Les gays et lesbiennes au travail en Europe de l'Ouest. Comment la minorisation sexuelle façonne-t-elle les inégalités socio-économiques ? – GLWork
Alors que les inégalités socio-économiques sous l’angle du genre sont aujourd’hui connues et bien étudiées, la question des inégalités socio-économiques et liées au monde du travail concernant les gays et lesbiennes a été très peu investie, alors même que l’intégration et le bien-être de ces minorités sont devenus un enjeu des démocraties européennes. À partir d’une comparaison entre la France, le Royaume-Uni, et l’Espagne, et d’une approche en méthodes mixtes, le projet « GLWork » (panel anticipé pour la StG : SH3_2 “Inequalities, discrimination, prejudice”) pose la question du marché du travail et des inégalités concernant les minorités sexuelles. Le projet, hébergé à l'Unité genre et sexualité de l'Ined, cherche à saisir et expliquer ces inégalités. L’hypothèse fondamentale est que la sexualité façonne les inégalités socio-économiques et que la minorisation sexuelle en tant que processus, et en interaction avec le genre, est fondamentale pour la compréhension des inégalités. Le cas des gays et lesbiennes (G&L) permettra non seulement de renouveler de façon très fructueuse les connaissances sur les mécanismes liés au genre dans l’analyse des inégalités, mais apportera surtout un éclairage novateur sur la manière dont la sexualité interagit avec la stratification sociale. Les travaux sur les inégalités socio-économiques concernant les G&L sont uniquement quantitatives, les mécanismes à l'origine de ces différences restent à explorer, et aucun travail n'a été comparatif à ce jour. L'état de l'art s'appuie (pour l'instant) sur la littérature peu fournie et essentiellement américaine concernant le “plafond de verre gay? et le “wage gap? entre hétéro- et homosexuels, sur la littérature sur la discrimination des homosexuels au travail, et l’atypicité de genre au travail (les hommes dans les secteurs professionnels féminins, et les femmes dans les secteurs masculins). La méthodologie est double, l’approche mixte étant très innovante sur ce sujet. En raison des fortes difficultés à produire des données quantitatives exploitables sur ces minorités, le volet quantitatif s'appuiera sur deux types d'enquêtes qui permettent à la fois d’identifier les couples de même sexe dans l’échantillon et de comparer les trois pays : l'enquête Labour Force Survey de l'Union Européenne et les vagues cumulées de l’European Social Survey. Le projet mobilisera la méthode innovante mais peu connue des QCA (Qualitative Comparative Analysis), conçue pour traiter de petits échantillon quantitatifs. Cette méthode apparaît révolutionnaire pour faire face aux limites rencontrées dans l'étude quantitative des minorités sexuelles. Le volet qualitatif quant à lui repose sur des entretiens semi-directifs approfondis et des focus groups à Paris, Londres et Barcelone. La moitié des personnes interrogées sera recrutées par le biais d'associations professionnelles LGBT, et l'autre moitié par la « boule de neige ». Les groupes de discussion cibleront des groupes professionnels ou des secteurs (ingénieurs gays, policières lesbiennes, etc.). Le projet est ainsi très novateur non seulement par son sujet, mais aussi sur le plan méthodologique. La composante qualitative permettra d'investiguer de nouvelles hypothèses liées au genre, aux stéréotypes, aux subjectivités et aux modes de vie, contraintes et identités homosexuelles, afin de dépasser les explications classiques en termes de discrimination et de division conjugale du travail. Face aux limites méthodologiques de l'étude quantitative des minorités sexuelles, la recherche interroge jusqu’à présent surtout la méthodologie d'enquête et les méthodes de passation, mais dépasser ces limites pourrait également reposer sur la manière de traiter les petits échantillons : en ce sens l'analyse QCA sera une première tentative très innovante. Au final, le projet bénéficiera grandement à la sociologie des inégalités autant qu'à celle de l'homosexualité, dans une période de crise où les inégalités s'accroissent en Europe.
Coordination du projet
Mickael Durand (Genres, sexualité et inégalités)
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Partenariat
UR4 Genres, sexualité et inégalités
Aide de l'ANR 189 674 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 24 Mois