Une histoire matérielle des connexions Méditerranée-océan Indien (VIe siècle av. J.-C. - VIIe siècle ap. J.-C.) – MedOcean
L'objectif du projet MedOcean est de proposer une histoire des relations reliant la Méditerranée ancienne aux mondes de l’océan Indien et de l’Asie orientale en prenant pour point de départ les choses, c'est-à-dire les objets et produits qui ont circulé entre ces sociétés. Cette approche, où l’attention est accordée à la matérialité, s’inscrit dans les apports du ‘material turn’ et des ‘material culture studies’ : l’objet n’y est plus considéré comme un simple phénomène économique ; au contraire, il devient un document à part entière, par lequel on explore les phénomènes économiques, sociaux, culturels et scientifiques. Le ‘material turn’ est, pour le dire en quelques mots, le projet de faire une histoire à partir des choses – et non pas une histoire des choses.
Partir des choses pour analyser les échanges et flux commerciaux au sein de l’espace afro-eurasien nous semble être une approche nouvelle en vue d’analyser et interpréter ce phénomène historique ; c’est également un moyen d’ouvrir des pistes de recherche inexplorées. En effet, nous postulons qu’une recherche prenant pour base de départ les choses, dans leur valeur d’usage, d’échange et de signe, fera nécessairement émerger des connaissances et des idées que les recherches actuelles laissent de côté (par exemple, la matérialité des objets, dont dépendent les usages et la consommation ; la question des goûts et la mode ; l’agency des producteurs primaires etc.). Au-delà de ce renouvellement de l’histoire des échanges, ce projet portera l’attention sur les différentes formes de contacts qui se sont établies entre les sociétés du vaste espace connecté afro-eurasien. En d’autre termes, ce projet d’« histoire matérielle des connexions Méditerranée-Océan Indien » se rapproche des intentions de l’histoire connectée, qui cherche à appréhender toutes les formes de rencontres entre les sociétés.
L’originalité de ce projet collectif de recherche, qui réunit une équipe aux compétences complémentaires, est de viser une dimension holistique en faisant le choix de l’exhaustivité et de la longue durée. Le terme « exhaustivité » signifie qu’il faut prendre en considération la totalité des choses qui ont circulé entre la Méditerranée et l’océan Indien, qu’elles appartiennent à la sphère du « luxe » (par ex. gemmes) ou à celle des choses banales (par ex. verre), qu’elles dominent dans les circulations (par ex. poivre, monnaies) ou qu’elles soient (apparemment) secondaires (par ex. écorce de palétuvier). C’est la condition nécessaire pour avoir une vue d’ensemble – et en même temps différenciée – du système des échanges et des dynamiques culturelles et sociales qui se développent dans ce vaste espace connecté. Les deux livrables qui ont été programmés et qui forment la clé de voûte du programme sont une autre originalité de notre recherche. Il s’agit un dictionnaire encyclopédique et un atlas historico-géographique. Ces deux livrables seront nativement au format numérique, accessibles en ligne en accès ouvert, rédigés en anglais et réunis dans le même site web. Ils fonctionneront en synergie et ont l’ambition d’être des outils mis à la disposition de la recherche (par exemple, en vue d’une nouvelle traduction commentée du Périple de la mer Erythrée). Une large diffusion des résultats du programme de recherche en direction grand public est prévue, car les connexions anciennes dans le monde afro-eurasien (et en particulier le rôle important tenu par l’Afrique orientale) sont encore trop méconnues.
Coordination du projet
Pierre Schneider (Université Artois)
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Partenariat
UR 4027 Université Artois
AASPE Muséum National d'Histoire Naturelle Paris
AOROC Ecole Normale Supérieure Paris
OMTHA Sorbonne Université
Aide de l'ANR 246 924 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2024
- 48 Mois