FRAL - Appel Franco-allemand en sciences humaines et sociales 2024

Techniques chinoises de mémorisation de la main & connaissances pratiques, en situation, comparaison et contact – Knowing Hands

Résumé de soumission

Tout en consultant le cours de la bourse, un chauffeur routier chinois parcourt ses doigts avec le pouce pour décider quelle action acheter. En Chine et à Taïwan, la main est ainsi utilisée dans divers contextes : par des médecins pour établir un diagnostic, par des devins pour calculer un horoscope ou par des prêtres taoïstes pour faire un rituel. Historiquement, ces techniques sont attestées en Chine depuis le 7e s. dans des pratiques rituelles bouddhiques et plus tard dans d’autres domaines tels que les mathématiques, la musique, la poésie ou le droit. Cependant, elles n’ont jamais été étudiées comme des pratiques communes. Comment cet usage cognitif de la main s’est-il étendu ou a-t-il décliné au fil du temps dans ces domaines ? A quel point est-il répandu de nos jours en Asie orientale ? A partir des données historiques et ethnographiques inexplorées du monde chinois et dans une perspective comparative et interculturelle, le projet Knowing Hands examine comment les gens utilisent leurs mains pour penser en reliant 1) les techniques de mémorisation de la main que nous appelons epistemic hands – comment les humains s’appuient sur leurs mains pour faciliter le traitement cognitif (cognition étendue) – 2) aux savoirs pratiques (mindful hands) – quelles connaissances sont saisies corporellement avec les mains (cognition incarnée). Pour la première fois, le projet relie ces deux usages de la main : comment les formes de cognition étendue observées dans les mnémotechniques de la main façonnent les tours de main et inversement. Nous examinons ces pratiques sous trois angles : 1) in situ, historiquement et ethnographiquement en Chine (avec une extension au Japon et à la Corée) ; 2) en comparaison avec la tradition européenne des arts de la mémoire ; 3) dans les contacts interculturels sino-européens. Notre hypothèse est que les mnémotechniques de la main sont un outil traditionnel de gestion des données propice à l’acquisition, la rétention et la diffusion des savoirs. Nous constituerons un corpus numérique de ces techniques en Asie de l’Est pour faciliter les comparaisons avec la tradition européenne. Un premier objectif est de retracer la manière dont les mnémotechniques de la main se sont répandues historiquement d’un domaine à l’autre dans le monde chinois. Ensuite, tout comme les jésuites ont introduit une mnémotechnique de la main européenne en Chine dans les années 1680 et ont rapporté une technique chinoise en Europe dans les années 1780, nous explorerons comment les mindful hands – en tant que forme de savoirs incarnés, de gestes et de sensibilités – ont également joué un rôle important dans les échanges sino-européens. Enfin, le volet ethnographique étudie comment, par le biais de ces pratiques, des personnes de tous horizons sociaux nourrissent des capacités de calcul et développent une sociabilité qui favorise l’acquisition de connaissances pragmatiques. En résumé, le projet Knowing Hands réintègre les mains dans l’histoire des savoirs.

Coordination du projet

Stéphanie Homola (Institut Français de Recherche sur l'Asie de l'Est)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IFRAE Institut Français de Recherche sur l'Asie de l'Est
FAU Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg

Aide de l'ANR 299 855 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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