Les nouvelles régulations environnementales au service de la réactivation des fronts agricoles au Brésil ? – SOYLANDIA
SOYLANDIA
Les nouvelles régulations environnementales au service de la réactivation des fronts agricoles au Brésil ?
La régulation de l'expansion agroindustrielle en Amérique Latine
Au Brésil, l’expansion agricole s’est accélérée depuis les années 2000, avec de nouvelles combinaisons entre grandes cultures (principalement soja) et élevage bovin. Or, cette période est marquée par le déploiement de politiques environnementales, notamment dans les propriétés privées (Cadastre Environnemental Rural, licences de déforestation, droits d'eau, etc.).<br /><br />Ces politiques ont laissé entrevoir un scénario alternatif à la déforestation : on parlait de de stabilisation de la frontière agricole, voire même de « tournant environnemental » . Mais<br />après une spectaculaire réduction du taux de déforestation de 2004 à 2012 en Amazonie, celui-ci repart à la hausse dans l’ensemble du pays. Les instruments de politiques<br />environnementales ne soutiennent-ils pas, plus qu’ils ne contraignent, les dynamiques d’expansion des fronts de l’agrobusiness ? Comment les acteurs de ces politiques et de ces dynamiques spatiales justifient-ils alors leurs pratiques dans un contexte de dégradations environnementales accélérées ? L’hypothèse générale de notre projet est que les nouvelles formes de régulation des activités agricoles dans les propriétés privées favorisent l’expansion spatiale de l’agriculture industrielle. Ce processus articule étroitement les politiques agroenvironnementales et foncières, selon des modalités à identifier dans chaque région. Nous avons donc une seconde hypothèse, spatialement explicite, qui veut que les stratégies territoriales de l'agrobusiness sont une composante active de la coexistence entre régulation environnementale croissante et avancée des fronts. Notre troisième hypothèse est que cette expansion est masquée voire justifiée par des discours de réconciliation entre production agricole et conservation, soutenus par des communautés épistémiques fonctionnant depuis<br />l’échelle locale jusqu’à l’échelle internationale. <br /><br />L’objectif de SOYLANDIA est d’identifier la façon dont les acteurs du secteur agro-industriel construisent, modulent ou utilisent ces instruments pour développer leurs activités, à travers trois entrées complémentaires (WPs): 1) la co-construction des cadres légaux et réglementaires, 2) les pratiques spatiales des entreprises agricoles, et 3) la genèse de récits environnementaux favorables à l’agro-business. <br /><br />Cet objectif se décline en deux sous-objectifs, qui constituent des défis scientifiques :<br />• Objectif 1 : Comprendre les formes de légalisation et de légitimation de l’expansion agroindustrielle, dans leurs dimensions politiques et institutionnelles, mais aussi discursives, depuis l’échelle locale jusqu’à l’échelle nationale.<br />• Objectif 2 : Comprendre les formes de contournement de la régulation environnementale dans la construction des territoires de l'agrobusiness, à partir des pratiques concrètes des entreprises (modes d'acquisition foncière, localisation des exploitations, stratégies productives, modes d’obtention des licences, utilisation des systèmes de régulation numérique).
L’accélération de l’expansion agroindustrielle en Amérique du Sud suscite de nombreuses recherches en sciences sociales et en sciences environnementales.
Le projet SOYLANDIA innove avec une méthode interdisciplinaire, comparative et multiscalaire de la régulation environnementale qui présente plusieurs originalités: 1) une approche croisée de trois terrains, afin de saisir la variabilité des stratégies d’acteurs et des dynamiques territoriales en jeu, 2) une analyse multi-scalaire prenant en compte les rapports entre stratégies nationales et pratiques locales d’expansion agroindustrielle, dans leurs dimensions matérielles et discursives 3) une hypothèse spatialement explicite pour comprendre la coexistence entre régulation croissante et avancée des fronts, 4) la prise en compte de la complexité de ces stratégies au-delà des questions de déforestation, en incorporant les enjeux hydriques (accès et usages des ressources en eau et des zones humides). Il se démarque des travaux courants sur la déforestation, basés sur le suivi des frontières agricoles par la télédétection.
Les territoires d’étude sont des fronts récents d’expansion du soja, situés aux frontières tropicales humides du pays (Amazonie et Pantanal), et des fronts en réactivation, grâce à l’irrigation, dans les savanes des hauts plateaux centraux (Cerrado).
Nous misons donc sur la complémentarité entre géographie, sociologie et agroéconomie pour analyser conjointement les pratiques et les discours environnementaux de l’agrobusiness brésilien.
L'équipe se compose de 11 chercheurs français confirmés en géographie, géomatique, agroéconomie, sociologie, sciences politique et droit. SOYLANDIA s'appuie sur deux UMR partenaires (ART-Dev et PRODIG). Il compte sur des collaborations avec différents chercheurs issus d'Universités brésiliennes, mais aussi de spécialistes issus d'ONGs et d'associations nationales et régionales au Brésil.
Le projet ambitionne, premièrement, de produire des données empiriques sur les pratiques et les réseaux scientifiques de grands producteurs agricoles au Brésil, généralement réticents aux recherches sur les impacts environnementaux liés à leurs activités. Deuxièmement, SOYLANDIA permettra de spatialiser les pratiques des entreprises et les effets des instruments de politiques publiques qui viabilisent l’expansion agroindustrielle dans des régions de fronts récent et actifs. Troisièmement, il apportera une dimension comparative sur les phénomènes de dégradation environnementale dans les régions dominées par un système de « plantation » (au sens de (Haraway, 2015), en mettant en relation deux problèmes environnementaux majeurs (déforestation et eau), souvent traités de manière séparée. Quatrièmement, il mettra en évidence les logiques économiques et politiques qui sous-tendent des discours scientifiques divergents sur la déforestation et la crise hydrique. Cinquièmement, le projet aura des applications directes pour la mise en débat des politiques environnementales avec la société, en Europe et en Amérique du Sud, grâce à des partenariats déjà éprouvés entre universités, organisations non gouvernementales et associations locales.
En promouvant différentes actions de diffusion et de valorisation des résultats (site web, documentaires, exposition), ainsi que de formation à la recherche, il aura des applications directes pour la mise en débat des
politiques environnementales avec la société, aussi bien en Amérique du Sud qu'en Europe.
Cette approche innovante vise à enrichir la compréhension des dynamiques territoriales en lien avec la structuration de chaines de valeur globalisées et le déploiement de politiques environnementales en contexte de crise climatique et hydrique. En privilégiant une approche par les recompositions agricoles et spatiales locales, et par la diversité des acteurs et des savoirs environnementaux impliqués dans les transformations, il contribuera à la géographie des espaces ruraux dans les pays émergents, et, plus généralement, au champ de la géographie politique de l’environnement.
Bühler, E.-A.; Gautreau, P., et al. (2022). La revanche de l'agrobusiness brésilien Usages et paradoxes de la régulation environnementale par le numérique. Etudes rurales, 40-60.
Bühler, E. A.; Oliveira, V. L. d. (2018). Néolibéralisation de la nature sur la frontière agricole du Cerrado nordestin. Brésil(s),
Eloy, L.; Aubertin, C., et al. (2016). On the margins of soy farms: traditional populations and selective environmental policies in the Brazilian Cerrado. The Journal of Peasant Studies, 43, 494-516.
Eloy, L.; Da Silva, A. L., et al. (In Review). Agribusiness strategies for water exploitation at the soybean frontiers of the Brazilian Cerrado.
Eloy, L.; Senra, E., et al. (In Press). A aceleração recente da produção de soja na Amazônia: uma história do desmonte ambiental “em prática” no estado de Roraima. Mundo Nuevo - Nuevos Mundos.
Filoche, G. (2017). Playing musical chairs with land use obligations: Market-based instruments and environmental public policies in Brazil. Land Use Policy, 63, 20-29.
Leme da Silva, A.; Eloy, L., et al. (2023). Environmental policy reform and water grabbing in an agricultural frontier in the Brazilian Cerrado. IDS Bulletin, 54, 89-106.
Milhorance, C.; Sabourin, E., et al. (2022). The politics of climate change adaptation in Brazil: framings and policy outcomes for the rural sector. Environmental Politics, 31, 183-204.
Milhorance, C.; Sabourin, E., et al. (2020). Unpacking the policy mix of adaptation to climate change in Brazil’s semiarid region: enabling instruments and coordination mechanisms. Climate Policy, 20, 593-608.
Rajão, R.; Nobre, A. D., et al. (2022). The risk of fake controversies for Brazilian environmental policies. Biological Conservation, 109447.
Wesz Junior, V. J.; Kato, K., et al. (2021). Dinâmicas recentes do agronegócio no Oeste do Pará (Brasil): expansão da soja e estruturação de corredores logísticos. Mundo Agrario, 22, e174.
Au Brésil, l’expansion agricole s’est accélérée depuis les années 2000, avec de nouvelles combinaisons entre grandes cultures (principalement soja) et élevage bovin. Or, cette période est marquée par le déploiement de politiques environnementales, notamment dans les propriétés privées (Cadastre Environnemental Rural, licences de déforestation, droits d'eau, etc.). Ces politiques ont laissé entrevoir un scénario alternatif à la déforestation : on parlait de de stabilisation de la frontière agricole, voire même de « tournant environnemental » . Mais après une spectaculaire réduction du taux de déforestation de 2004 à 2012 en Amazonie, celui-ci repart à la hausse dans l’ensemble du pays. Les instruments de politiques environnementales ne soutiennent-ils pas, plus qu’ils ne contraignent, les dynamiques d’expansion des fronts de l’agrobusiness ? Comment les acteurs de ces politiques et de ces dynamiques spatiales justifient-ils alors leurs pratiques dans un contexte de dégradations environnementales accélérées ?
L’hypothèse générale de notre projet est que les nouvelles formes de régulation des activités agricoles dans les propriétés privées favorisent l’expansion spatiale de l’agriculture industrielle. Ce processus articule étroitement les politiques agroenvironnementales et foncières, selon des modalités à identifier dans chaque région. Nous avons donc une seconde hypothèse, spatialement explicite, qui veut que les stratégies territoriales de l'agrobusiness sont une composante active de la coexistence entre régulation environnementale croissante et avancée des fronts. Notre troisième hypothèse est que cette expansion est masquée voire justifiée par des discours de réconciliation entre production agricole et conservation, soutenus par des communautés épistémiques fonctionnant depuis l’échelle locale jusqu’à l’échelle internationale.
L’objectif de SOYLANDIA est d’identifier la façon dont les acteurs du secteur agro-industriel construisent, modulent ou utilisent ces instruments pour développer leurs activités, à travers trois entrées complémentaires (WPs): 1) la co-construction des cadres légaux et réglementaires, 2) les pratiques spatiales des entreprises agricoles, et 3) la genèse de récits environnementaux favorables à l’agro-business. Les territoires d’étude sont des fronts récents d’expansion du soja, situés aux frontières tropicales humides du pays (Amazonie et Pantanal), et des fronts en réactivation, grâce à l’irrigation, dans les savanes des hauts plateaux centraux (Cerrado).
Le projet présente deux principales originalités: 1) une approche interdisciplinaire et multiscalaire permettant de saisir les stratégies d’expansion agroindustrielle dans leurs dimensions matérielles et discursives, et 2) une prise en compte de la complexité de ces stratégies au-delà des questions de déforestation, en incorporant les enjeux hydriques. Il se démarque des travaux courants sur la déforestation, basés sur le suivi des frontières agricoles par la télédétection. Nous misons donc sur la complémentarité entre géographie, sociologie et agroéconomie pour analyser conjointement les pratiques et les discours environnementaux de l’agrobusiness brésilien.
L'équipe se compose de 11 chercheurs français confirmés en géographie, géomatique, agroéconomie, sociologie, sciences politique et droit. SOYLANDIA s'appuie sur deux UMR partenaires (ART-Dev et PRODIG). Il compte sur des collaborations avec différents chercheurs issus d'Universités brésiliennes, mais aussi de spécialistes issus d'ONGs et d'associations nationales et régionales au Brésil. En promouvant différentes actions de diffusion et de valorisation des résultats (site web, documentaires, exposition), ainsi que de formation à la recherche, il aura des applications directes pour la mise en débat des politiques environnementales avec la société, aussi bien en Amérique du Sud qu'en Europe.
Coordination du projet
Ludivine ELOY (Ludivine Eloy)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
ART-Dev Ludivine Eloy
PRODIG Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique
Aide de l'ANR 278 568 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2023
- 48 Mois