Une médecine traditionnelle durable en Polynésie française : focus sur les remèdes antidiarrhéiques – SUSTAINMEDPOL
Une médecine traditionnelle durable en Polynésie française
Focus sur les remèdes antidiarrhéiques
Avancer vers une meilleure valorisation et intégration de la médecine traditionnelle en Polynésie française
Ce travail a pour objectif d'aider la médecine traditionnelle en Polynésie française à contribuer aux objectifs de développement durable. En effet, la médecine traditionnelle peut constituer une réponse biologique, sociale, psychologique et spirituelle à certains problèmes de santé en se basant et en valorisant la biodiversité locale. Pour que la médecine traditionnelle puisse jouer tout son rôle en santé et soit pérenne, plusieurs enjeux ont été identifiés : 1) l’existence et la transmission du savoir traditionnel ; 2) la conservation des plantes médicinales ; 3) la connaissance de l’efficacité et de l’innocuité des remèdes ; 4) une reconnaissance politico-institutionnelle. Chaque enjeu est vulnérable à différents facteurs (ex.: changement climatique pour la conservation des plantes, désintérêt des jeunes pour la transmission du savoir,…), et il faut donc trouver des solutions pour rendre ces enjeux moins vulnérables.
Le projet comprend quatre grandes phases.
– La première consiste à identifier les remèdes utilisés (en focalisant sur les remèdes anti-infectieux) et à déterminer les menaces socioculturelles, écologiques, et sanitaires pesant sur l’usage de ces remèdes.
– La deuxième phase se nourrit de la première pour développer des stratégies durables d’utilisation de la médecine traditionnelle en proposant par exemple des programmes de conservation de plantes, et en élaborant un modèle plus vertueux d’étude pharmacologique des plantes.
– La troisième phase propose d‘étudier en détail les plantes les plus citées, et de déterminer le bénéfice lié à leur usage ainsi que leur toxicité potentielle.
– La quatrième phase se nourrira des trois phases précédentes afin de développer des actions concrètes pour aider à la durabilité de la médecine polynésienne comme par exemple la réalisation de monographies de plantes pouvant être ensuite inscrites à la pharmacopée française.
La première phase s'est achevée courant 2024. Des entretiens ont été réalisés auprès des acteurs de la médecine traditionnelle sur 5 îles de l'archipel de la Société : Tahiti, Moorea, Raiatea, Tahaa, et Huahine. Ces entretiens ont permis de répertorier plus de 90 plantes médicinales utilisées dans près de 600 remèdes différents pour traiter différents troubles infectieux (diarrhée, angine, sinusite, otite, problèmes de peaux, cystite,...). Dans la troisième phase du projet, ces plantes vont être testées pour leur propriétés antibactériennes contre différents bactéries responsables des problèmes cités, comme le staphylocoque doré responsable de furoncle ou les salmonelles responsables de diarrhées. Cela permettra de fournir des preuves scientifiques concrètes d'efficacité des plantes sur les pathologies traitées en médecine traditionnelle.
En parallèle, la première phase a permit de mettre en lumière les différents défis rencontrés par la médecine traditionnelle en Polynésie française. Tout d'abord, un grand enjeu actuel est celui de l'accès aux plantes. Beaucoup d'informateurs nous ont mentionné leur difficulté à obtenir des plantes médicinales à cause notamment de la surexploitation de certains arbres, le débroussaillage généralisé, la présence de ravageurs, la demande en temps et en effort pour aller collecter les plantes, etc.
Un autre point abordé lors des entretiens a été celui de la déperdition des savoirs. Beaucoup d'informateurs ont l'impression que le savoir se perd par manque d'intérêt des jeunes générations, par perte de contact avec les détenteurs du savoir, par manque de partage en dehors du cercle familial, etc.
Face à ces défis, nous sommes en train de réfléchir à des solutions comme la création d'un lien entre les détenteurs des savoirs et le système scolaire pour pallier au manque d'intérêt des jeunes ou encore le soutien à la création de pépinière dans chaque île pour pallier au manque d'accès aux plantes.
La suite du projet visera à mieux comprendre l'efficacité des remèdes utilisés par l'évaluation de l'activité antibactérienne des plantes médicinales, ainsi que leur toxicité sur cellules humaines. Par ailleurs, des solutions concrètes aux défis révélés lors de la phase 1 seront proposées. Enfin, une restitution et discussion des résultats sera proposé avec les différents partenaires du projets et les acteurs de la médecine traditionnelle en Polynésie française.
La médecine traditionnelle fait partie du patrimoine culturel immatériel, et est utilisée par 10 à 60% de la population mondiale. Son rôle est prépondérant dans la réalisation de sept objectifs et cibles de développement durable. En Polynésie française, les ma'ohi constituent le principal groupe autochtone et représentent 60% de la population totale. Ils possèdent un vaste savoir médical traditionnel (SMT), avec environ 150 plantes médicinales utilisées, dont beaucoup pour traiter les affections gastro-intestinales. Cependant, leur savoir est menacé par divers facteurs socioculturels (savoir non transmis aux nlles générations), écologiques (extinction de certaines plantes médicinales) et sanitaires (problème de sécurité sanitaire). SUSTAINMEDPOL vise à contribuer à la durabilité de la médecine polynésienne en analysant ces facteurs, sources de pression globale, en développant de nouvelles stratégies de durabilité, et en proposant des solutions (stratégies de conservation des plantes, programme de formation, validation scientifique pour une intégration officielle dans le système de santé local). Les maladies diarrhéiques, très répandues dans ce territoire et associées à divers troubles, seront utilisées comme objet d'étude. SUSTAINMEDPOL est construit autour de quatre work-packages (WP). Les WP1, 2 et 3 sont imbriqués et ordonnés chronologiquement pour développer et proposer des solutions tangibles qui seront mises en œuvre dans le WP4. SUSTAINMEDPOL est un projet interdisciplinaire faisant appel à des outils originaux et innovants issus des domaines de la botanique, de l'écologie, de la pharmacologie, de la phytochimie et de la sociologie. Le coordinateur scientifique de ce projet est l'un des rares spécialistes en ethnopharmacologie (étude interdisciplinaire des SMT) en France, et il a développé de solides et pérennes collaborations avec des experts locaux en conservation et en sociologie, ainsi qu'avec des biologistes et des chimistes de renommée internationale.
Coordination du projet
François CHASSAGNE (Pharmacochimie et Biologie pour le Développement)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
PHARMA-DEV Pharmacochimie et Biologie pour le Développement
Aide de l'ANR 280 605 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2022
- 48 Mois