Usage durable et juste des mangroves – SUFUMANG
Usage durable et équitable des mangroves
SUFUMANG a pour objectif de créer un pont entre les études visant à comprendre l'état et les dynamiques des mangroves ainsi que leurs facteurs explicatifs, et les études cherchant à aborder conjointement les trois piliers de la Convention sur la diversité biologique : la conservation, l'utilisation durable et l'équité.
Identifier des synergies positives entre eux ou des co-bénéfices, et mettant en évidence des solutions transformantes grâce à une nouvelle compréhension des dynamiques et des usages des mangroves.
SUFUMANG est basé sur l’observation que les travaux scientifiques et les politiques de restauration favorisent souvent certains objectifs de développement durable dans le domaine de la nature (13, 14 et 15) au détriment d'autres objectifs dans le domaine de la société (1, 3, 5 et 10). Le projet s’inscrit dans le thème de recherche sur la science de la durabilité. Il est crucial pour ce projet d’intention de mieux aborder le lien entre les ODD, en recherchant des synergies positives entre eux ou des « co-bénéfices », et en mettant en évidence des solutions transformatrices grâce à une nouvelle compréhension des dynamiques et des usages des mangroves.<br /><br />Ce projet cherche à comprendre le système de valeurs et d’usages des Peuples indigènes et des Communautés Locales (PICL) en utilisant de nouveaux cadres pour évaluer comment et pourquoi ces facteurs constituent des explications pour les changements en termes de dégradation, de conservation ou d'amélioration de l'état des Systèmes Écologiques Marins et Côtiers (SEMC). Certains usages peuvent affecter l’intégrité de l’écosystème, mais les PICL et leurs activités dans les mangroves peuvent également être les garants d'un bon état des mangroves, assurant à la fois le bien-être et la préservation de leurs valeurs instrumentales et relationnelles, par exemple, à travers le maintien de paysages culturels complexes.
Les obstacles scientifiques à surmonter dépendent de la capacité à définir collectivement un bon «état« du système socio-écologique de mangroves, basé sur des normes et des valeurs à la fois fondées sur des preuves, construites par le consortium, et partagées avec les communautés locales dépendantes des ressources, notamment en ce qui concerne les usages des mangroves dans deux études de cas : Santa-Cruz au Brésil et Casamance au Sénégal. Cette définition doit être élaborée à travers un processus de co-construction impliquant un large éventail de disciplines (biologie, écologie, hydrologie, géographie, anthropologie, économie) et des secteurs et acteurs non académiques. Elle doit être accessible à travers différents secteurs et parties prenantes (scientifiques, décideurs, PICL), intégrer les connaissances locales et être suffisamment réaliste pour être prise au sérieux par les décideurs.
La tâche 1 (Évaluation de la condition et des dynamiques des mangroves en termes d'environnement, de société et d'économie) vise à établir un nouveau diagnostic transversal de l'état des systèmes socio-écologiques des mangroves dans les deux études de cas, en utilisant des outils complémentaires et interdisciplinaires.
La tâche 2 (Réanalyse des usages des mangroves avec de nouveaux cadres en lien avec les ODD) reconsidérera la science des usages des mangroves avec davantage de connaissances locales et un focus sur les PICL qui, jusqu'à présent, ont souvent été exclues des processus décisionnels (femmes, migrants, jeunes, etc.).
La tâche 3 (Mise à l'échelle des solutions transformantes vers la durabilité et l'équité) vise à identifier, analyser et diffuser les réussites ou solutions transformantes abordant le complexe lien entre les ODD.
SUFUMANG mettra en avant l'importance des systèmes socio-écologiques sensibles aux mangroves pour les spécialistes, les décideurs et les gestionnaires, ainsi que pour les non-spécialistes. Tout d'abord, la recherche interdisciplinaire sera mise en avant comme le meilleur outil pour délivrer un message clair et sans ambiguïté aux différents acteurs de la conservation des mangroves. Ensuite, la possibilité d'une analyse différente de la dynamique des mangroves, centrée sur le Sud et sur le genre, sera présentée et justifiée sur la base d'analyses solides des deux études de cas. Cette nouvelle approche, testée et diffusée, constitue le premier impact du projet. De la conception du projet à la réalisation des impacts, deux étapes sont importantes. La première étape est une meilleure compréhension des dynamiques des systèmes socio-écologiques des mangroves des deux études de cas. Pour développer une nouvelle approche fondée sur des preuves concernant les usages des mangroves, la deuxième étape est la formalisation de deux outils : un cadre d'analyse des mangroves qui prend en compte tous les composants du système socio-écologique, et un modèle applicable aux ateliers participatifs intersectoriels où les différentes parties prenantes peuvent visualiser les conséquences simulées des décisions potentielles dans un système de gestion. Ces outils contribueront à diffuser les réussites et à étendre les principes d'action communs, à être mis en œuvre et adaptés différemment à chaque contexte local.
Le réseau stimulé par le projet permettra de construire de nouveaux projets de recherche et donnera l’opportunité de prolonger la dynamique. L’un des principaux moyens de pérenniser le projet à l’avenir est de favoriser l’intégration des membres du personnel participant à SUFUMANG dans des groupes d’experts sur les mangroves ou dans des entités de gestion des mangroves au niveau local (par exemple, le conseil scientifique des aires protégées). Cette intégration pourra être poursuivie lors des ateliers intersectoriels du projet, auxquels les gestionnaires et autres parties prenantes seront invités pendant les activités du T3. Enfin, l’implication de jeunes chercheurs dans SUFUMANG (avec une priorité pour les femmes) contribuera au succès et au suivi du projet, notamment si ces chercheurs obtiennent des postes permanents dans des institutions académiques ou non académiques liées à l’étude et à la conservation des mangroves. La structure et les actions de SUFUMANG renforceront les compétences de tous les membres du personnel dans l’étude des systèmes socio-écologiques des mangroves (MSES). Les domaines de recherche thématiques ouvriront la voie à la planification de futures recherches et à de nouvelles possibilités de collaboration via des appels d'offres plus larges à venir. Cela étendra certainement la capacité d'expertise de tous les membres du personnel et orientera les perspectives de carrière futures. Les compétences interculturelles et intersectorielles seront améliorées grâce aux ateliers interdisciplinaires et intersectoriels. En co-encadrant des étudiants de doctorat, post-doctorat et de master, les chercheurs développeront leurs compétences et assureront une qualité d’encadrement. Les membres de SUFUMANG accroîtront leurs connaissances sur les nouveaux environnements et usages, ainsi que sur les nouvelles attentes des partenaires et des parties prenantes, afin de maintenir et de soutenir la protection et la gestion des mangroves. Le réseau interdisciplinaire agira comme un centre d’échange pour la formation mutuelle aux technologies et méthodologies récentes en études environnementales, ainsi que pour la définition des règles et des acteurs en écologie politique et en stratégies.
SUFUMANG vise à offrir une nouvelle vision de la conservation des mangroves, en promouvant des usages équitables et durables, avec un volet de transfert de connaissances au sein et en dehors du consortium académique. La diffusion des connaissances et des résultats produits aux scientifiques, aux communautés autochtones et locales (PICL), aux gestionnaires et aux décideurs est l'un des piliers de SUFUMANG, et l'on s'attend à ce qu'elle ait un impact sur la science, la société et les politiques publiques. Différents volets du projet sont spécifiquement conçus pour ce transfert de connaissances. Dans cette optique, divers supports seront produits au cours du projet pour communiquer dans le cadre du T3 : base de données photo et vidéo, cartographie participative, notes politiques, base de données géospatiale, articles scientifiques. SUFUMANG adaptera ses activités de communication à chaque type d'utilisateur afin de respecter leurs priorités et capacités spécifiques en termes de connaissances, d'innovation et de résultats nécessaires. Le projet ciblera différents publics et vise à transmettre un message clair à tous les niveaux de la société. La communication avec les IPLCs utilisera principalement des photos et vidéos, ainsi que des discussions autour de ces supports. Le contact direct lors des actions sur le terrain dans les différentes études de cas sera très important pour cette communication. La construction et le partage de la base de données en Open Source présentent l'avantage d'engager les participants dans des échanges à long terme, car elle restera ouverte pour intégrer de nouvelles données après le projet, provenant des partenaires actuels, de futurs projets ou d'autres sources. Cela aura un impact sur les scientifiques travaillant sur les mangroves ailleurs, car il existe peu de données directement disponibles à l'échelle mondiale. Le projet générera de nouvelles comparaisons des systèmes socio-écologiques, avec les indicateurs validés et fournis par SUFUMANG. La création d'une base de données Open Source et le stockage d'informations sur les mangroves et leur conservation dans le monde garantiront la durabilité permanente des données et des connaissances générées par le projet. Les carottes sédimentaires collectées pendant le projet seront enregistrées sur le site «Cyber Cartothèque«, le codage ADN sera stocké dans BOLD et Genebank, dans le cadre de la Science Ouverte, et les observations botaniques seront publiées via le portail GBIF.
Les études sur les mangroves s'inscrivent dans la science de la durabilité grâce à un équilibre qui reste à trouver entre la nécessité de les protéger et les besoins des IPLC (peuples autochtones et communautés locales) dans les pays à faible revenu. Aujourd'hui, la gouvernance des mangroves vise principalement des objectifs globaux et non les besoins des IPLC. SUFUMANG, un projet interdisciplinaire motivé par ce contexte est proposé pour faciliter la mise en œuvre intersectorielle de solutions transformatrices favorisant des bénéfices partagés et une réduction de la pauvreté tout en protégeant la mangrove. Ce projet se concentrera sur les solutions transformatrices qui permettront de concilier les ODD centrés sur la société et ceux centrés sur la nature. À cette fin, notre positionnement est d'apporter une perspective nouvelle, centrée sur le Sud, le local et les femmes. Le projet se positionne donc dans un interstice entre les études qui visent à comprendre les dynamiques des mangroves et celles qui visent à améliorer les outils d’aide à la décision dans les domaines de la conservation. Il vise à comprendre les valeurs et les usages des IPLC pour évaluer comment et pourquoi ils constituent les facteurs des changements, en termes de dégradation, conservation ou amélioration. Il est important de souligner que ce projet est conçu avec les institutions de recherche des pays étudiés (Santa-Cruz au Brésil, Saloum au Sénégal) et qu'une petite partie du budget sera allouée aux déplacements des collègues Brésiliens et Sénégalais.
Le projet est structuré en 4 Tâches. T0 est consacrée à la gestion avec un accent sur l'interface (interdisciplinaire, intersectoriel, échanges entre les études de cas). T1 répond à la question de savoir ce qu'est une mangrove en bon "état", lorsque la mangrove est définie comme un système socio-écologique. Un grand nombre de disciplines vont y mettre en commun leurs études. Ensuite, 3 de ces composantes seront mobilisées dans une analyse rétrospective. T1 produira enfin une grille originale pour une telle évaluation basée sur un travail interdisciplinaire. T2 est dédiée aux usages de la mangrove dont on espère trouver de nouveaux angles d'analyse centrés sur le Sud. Ils seront l'objet d’enquêtes apportant à la fois une description et une compréhension des valeurs. Cette compréhension des usages sera confrontée à une analyse de la gouvernance sous l'angle de l'écologie politique, afin de comprendre dans quelle mesure la gouvernance est équitable par rapport aux usages. Un modèle développé ad hoc sera utilisé à la fois pour l'analyse rétrospective (approche hypothético-déductive des impacts) et pour des séminaires prospectifs (visualisation, par les acteurs, des scénarios de gestion). T3 permettra d'identifier, d'analyser et de diffuser des exemples de réussite concernant le nexus entre les ODD. Cela nécessite un co-apprentissage innovant entre les disciplines pour évaluer les critères de réussite. Les acteurs de ces solutions seront impliqués dans le processus. Un échantillon d'actions sera l'objet d'études de leur gouvernance et trajectoire au long de l'innovation. La compréhension de ces réussites sera le fil conducteur des échanges avec les parties prenantes lors d'ateliers intersectoriels. Les 5 derniers mois seront consacrés à la mise en réseau et à la diffusion auprès des partenaires des résultats concernant les usages durables et équitables des mangroves.
L'impact pour les bénéficiaires du projet sont : une nouvelle approche, de nouveaux outils appliqués à une utilisation plus durable des mangroves, des initiatives de transfert de connaissances sur une nouvelle vision de la conservation des mangroves, la promotion d'utilisations équitables et durables à l'intérieur et à l'extérieur du consortium académique et un transfert de connaissances conçu pour une nouvelle gestion assurant une utilisation plus équitable des mangroves.
Coordination du projet
Julien Andrieu (Etudes des structures, des processus d'adaptation et des changements de l'espace)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
ESPACE Etudes des structures, des processus d'adaptation et des changements de l'espace
MARBEC Institut de recherche pour le developpement
Université Assane Seck de Ziguinchor
Universidade Federal Rural de Pernambuco (Dep. Pesca e Aquicultura)
PaLoc Institut de recherche pour le developpement
Aide de l'ANR 487 309 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2024
- 36 Mois