T-AP DGT - T-AP Démocratie, Gouvernance et Confiance 2024

Impact des déplacements forcés sur le développement des préférences sociales et de la confiance chez les enfants dans la région du Sahel – FORDIS

Impact des déplacements forcés sur le développement des préférences sociales et de la confiance chez les enfants dans la région du Sahel

Comment les déplacements forcés liés à la crise Sahélienne influencent-ils la formation des préférences sociales (prosocialité, propension à faire confiance et à honorer cette confiance) et individuelles (attitudes face au risque et patience) des enfants ? Comment ces déplacements forcés contribuent-ils à la transformation des normes sociales de genre et quel est le rôle causal de l'information dans ces processus ?

Enjeux et objectifs

Les déplacements forcés, dus notamment à la violence intercommunautaire et au terrorisme, représentent l’un des défis humanitaires et sociaux les plus pressants. Le Burkina Faso, épicentre de la crise sahélienne, compte plus de deux millions de personnes déplacées internes, dont une majorité d’enfants, d’adolescents et de jeunes parents. Ces situations d’instabilité et d’insécurité bouleversent l’environnement social, culturel des individus via la perte du foyer, du tissu social, l’exposition au traumatisme, et l’exposition à de nouvelles normes sociales. Comprendre comment ces expériences façonnent les préférences sociales et la confiance chez les enfants (WP1) et les normes de genre des adolescents et jeunes parents (WP2) est essentiel pour anticiper les conséquences à long terme de ces déplacements sur la cohésion sociale, la confiance et la résilience communautaire.<br />Le premier axe s’intéresse au développement des préférences sociales fondamentales des enfants telles que l’altruisme, la confiance, l’aversion au risque et la patience dans un contexte d’exposition à la violence et aux déplacements forcés suite aux attaques terroristes. L’enfance constitue une période critique de formation des comportements prosociaux et des attitudes vis-à-vis d'autrui. Les perturbations induites peuvent altérer durablement la construction de la confiance, de la patience et des motivations coopératives, avec des effets potentiellement irréversibles sur le tissu social et les dynamiques démocratiques futures.<br />Le second axe explore comment les déplacements internes influencent la perception des normes sociales liées au genre, comme la pratique de mutilations génitales féminines, le mariage et les grossesses précoces. Ces pratiques, profondément enracinées dans les systèmes culturels et économiques locaux, sont à la fois des marqueurs identitaires et des mécanismes de régulation sociale. Les déplacements forcés exposent les individus à des normes pouvant être divergentes. Ce choc culturel et social peut renforcer les normes traditionnelles pour préserver l’identité du groupe, ou au contraire accélérer l’adoption de normes plus égalitaires suite à l’exposition à des normes plus modernes.<br />L’objectif du projet est d’analyser, à travers une approche expérimentale, comment les déplacements internes forcés influencent la formation des préférences sociales chez les enfants et les perceptions normatives liées au genre chez les adolescents et jeunes parents. Le projet mobilise une approche d’économie comportementale pour mieux comprendre les mécanismes psychologiques, sociaux et économiques par lesquels l’instabilité et l’exposition aux déplacements impactent les attitudes et perceptions normatives des individus. Les résultats fourniront des éléments essentiels pour la conception de politiques et de programmes de prévention ou de réintégration favorisant la confiance, la coopération et l’égalité de genre dans les contextes fragiles comme dans la région du Sahel en Afrique.

Le projet repose sur une approche expérimentale fondée sur l’économie comportementale et la psychologie. Les deux volets mobilisent des jeux économiques pour mesurer les préférences sociales et des vignettes pour appréhender la perception de normes de genre. Ces outils, adaptés à des publics jeunes et peu alphabétisés, permettent d’obtenir des données sur les comportements et les croyances, au-delà des déclarations auto-rapportées.
Dans le WP1, une expérience « lab-in-the-field » est mise en œuvre auprès de 1 500 enfants âgés de 8 à 15 ans répartis en trois groupes : non déplacés dans des villages de départ attaqués (groupe contrôle), déplacés vivant dans des villages d’arrivée attaqués et déplacés vivant dans des villages d’arrivés non attaqués. Des jeux expérimentaux sont utilisés pour mesurer l’altruisme, la confiance, la prise de risque et la confiance. Chaque session est menée en milieu scolaire dans des conditions garantissant l’anonymat. L’échantillonnage suit une sélection aléatoire à trois niveaux (communes, écoles, enfants) et la comparabilité entre groupes est assurée par un appariement sur score de propension. Les analyses statistiques combinent tests non paramétriques et modélisation économétrique.
Le WP2 applique une approche similaire auprès de 2 500 adolescents et jeunes parents âgés de 13 à 30 ans issus de communautés déplacées et non déplacées. L’étude mesure trois dimensions : normes personnelles, attentes normatives et seuil de basculement vers de nouvelles normes modernes. Les participants évaluent des scénarios présentés sous forme de vignettes portant sur le mariage et la grossesse précoce, la pratique des mutilations génitales féminines ou le mariage sans excision. Une analyse causale teste l’impact de la diffusion des normes personnelles locales et d’origine sur l’évolution des normes personnelles des personnes déplacées, afin d’identifier l’impact de la confrontation à différents référentiels normatifs.
Dans les deux volets, l’analyse empirique repose sur des modèles de régression intégrant variables démographiques, exposition à la violence, statut socioéconomique. Les effets modérateurs (sexe, âge, intégration communautaire) et médiateurs (trauma, manque de ressources, instabilité, exposition à une nouvelle normes, réorganisation de la structure familiale) sont examinés pour comprendre les mécanismes de transformation des préférences et des normes sociales.
L’ensemble du dispositif a fait l’objet de pré-enregistrements et a été validé par un comité d’éthique au Burkina Faso. La confidentialité, le consentement éclairé et l’adaptation culturelle des outils sont garantis à toutes les étapes. Cette approche expérimentale ancrée dans le contexte sahélien, combine rigueur scientifique et pertinence opérationnelle. Elle génère des données précieuses sur la résilience, la socialisation et la transformation normative en situation de crise, contribuant à éclairer les politiques publiques et les actions humanitaires.

A venir

A venir

A venir

Le monde est actuellement confronté et devra faire face dans le futur proche à un nombre alarmant de déplacements forcés de populations, résultant de conflits religieux, politiques, ethniques, de troubles civils ou du changement climatique. Les déplacements forcés, en particulier lorsqu'ils sont dus à des violences entre groupes, peuvent gravement perturber le développement cognitif et émotionnel des enfants en créant un environnement imprévisible. Cela pose des obstacles considérables à l'avenir de la démocratie et nécessite des mesures proactives de la part des institutions de gouvernance. En effet, l'enfance est la période de la vie où les racines de la prosocialité et de la confiance se construisent sous l'influence de l'éducation, de la culture et des interactions sociales. Il est essentiel de comprendre comment et dans quelle mesure l'exposition au déplacement interne forcé pendant l'enfance et l'adolescence modifie ou calibre ces processus afin de fournir des recommendations pour des interventions politiques fondées sur des preuves empiriques. Ce projet examine le développement des préférences sociales, de la confiance et des normes sociales chez les enfants exposés au déplacement forcé au Burkina Faso en raison de conflits intergroupes. Il évalue la prosocialité, la confiance, la coopération et la réciprocité dans un premier Work Package, et la perception des normes sociales de genre (en particulier les mutilations génitales et le mariage forcé des enfants) dans un second Work Package. Il repose sur la conduite au Burkina Faso d'expériences comportementales (Work Packages 1 et 2) et d'un essai contrôlé randomisé (Work Package 3) auprès d'enfants, de jeunes adolescents et de parents qui ont été ou non déplacés à la suite d'attaques terroristes. Nous incluons les parents pour comprendre les préférences et les normes sociales, car ils jouent un rôle fondamental dans leur transmission aux enfants. Ce projet est capital pour contribuer à notre compréhension du développement des préférences sociales et de la manière dont elles peuvent être affectées par les déplacements forcés et l'incertitude associée. Il servira à informer les interventions visant à encourager les motivations prosociales, la confiance et les normes sociales qui découragent la violence, favorisent la coopération et préservent la démocratie. Ce projet implique une collaboration entre des équipes de recherche situées aux États-Unis (Université de Chicago), en France (GATE, Lyon) et au Royaume-Uni (Université de Lancaster), avec une approche multidisciplinaire qui inclut l'éducation, l'économie comportementale et la psychologie du développement.

Coordination du projet

Marie Claire Villeval (Groupe d'Analyse et de Théorie Economique Lyon-Saint Etienne)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

University of Chicago
University of Lincoln
GATE-LSE Groupe d'Analyse et de Théorie Economique Lyon-Saint Etienne

Aide de l'ANR 122 012 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2024 - 36 Mois

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