Interactions en Ethiopie médiévale: l'Ifât comme observatoire des relations entre musulmans, chrétiens et non-monothéistes – InterMedE
Le projet InterMedE a pour ambition d’étudier les relations intercommunautaires et interreligieuses dans la Corne de l’Afrique à la fin de l’époque médiévale (XIIIe-XVIe siècles), en réunissant des historien.ne.s et archéologues spécialistes des populations musulmanes, chrétiennes et non-monothéistes. Longtemps étudiées séparément, ces populations partageaient pourtant une communauté de culture, cohabitaient au sein de mêmes territoires, se convertissaient d’une religion à l’autre, échangeaient économiquement, diplomatiquement, maritalement. Le projet vise à mettre en lumière non pas les spécificités propres à chaque population, mais plutôt leurs interactions, leurs traits culturels communs et leurs échanges, afin de concevoir dans une approche holistique, collective et pluridisciplinaire, l’histoire régionale comme un tout pluriel. Cette démarche est rendue aujourd’hui possible grâce au renouveau de ces vingt dernières années des connaissances sur le royaume chrétien et les territoires islamiques, mais aussi les sociétés non-monothéistes de la Corne de l’Afrique au Moyen-Âge.
Le lieu d’observation de ces interactions sera la région de l’Ifat, sous autorité non-monothéiste (avant le XIIIe s.), puis islamique (XIIIe-XIVe s.) et enfin chrétienne (XVe-XVIe s.), qui reste tout au long de la période peuplée de musulmans, de chrétiens et de non-monothéistes. Ses grandes cités marchandes, telles que Genbadelo, sont le point de rupture de charge des caravanes reliant le royaume chrétien des hauts-plateaux aux côtes de la mer Rouge : c’est là que s’échangent les ressources de l’arrière-pays (or, ivoire, esclave, etc.) et les biens venus du monde islamique (tissus, parures, etc.). Outre son histoire singulière, la diversité des sources textuelles (en arabe et en guèze, endogènes et exogènes) et archéologiques (dont ses grands sites urbains et funéraires: Nora, Asbäri, Beri-Ifât et Mässal) en font la zone la plus propice pour analyser ces interactions.
Le projet se déploie autour de quatre types d’enquêtes. Le volet « Matérialité » se fonde sur une approche archéologique, afin de repérer les interactions religieuses et culturelles d’un point de vue matériel, avec l’étude archéologique des sites urbains d’Asbäri/Gendabelo et de Beri-Ifat, celle des marqueurs identitaires (funéraire, culture matérielle) et une enquête sur trois trésors de monnaies mamluks, trouvés sur la colline de Rassa, en Ifat. Le volet « Echos dans le temps et l’espace » s’attache à l’étude de trois types de sources exogènes : les textes arabes écrits au Caire aux XIVe et XVe siècle, des Annales écrites en guèze par le moine ?awlos au milieu du XVIe siècle, et les traditions orales et les manuscrits arabes d’Ifat des XIXe et XXe siècles. Le volet « Les femmes, agents d’intégration » permettra d’aborder le rôle des femmes dans la communauté de culture qui unit les populations au-delà des divisions religieuses, s’attachant à l’étude des alliances matrimoniales via les généalogies et à un dossier documentaire exceptionnel sur le rôle des femmes dans les relations diplomatiques après le jihad des années 1530. Enfin, le volet « Géographie historique » croisera données archéologiques et sources textuelles étudiées dans les trois premiers axes, pour repenser les frontières mouvantes entre territoires musulmans, non-monothéistes et chrétiens, les lieux de perméabilité et les espaces tampons. Il ouvrira sur des prospections afin d’élargir la zone d’étude et articuler la région de l’Ifat aux régions environnantes. Il alimentera une cartographie interactive afin d’offrir une vue d’ensemble de la région dans une perspective diachronique.
Coordination du projet
Amélie Chekroun (Centre national de la recherche scientifique)
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Partenariat
IREMAM Centre national de la recherche scientifique
Aide de l'ANR 410 663 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2024
- 42 Mois