Revisiter l'histoire des sciences en situation coloniale. Acteurs, actrices et archives de l'Institut Français d'Afrique Noire – ArchIFAN
Le projet ArchIFAN ambitionne de revisiter l’histoire des savoirs scientifiques en situation coloniale à partir du cas de l’Institut Français Afrique Noire (IFAN), un institut pluridisciplinaire fondé en 1936 à Dakar (Sénégal) et dont des centres locaux sont créés dans différentes colonies d’Afrique de l’Ouest dès 1942. Ce projet mobilise des chercheurs et des chercheuses de différentes disciplines (anthropologie, histoire, histoire de l’art) ainsi que des conservateurs, des conservatrices et des archivistes de plusieurs institutions détentrices de fonds liés à l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire-Cheikh Anta Diop à Dakar, Musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris, Musée d’Aquitaine à Bordeaux) pour identifier des corpus dispersés d’archives, de ressources documentaires et de publications, étudier leur production, leur circulation et leur matérialité, puis examiner leurs héritages actuels. L’objectif est d’interroger en quoi l’inscription de l’IFAN en situation coloniale a généré et entretenu sa subalternisation dans le contexte scientifique de l’époque, et affecté tant sa politique documentaire que les parcours de ses personnels et leurs publications. Ces recherches permettront ainsi de faire émerger les logiques d’actrices et d’acteurs longtemps invisibilisés, qu’il s’agisse des auxiliaires africains ou des femmes – chercheuses, techniciennes ou épouses – qui ont contribué de diverses manières à la production des savoirs sur et à partir de l’Afrique. Elles permettront également de retracer l’histoire éditoriale de l’IFAN et le rôle joué par ses multiples revues dans la constitution de réseaux de sociabilité savante et dans l’émergence des professionnels africains de la recherche. Il s’agira d'examiner dans quelle mesure ces espaces alternatifs de production de savoirs sur l’Afrique et en Afrique, fonctionnant dans le cadre de réseaux à différentes échelles, ont été marqués par des processus d'invisibilisation dans les champs scientifiques impérial, transimpérial et international. Aussi ArchIFAN propose-t-il, en collaboration avec ses collègues africains et l’équipe du portail de Persée, la numérisation des deux principales revues de l’IFAN et l’analyse de leurs contenus textuels et iconographiques. Une partie des savoirs produits par les chercheurs et chercheuses de l’IFAN durant la période coloniale sera ainsi mis à disposition, en accès libre sur Persée, dans un souci de restitution répondant aux valeurs portées par la Science ouverte. Dans une telle perspective, une part importante du projet concernera, de manière transversale et réflexive, les enjeux éthiques et la prise en compte des impacts sociétaux d’une telle remise en circulation de sources historiques et de données scientifiques produites en situation coloniale, susceptibles de faire aujourd'hui l’objet de nombreuses réappropriations, à l’heure où la question du rapatriement numérique (digital return) des savoirs se pose de manière cruciale et a des échos bien au-delà du champ scientifique et académique.
Coordination du projet
Marianne Lemaire (Institut des mondes africains)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IMAF Institut des mondes africains
LADEC Laboratoire d'Anthropologie Des Enjeux Contemporains
CESSMA Centre d'Etudes en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques
Aide de l'ANR 450 879 euros
Début et durée du projet scientifique :
février 2025
- 36 Mois