Explorer l'impact du réseau de collègues : un nouveau levier pour l’adoption de comportements sains et pro-environnementaux – ResPro
Explorer l'impact du réseau de collègues : un nouveau levier pour l’adoption de comportements sains et pro-environnementaux
Et si notre entourage au travail nous aidait à modifier notre mobilité quotidienne ? Cette étude propose à des salariés tirés au sort un accompagnement de 3 mois à la mobilité domicile-travail, fondé sur la psychologie et l'économie comportementale, pour réduire la voiture solo et augmenter l'activité physique.
Enjeux et objectifs
Enjeux : Les choix quotidiens en matière de mobilité ou encore d'activité physique pèsent lourdement sur la santé comme sur l'environnement. Selon Santé Publique France, plus d'un tiers des adultes en France cumulent faible activité physique et mauvaise alimentation, ce qui accroît la mortalité et la morbidité (maladies cardiovasculaires, obésité, certains cancers) et peut dégrader le bien-être au travail. En parallèle, les comportements individuels de transport et d'énergie sont au cœur des enjeux de pollution et de changement climatique. Or les politiques publiques peinent à produire les changements de comportements nécessaires. L'économie des réseaux montre que les pairs jouent un rôle déterminant dans l'adoption de comportements, notamment d'activité physique ou de modes de transport, par des mécanismes de conformité ou de complémentarité stratégique (covoiturage, partage d'informations sur les remboursements, par exemple). Jusqu'ici, la recherche a surtout porté sur les cercles d'amis et de voisins. Le lieu de travail, où tout un chacun passe pourtant beaucoup de temps, reste peu étudié pour les comportements non liés au travail, hormis quelques travaux sur la consommation d'énergie ou le choix du mode de transport, dont une étude récente menée par plusieurs membres du projet sur la mobilité active dans les laboratoires de recherche. Objectifs : ResPro vise à explorer les effets directs et indirects (via l'entourage au travail) d'un accompagnement à la mobilité domicile-travail basés sur des leviers psychologiques et d'économie comportementale. Il vise également à élargir l'analyse des effets de pairs à une plus grande diversité d'habitudes de vie : mobilité quotidienne, activité physique, alimentation, loisirs et consommation numérique. Ces comportements sont plus ou moins visibles et donc diversement sensibles aux interactions sociales. Un déjeuner partagé expose les habitudes alimentaires, les discussions informelles portent sur les trajets, tandis que le tri des déchets, les achats en circuits courts ou d'appareils numériques sont moins visibles et souffrent d'un manque d'incitations et d'informations. Des effets de pairs ont pourtant été observés pour ces derniers, entre voisins comme sur le lieu de travail.
L'étude interventionnelle porte sur les trajets domicile-travail et poursuit un double but : réduire l'usage de la voiture en solo et augmenter l'activité physique sur ces trajets.
Le volet principal de l'étude ResPro repose sur une étude interventionnelle.
Le protocole permet d'identifier séparément les effets directs de l'accompagnement et ses effets indirects, transmis par l'influence des collègues. Pour cela une randomisation particulière a été mise en place : sur les 11 structures participantes, 6 ont été tirées au sort, puis, dans chacune d'elles, la moitié des salariés inscrits ont été tirés au sort pour bénéficier de l'intervention. Cet accompagnement comportait 3 volets : dans un premier temps, les salariés traités ont reçu des informations sanitaires, environnementaux et financiers sur la mobilité domicile-travail reportée chaque semaine, pouvaient simuler l'impact de changement de mobilité avec des trajets alternatifs suggérés et planifier leur semaine à venir, dans un second temps, il a été proposé aux salariés traités de se mettre en équipe de 5 afin d'effectuer le plus de pas ou de km à vélo et dans un troisième temps des retours personnalisés concernant l'atteinte d'objectifs sanitaires (recommandation de l'OMS) et environnementaux (accord de Paris) par le participant et pour l'ensemble des autres salariés traités de l'entreprise.
750 salariés se sont inscrits à l'étude interventionnelle, 350 appartenaient à des entreprises contrôle et 400 à des entreprises traitées. 200 salariés de ces dernières structures ont été tirés au sort et ont bénéficié de l'intervention.
Les participants ont complété une série de questionnaires avant, pendant et après la période d'intervention. Afin de reconstruire le réseau de collègues, il leur a été demandé de citer les collègues avec lesquels ils interagissent régulièrement. Du fait de contrainte RGPD, seuls les collègues ayant accepté de participer pouvaient être nommer. Des informations sur le nombre de collègues non citables partageant certaines caractéristiques ont également été collectées afin d'être en mesure de comparer le réseau de collègues citables avec le réseau des collègues non citables.
Sur la période d'intervention (12 semaines), les participants devaient se connecter à une application web et reporter leur mobilité domicile-travail hebdomadaire.
Les deux premières années du projet se sont focalisées sur la collecte de données originales nécessaires pour répondre aux questions de recherche adressées dans le projet ResPro.
* Nous avons préparé le terrain d'études :
i) obtention des accords de protection des données, comité éthique de mars 2025 à juin 2025 et pré-enregistrement du protocole d'étude,
ii) mise en place une phase pilote auprès de 70 salariés - membres du Syndicat Mixte des Mobilités de l'Aire Grenobloise (SMMAG), qui est partenaire du projet ResPro et auprès de collègues du laboratoire GAEL. Cette phase pilote avait pour objectif de tester l'ensemble des outils de collecte (notamment questionnaires) et de l'intervention (notamment développement d'une application web) - d'octobre 2025 à janvier 2026,
iii) effectuer le recrutement des entreprises et salariés participants (juin 2025 à mars 2026)
* Nous avons également déployé l'étude principale et effectué la collecte de données attachée (mars 2026 - septembre 2026) auprès de 19 entreprises et 1147 salariés pour la première partie de l'étude (constituée uniquement d'un questionnaire) et auprès de 11 sites correspondant à 9 entreprises différentes en ce qui concerne la deuxième partie de l'étude (i.e. l'étude interventionnelle).
* Suite à la collecte de données, nous avons préparé les retours personnalisés qui seront faits aux entreprises et salariés participants (mai 2026 - octobre 2026) - Fiches diagnostics automatisées pour chaque entreprise ayant participé à l'une des deux parties de l'étude et pour l'ensemble des salariés ayant participé à l'étude interventionnelle.
Dans les deux prochaines années du financement ANR, le travail consistera à :
i) Analyser les données collectées afin de répondre aux questions de recherche posées dans le cadre de ce projet et valoriser ces résultats via la rédaction d'articles scientifiques
ii) Développer un outil interactif à destination des entreprises participantes afin qu'elles puissent se comparer aux autres entreprises (anonymisées) ayant participé à l'étude
iii) Mettre à disposition de la communauté scientifique via un Github les codes de la tâche cognitive développée sur Otree visant à mesurer les attitudes implicites vis à vis des modes de transport actifs et durables (vélo, marche) et non-actifs et non-durables (voiture, moto).
Les choix que nous faisons au quotidien, que ce soit en matière d'alimentation, d'activité physique ou de mobilité, ont des répercussions importantes sur notre santé et sur l'environnement. D'une part, les problèmes de santé liés au manque d'activité physique ou à une mauvaise alimentation constituent un défi majeur pour la société. Ainsi, selon Santé Publique France, plus d'un tiers des adultes en France combinent un niveau élevé de sédentarité avec une activité physique insuffisante. Ces personnes présentent des taux de mortalité et de morbidité plus élevés, ainsi que des risques accrus de diminution du bien-être au travail. L'alimentation, à travers une consommation insuffisante de fruits et légumes, une consommation excessive d'aliments ultra-transformés et de résidus de pesticides, est impliquée dans l'apparition de certaines maladies chroniques. Les comportements individuels dans le secteur des transports sont également au cœur des enjeux environnementaux (en termes de pollution et de changement climatique). Pourtant, les politiques publiques peinent à induire les changements de comportement nécessaires pour réduire ces impacts sanitaires et environnementaux.
ResPro propose d'aborder cette question en développant une approche basée sur deux dimensions originales : (1) l'effet de levier des interactions sociales et (2) l'entreprise comme lieu de diffusion d'habitudes saines et pro-environnementales (SPE). ResPro mobilise des compétences méthodologiques en économétrie des réseaux, en économie comportementale et en économie de l'environnement, ainsi qu'en psychologie sociale. L'objectif final de ce projet est d'apporter une contribution significative à l'amélioration de l'efficacité des politiques publiques.
Dans ce projet, nous évaluerons d'abord l'état actuel des interactions sociales au travail en (i) documentant l'impact des récentes crises sanitaire et énergétique sur les habitudes de télétravail, et en (ii) décrivant la relation entre le télétravail, les interactions sociales et le bien-être au travail et ainsi qu’en (iii) fournissant une vue d'ensemble des comportements SPE actuels en (iii) identifiant les profils des individus qui adoptent différents comportements SPE (WP1).
Ensuite, nous étudierons l'influence des collègues (c'est-à-dire des personnes travaillant sur le même site et avec lesquelles l'employé interagit régulièrement sur des sujets non liés au travail, en partageant le café ou les pauses déjeuner) sur une série de comportements SPE, les croyances associées et le bien-être au travail. L'estimation de l'influence des pairs nécessite une reconstruction précise du réseau de collègues de chaque employé, ce qui sera fait à l'aide d'une approche très récente, non intrusive et peu coûteuse, qui ne nécessite pas l'élicitation des pairs, appelée méthodologie des données relationnelles agrégées (ARD) (WP2).
Enfin, nous étudierons les effets directs et indirects (par l'intermédiaire des pairs) d'une intervention personnalisée combinant des informations sanitaires, environnementales et financières, la planification d'actions, la gamification (avec des objectifs individuels et collectifs) et un retour d'information personnalisé sur un sous-ensemble de comportements liés à la santé (plus précisément l'activité physique et la mobilité quotidienne active) et le bien-être au travail, ainsi que les retombées potentielles sur d'autres comportements sains et pro-environnementaux (WP3).
Ce projet bénéficie d’une étroite collaboration avec le SMMAG (Syndicat Mixte des Mobilité de l’Aire Grenobloise), à travers le dispositif M'PRO, qui soutient, depuis 2017, environ 150 entreprises et leurs 110 000 employés pour réduire l'utilisation de la voiture. Cette collaboration nous garantira un accès à des données secondaires (WP1) ainsi qu’un accès privilégié à des entreprises publiques et privées de différents secteurs afin de collecter des données originales (WP1&2) et mettre en place une expérimentation (WP3).
Coordination du projet
Carole Treibich (Université Grenoble Alpes)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
GAEL Université Grenoble Alpes
Aide de l'ANR 177 820 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2024
- 48 Mois