Vomissements induits par la grossesse : exploration des expériences des femmes en matière de perception et de prise alimentaire – PreVoPercep
Nausées et vomissements gravidiques : comprendre l’impact sur le comportement alimentaire et les perceptions
Vers une alimentation adaptée aux femmes enceintes souffrant de nausées et vomissements de grossesse : compréhension des mécanismes et développement de solutions personnalisées
Comprendre les mécanismes des nausées et vomissements de la grossesse pour développer des stratégies alimentaires personnalisées
Les nausées et vomissements de grossesse (NVP) touchent jusqu’à 90 % des femmes enceintes, avec des formes sévères (hyperemesis gravidarum) dans 0,3 à 3,6 % des cas. Ces troubles entraînent des carences nutritionnelles, une déshydratation, des hospitalisations et une dégradation de la qualité de vie. Les modifications sensorielles (hypersensibilité aux odeurs, goûts et textures) perturbent les comportements alimentaires, provoquant aversions et préférences altérées. Pourtant, les recommandations actuelles (fractionnement des repas, gingembre) manquent de preuves scientifiques et de personnalisation. Aucune ressource structurée n’existe pour guider les femmes et les professionnels vers des solutions alimentaires adaptées. Ce projet répond à des enjeux cliniques, nutritionnels et sociétaux. Les NVP peuvent causer des carences en nutriments essentiels, affectant la santé maternelle et fœtale. Une meilleure compréhension des mécanismes sensoriels et comportementaux permettrait d’améliorer la prise en charge nutritionnelle. Sociétalement, les NVP altèrent le bien-être psychologique et la vie quotidienne des femmes. Proposer des solutions alimentaires adaptées réduirait ce fardeau. Économiquement, les hospitalisations et arrêts de travail liés aux NVP représentent un coût important pour le système de santé. Ce projet vise à développer des outils pratiques pour les professionnels et les patientes. L'objectif du projet est de mieux comprendre les changements dans la perception des aliments et le comportement alimentaire des femmes en fonction de la gravité des nausées et vomissements de grossesse (NVP). L'hypothèse est qu'il est possible de proposer des repas adaptés aux femmes enceintes souffrant de nausées et vomissements afin de réduire leur inconfort et d'augmenter leur apport alimentaire. Les questions de recherche sont les suivantes : • Quels sont les changements sensoriels et alimentaires observés chez les femmes enceintes sujettes aux nausées et vomissements ? L'objectif associé est de mieux comprendre la perception alimentaire et le comportement alimentaire de ces femmes enceintes. • Ces changements dépendent-ils de la sévérité des nausées et vomissements pendant la grossesse ? L'objectif associé est de définir des groupes de femmes enceintes. • Quels types d'aliments permettent une meilleure adaptation alimentaire en fonction des groupes de femmes identifiés ? L'objectif associé est de proposer des aliments adaptés. Les résultats attendus sont la définition de caractéristiques (en termes de perceptions, de préférences alimentaires et de sévérité des NVP) et des conseils alimentaires personnalisés. Ce projet vise donc à transformer la prise en charge des NVP, avec un impact concret sur la santé des femmes et des perspectives pour la nutrition périnatale.
Ce projet adopte une approche méthodologique structurée en trois phases pour étudier et répondre aux défis posés par les nausées et vomissements de grossesse (NVP).
La première phase (WP1) a combiné une revue systématique de la littérature (1971–2025), une étude quantitative par questionnaire auprès de 1 013 femmes enceintes (<18 semaines) et une étude qualitative par entretiens semi-directifs auprès de 20 femmes enceintes.
La deuxième phase (WP2) a mis en œuvre un processus itératif de co-création à travers trois cycles d’ateliers (n=21, 20 et 16 participants) impliquant des femmes enceintes, leurs proches, des professionnels de santé et des experts culinaires. Trois recettes sélectionnées seront ensuite évaluées dans une étude sensorielle (n=112) avec des versions différant uniquement par une modalité sensorielle (texture ou température). Les participantes évalueront leur appréciation globale, l’impact sur les nausées et leur volonté de reconsommation,.
La troisième phase (WP3) vise à mener une étude auprès d'environ 40 femmes afin d'évaluer le protocole qui sera utilisé dans l'étude longitudinale et de tester si les outils/méthodes identifiés sont adaptés pour saisir le comportement alimentaire des femmes enceintes et si les solutions développés peuvent être réalisés.
La quatrième phase (WP4) vise à mener une étude longitudinale permettant de suivre les comportements alimentaires et les changements dans les perceptions chez les femmes en fonction de la gravité de leurs NVP. Au moins 70 femmes enceintes de chaque niveau de gravité des NVP (3 niveaux, selon le test PUQE) seront recrutées. En outre, un groupe témoin sera recruté.
Une revue exploratoire a cartographié et a synthétisé la littérature examinant les dimensions alimentaires et sensorielles de l'expérience des NVP, y compris les stratégies d'adaptation et les interventions alimentaires rapportées. La recherche systématique a été réalisée dans PubMed et Web of Science et a permis d'identifier 90 études pertinentes publiées entre 1971 et 2025. En conclusion, les données des ces études indiquent que les NVP sont associées à des modifications substantielles des comportements alimentaires et de la perception des aliments pendant la grossesse, en particulier dans les cas les plus graves. Cependant, le nombre limité d'études et leur hétérogénéité méthodologique restreignent à la fois l'interprétation des résultats et la capacité à proposer des mécanismes sous-jacents.
Ensuite, un questionaire quantitatif a été déployé en France auprès des femmes enceintes. Parmi les 1 013 répondantes, les femmes souffrant de NVP modérée à sévère ont signalé des taux significativement plus élevés d'altérations sensorielles, notamment une hyper- ou une hyposensibilité, une phantosmie/phantosmie, une dysgueusie/parosmie et une agueusie (p < 0,001), mais pas d'anosmie. Elles ont également présenté plus fréquemment une diminution de l'appétit, du plaisir de manger et de la taille des portions (p < 0,001). Des entretiens semi-directifs avec des femmes enceintes (n=20) ont confirmé ces résultats, illustrant comment les perturbations sensorielles ont influencé les choix alimentaires et incités à adopter des stratégies d'adaptation.
Ensuite, un processus itératif de co-création a été mené à travers trois séries de quatre ateliers (n = 21; n = 20; n = 16) impliquant des femmes enceintes, des proches, des professionnels de santé et des chefs cuisiniers. Les ateliers ont permis de construire le contenu et le format d'un guide nutritionnel pour accompagner les femmes enceintes soufrants de nausées et de vomissements. Les ateliers ont également permis de créer des recettes basées sur les expériences alimentaires et les défis sensoriels des participantes pendant les nausées et vomissements liés à la grossesse qui seront intégrés à ce guide.
Ce projet adopte une approche méthodologique pluridisciplinaire, intégrant recherche clinique, sensorielle, nutritionnelle et participative, afin d’approfondir la compréhension des nausées et vomissements de grossesse (NVP) et de développer des solutions nutritionnelles adaptées.
La valorisation des résultats s’articulera autour de plusieurs axes : participation active à des conférences scientifiques, publication d’articles dans des revues internationales, présentation grand public, conception d’outils pratiques, tels qu’un guide nutritionnel destiné aux femmes enceintes et des supports visuels (brochures, infographies) à l’attention des professionnels de santé (sages-femmes, obstétriciens, diététiciens).
Les retombées attendues sont multiples.
Sur le plan scientifique, le projet permettra de caractériser les spécificités liées aux perceptions alimentaires, aux préférences et à la gravité des NVP, ouvrant la voie à des recommandations nutritionnelles personnalisées.
Pour les professionnels, ces travaux fourniront des données pour affiner les protocoles de suivi prénatal, en y intégrant des évaluations sensorielles et nutritionnelles, et pour renforcer leur formation sur l’accompagnement des NVP.
Pour les femmes enceintes et leurs familles, les résultats offriront des outils concrets pour mieux appréhender les troubles alimentaires liés aux NVP, réduisant ainsi l’anxiété et améliorant leur qualité de vie au quotidien.
Enfin, à l’échelle sociétale, ce projet contribuera à une meilleure reconnaissance de l’impact des NVP, tout en ouvrant la voie à des partenariats avec l’industrie agroalimentaire ou des compléments nutritionnels pour développer des produits spécifiquement adaptés aux besoins des femmes enceintes.
Les nausées et vomissements de la grossesse (NVP) font partie des symptômes les plus courants chez la femme enceinte. Les symptômes peuvent être de sévérité variable jusqu'à des vomissements incoercibles (hyperemesis gravidarum) dans 0,3 à 3,6% des grossesses. Les femmes touchées par les NVP auraient des apports déficients en macro- et micronutriments ; des préférences alimentaires spécifiques ; seraient hypersensibles aux stimuli gustatifs/olfactifs. Cependant, il reste à savoir si ces modifications jouent un rôle dans l'exacerbation des NVP et quelle est l'influence des NVP sur le goût/olfaction et le comportement alimentaire. L'objectif du projet est de mieux comprendre les changements de perception et de comportement alimentaire en fonction de la gravité des NVP. L'hypothèse est qu'il est possible de leur proposer des repas adaptés pour augmenter la prise alimentaire, cependant l'impact de tels repas dépend du phénotype des femmes. Dans un premier temps, une revue structurée de la littérature et un questionnaire quantitatif distribué à la population cible seront utilisés pour étudier le comportement alimentaire. Deuxièmement, quatre plats seront formulés au cours de sessions créatives avec des chefs, des diététiciens et des femmes atteintes de NVP. Troisièmement, après une étude de faisabilité, une étude longitudinale observationnelle sera réalisée pour suivre les comportements alimentaires, les changements dans la perception du goût/olfaction; l’appréciation, la prise alimentaire et la tolérance des plats élaborés chez les femmes en fonction de la gravité de leurs NVP. Les informations seront collectées avant la grossesse; au 1er, 2ème et 3ème trimestre de la grossesse; et à 1 et 6 mois après l'accouchement. Finalement, les résultats scientifiques seront valorisés; des recommandations seront déployées. Nous espérons définir différents types de femmes en termes de perceptions, de préférences alimentaires et de sévérité des NVP conduisant à des conseils adaptés.
Coordination du projet
Audrey COSSON (CENTRE DE RECHERCHE DE L'INSTITUT PAUL BOCUSE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IPBR CENTRE DE RECHERCHE DE L'INSTITUT PAUL BOCUSE
Aide de l'ANR 351 412 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2024
- 54 Mois