociale (tâche 2), et culturelle (tâche 3), nous proposons de travailler à l’échelle de localités et d’explorer sous un nouveau jour les archives policières, judiciaires et administratives. Elles seront articulées avec des sources privées, écrites, orales et audiovisuelles. Des villages, petites villes, quartiers ont été identifiés comme autant de cas permettant une étude à l’échelle des relations de voisinage.
Ce projet innove, car il se focalise sur les dimensions locales et relationnelles des sorties de violences de masse et il couvre une longue période, 1945-1991. Il engage une réflexion sur les conséquences des crimes de masse dans la destruction ou la résilience des communautés locales, question peu traitée dans le cas soviétique. Il insère cette enquête historienne dans une réflexion sur le droit, la justice, la gouvernance, et se penche sur les expériences personnelles et les trauma collectifs.
Coordination du projet
Juliette Cadiot (Centre d'Etudes Russes, Caucasiennes, Est-européennes et Centre-asiatique)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CERCEC Centre d'Etudes Russes, Caucasiennes, Est-européennes et Centre-asiatique
MOPART INSTITUT NATIONAL D'ÉTUDES DÉMOGRAPHIQUES
EUR'ORBEM Cultures et sociétés d'Europe orientale, balkanique et médiane
GEO UNIVERSITÉ STRASBOURG
Aide de l'ANR 478 905 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2025
- 42 Mois