Crime et société en Chine impériale tardive – CRISOLIC
Ce programme de recherche vise à produire l’étude la plus complète à ce jour sur l’histoire de la criminalité en Chine aux 18e et 19e siècles. Partant du constat que l’absence de données fiables et de grande ampleur sur un pays qui regroupait alors environ 30% de la population mondiale est un frein à l’écriture d’une histoire globale du crime, que la compréhension de l’histoire sociale de la Chine de l’empire tardif souffre également de cette lacune dans l’historiographie, ce programme souhaite combler ce manque en apportant à la fois des données empiriques et un travail d’analyse à la croisée de l’histoire juridique et sociale, en s'appuyant sur une équipe internationale franco-taïwanaise réunissant des historiens, des juristes, des statisticiens et des informaticiens.
Les données proviendront de quatre collections d'archives judiciaires locales, celles des districts de Ba, Nanbu, Baodi et Dan-Xin, soit les quatre collections les plus importantes préservées jusqu’à nos jours : à elles quatre, elles totalisent un ensemble d’environ 150 000 affaires judiciaires couvrant la période allant de la fin du 17e siècle aux premières années du 20e siècle. L'accent sera mis sur l'analyse de la structure de la criminalité dans ces quatre unités administratives, les deux premières situées dans la province du Sichuan, la troisième dans celle du Zhili, et la dernière dans le nord de Taïwan. Une sélection d'archives de l'administration centrale compilées par le ministère des Peines viendra les compléter. En combinant l'utilisation de riches archives locales et les informations tirées des archives judiciaires centrales, qui couvrent un espace plus vaste pour la même période, il sera possible de pallier les lacunes et les biais de chaque collection. À l’aide d’un échantillonnage statistiquement représentatif de la documentation, l'équipe souhaite dresser un tableau complet de la criminalité et offrir la description la plus précise possible de la population criminelle chinoise à l’époque. Elle analysera également les grandes tendances de l’évolution de la criminalité sur plus d’un siècle. Cette approche quantitative sera complétée par une série d’études qualitatives qui s’attacheront notamment à décrire le contexte social et institutionnel, analyser le hiatus possible entre les représentations légales du crime et la perception qu’en avait la population, ou encore de lever le voile sur la part de la criminalité qui n’était pas dénoncée aux autorités.
Ce programme de recherche vise également à reconsidérer les paradigmes qui sous-tendent la recherche sur les archives locales chinoises de l'ère impériale tardive. Celles-ci ont principalement été utilisées jusqu’ici pour étudier la résolution des conflits civils. Pourtant, elles contiennent de nombreux documents liés à la justice pénale, qui ont largement été négligés, bien qu'ils fournissent des informations cruciales sur l'évolution de la structure sociale de l'empire au fil du temps et sur les relations entre la société et les autorités étatiques. Dans le même temps, en utilisant les outils de reconnaissance de textes manuscrits (HTR) que l'équipe a développés, elle souhaite rendre accessibles des versions texte d'un nombre substantiel de ces documents judiciaires chinois, favorisant ainsi le dynamisme des études sur ces corpus au-delà des thèmes de recherche mis en avant dans le programme.
Coordination du projet
Luca Gabbiani (Ecole Française d'Extrême Orient Paris)
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Partenariat
Academia Sinica, Institute of Modern History
EFEO Ecole Française d'Extrême Orient Paris
ERMES Université Côte d'Azur
Aide de l'ANR 409 996 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2025
- 48 Mois