Inclusion au travail des personnes stigmatisées : le cas des salariées lesbiennes – ODILE
Inclusion au travail des personnes stigmatisées : le cas des salariées lesbiennes
La littérature sur les inégalités en fonction du genre et de l'orientation sexuelle reste insuffisamment développée, avec peu de connaissances en particulier sur le vécu au travail des femmes lesbiennes. Ce projet cherche à combler ce manque en s'intéressant sous différents angles aux caractéristiques des salariées lesbiennes et à la façon dont leur genre et leur orientation sexuelle influent conjointement sur leur vécu au travail.
Enjeux et objectifs
L'inclusion est devenue une question vitale pour les organisations (Cottrill et al., 2014) et a été proposée pour compléter la notion de diversité, en mettant l’accent sur l’importance de l’authenticité au travail. Les pratiques d'inclusion dans les organisations sont particulièrement importantes dans le cas des identités sociales invisibles (Ragins et al., 2007). En effet, les personnes ayant une identité sociale invisible sont confrontées à des exigences contradictoires liées à la dissimulation ou à la divulgation de leur identité. Le fait de cacher leur identité leur demande de gros efforts et une charge mentale et les empêche d'être authentiques au travail, ce qui peut entraîner isolement et souffrance psychologique (Clair et al., 2005 ; Herek, 1996). L'inclusion est donc essentielle pour leur permettre de révéler leur identité invisible sans risquer discrimination et stigmatisation. C'est le cas, par exemple, des personnes homosexuelles, pour lesquelles il a été montré que les politiques d'inclusion sont centrales pour permettre aux personnes qui souhaitent révéler leur identité de le faire sans risque (Falcoz & Bécuwe, 2009 ; Maji et al., 2023). Les personnes LG (lesbiennes et gays) sont victimes de plusieurs formes de violence au travail : discrimination (dans l'accès à l'emploi, aux responsabilités, par exemple), stigmatisation, humiliation et violences sexuelles, entre autres (Coron & Dorion, à paraître ; Zurbrügg & Miner, 2016). Les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, sont également victimes de discriminations et de violences sur le lieu de travail (Coron, 2023 ; Laufer, 2014). Ce projet de recherche se situe à l'intersection de ces deux domaines. Il vise à comprendre les expériences des employées lesbiennes au travail et la manière dont les organisations peuvent devenir plus inclusives pour ces femmes (acronyme ODILE : Organization - Diversity - Inclusion - LEsbians). Notre hypothèse de recherche globale, fondée sur le paradigme intersectionnel et sur le fait que la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle est profondément ancrée dans les normes de genre (Beaubatie et al., 2023), est que les femmes lesbiennes, à la fois en tant que femmes et en tant qu'homosexuelles, ont des expériences spécifiques au travail. Le projet a donc plusieurs objectifs : - Sur le plan empirique, comprendre, à partir d'une approche intersectionnelle, les expériences spécifiques (négatives ou positives) des employées lesbiennes et comment elles diffèrent de celles des employées hétérosexuelles ou des employés homosexuels (mais aussi des employés hétérosexuels) ; - Sur le plan théorique, enrichir la littérature sur l'inclusion des LG et la littérature sur le genre en croisant ces deux thèmes ; - Sur le plan managérial, offrir aux entreprises des recommandations pour la mise en œuvre de politiques et de pratiques visant à assurer une meilleure inclusion des employées lesbiennes.
Le projet se fonde sur 3 WP.
Le WP1 est une enquête qualitative par entretiens semi-directifs auprès de salariées lesbiennes (50), de managers (10) et de responsables diversité (10). Ce WP vise à explorer les thèmes identifiés dans la littérature (coming-out, carrière, identité, questions et expériences sociales, discrimination et violence, rôle des réseaux d'employés LG, et politiques d'entreprise visant à l'inclusion des LG), mais en se concentrant sur les employées lesbiennes travaillant en France.
Le WP2 est une enquête qualitative en ligne visant à recueillir des témoignages d’expériences au travail de salariées en ligne via un observatoire. Des questions seront publiées périodiquement sur cet observatoire, permettant ainsi de recueillir des témoignages écrits.
Le WP3 concerne la collecte et l’analyse de données sur un échantillon représentatif de salariés français, via l’administration d’un questionnaire comportant des questions à la fois sur le genre, l’orientation sexuelle, et des questions liées au travail. Ce WP3 a donc plusieurs objectifs : tout d’abord, remédier au manque de données sur l’orientation sexuelle dans les enquêtes statistiques nationales, qui empêche actuellement de produire des résultats robustes sur les inégalités professionnelles en fonction du genre et de l’orientation sexuelle ; comparer et mesurer la situation professionnelle (objective et subjective) des femmes lesbiennes, femmes hétérosexuelles, hommes gay, hommes hétérosexuels ; enfin, produire ainsi des chiffres fiables sur les inégalités professionnelles en fonction du genre et de l’orientation sexuelle.
Les résultats seront fournis à la fin du projet.
Les personnes homosexuelles (lesbiennes et gays) sont victimes de plusieurs formes de violences au travail : discriminations (dans l’accès à l’emploi, aux responsabilités, par exemple), stigmatisation, humiliations, violences sexuelles, entre autres (Zurbrügg & Miner, 2016). Les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, sont aussi victimes de discriminations et de violences dans le milieu professionnel (Laufer, 2014). Ce projet de recherche s’inscrit à l’intersection de ces deux champs et vise à décrire et comprendre le vécu au travail des salariées lesbiennes, et la façon dont les organisations de travail peuvent devenir plus inclusives pour ces femmes (acronyme ODILE : Organisation – Diversité – Inclusion – LEsbiennes). En cela, il intègre une « approche genre » dans la compréhension des discriminations et violences vécues par les personnes homosexuelles au travail. Le projet repose sur trois études : une étude exploratoire qualitative par entretiens, une netnographie, et une étude quantitative, fondée sur un questionnaire ayant pour objectif de construire et d'analyser une base de données représentative de salariés français. Il vise à enrichir la littérature sur le genre et la littérature sur l’inclusion des personnes homosexuelles en les croisant et en montrant la spécificité des expériences vécues par les salariées lesbiennes au travail. Cet enrichissement permettra aussi un éclairage sur la notion d’inclusion, de plus en plus utilisée (mais aussi critiquée) dans la littérature académique.
Coordination du projet
Clotilde Coron (Université Paris-Saclay)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
UPSaclay-RITM Université Paris-Saclay
Aide de l'ANR 209 320 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2024
- 24 Mois