Patrons, mécanismes sous-jacents et conséquences de la formation des domaines vitaux révélés par les translocations de faune sauvage – HomeR
La majorité des animaux vivent dans un domaine vital (DV), une zone spatialement délimitée qui répond aux besoins de survie et de reproduction d'un individu. La nature spatialement contrainte des DVs a d'importantes implications pour de nombreux processus écologiques, tels que la dynamique des populations, et les enjeux de conservation. Dans ce contexte, comprendre les causes et conséquences de la formation des DVs semble essentiel pour appréhender comment les populations animales réagissent aux changements d’origine anthropique, et pour développer des stratégies efficaces de conservation de la faune sauvage. L'omniprésence du DV dans le règne animal suggère qu'il est adaptatif dans de nombreux contextes écologiques et que des mécanismes généraux sont responsables de sa formation. En théorie, les DVs émergent des avantages procurés par la revisite de zones familières grâce à la mémoire spatiale. En nature, la caractérisation du rôle des expériences antérieures sur l’utilisation de l'espace a toutefois été entravée par le manque de systèmes d'étude appropriés, où la formation des DVs peut être observée. Dans ce contexte, la translocation d'animaux dans des environnements dont ils n'ont aucune connaissance préalable, permet de documenter l'expérience individuelle en cours de développement et pourrait donc offrir de nouvelles perspectives.
Le projet HomeR vise à comprendre les patrons, les mécanismes sous-jacents et les conséquences biologiques de la formation des DVs chez les mammifères sauvages. Pour ce faire, nous utiliserons une approche expérimentale in natura, en profitant des translocations passées et futures de la faune réalisées dans le cadre de programmes de conservation. Dans le WP1, nous étudierons comment les facteurs environnementaux, les traits individuels et des espèces interagissent pour influencer les patrons de formation des DVs grâce à une analyse globale multi-espèces des mouvements des mammifères post-translocation. Ce faisant, nous pourrons obtenir une caractérisation des déterminants intra- et interspécifiques de formation des DVs avec une généralité sans précédent. Dans le WP2, nous exploiterons un grand jeu de données existant constitué de mouvement de bouquetins ibériques (Capra pyrenaica) réintroduits dans les Pyrénées françaises pour évaluer comment la mémoire, les préférences en matière de ressources et les interactions entre conspécifiques interagissent pour influencer la formation des DVs. Dans le WP3, nous évaluerons comment les préférences antérieures en matière d'habitat et la plasticité comportementale influent sur la formation des DVs. Pour répondre à cette question, nous comparerons le comportement de chevreuils (Capreolus capreolus) transloqués entre des paires de sites différant par leur composition paysagère, sur un site d'étude à long terme dans le sud-ouest de la France. Pour répondre à l’objectif de ce WP, le mouvement des individus seront suivi à la fois avant (dans le paysage d'origine) et après la translocation. Enfin, dans le WP4, nous proposons un suivi pluridimensionnel et simultané d’individus transloqués et résidents (chez le bouquetin et le chevreuil) afin d’évaluer comment la familiarité spatiale influence les comportements clés qui génèrent des variations de performance individuelle. Nous utiliserons cette approche expérimentale pour évaluer spécifiquement comment la familiarité acquise pendant la formation des DVs améliore l'efficacité de la recherche de nourriture et l'évitement des risques, ainsi que leurs conséquences pour les dépenses énergétiques.
HomeR apportera ainsi une contribution importante à l'étude des DVs en milieu naturel et fournira des informations essentielles pour les programmes de conservation reposant sur des translocations à travers le monde.
Coordination du projet
Nathan Ranc (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)
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Partenariat
CEFS Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement
Aide de l'ANR 453 015 euros
Début et durée du projet scientifique :
août 2025
- 48 Mois