Dynamiques de la pauvreté en temps de Covid-19 – DISPOVER
Il est aujourd’hui communément admis que les ménages en situation de pauvreté, et plus généralement les ménages aux conditions de vie les plus précaires, sont les plus durement affectés par la crise engendrée par l’épidémie de Covid-19, du fait d’une plus grande exposition aux risques sanitaires et aux conséquences économiques et sociales de cette crise. En France, il a été évoqué que cette crise multidimensionnelle pourrait faire basculer dans la pauvreté près d’un million de personnes supplémentaires, en particulier des jeunes, des femmes ou des familles.
Pour autant, tout juste un an après le début de la crise et faute de données adéquates et rapidement mobilisables, certaines estimations relayées dans les médias n’ont toujours pas fait l’objet de mesures précises, si bien que l’ampleur et la nature exacte des impacts de cette crise sur la pauvreté restent encore largement méconnus. Ce manque de connaissances constitue un frein majeur à l’implémentation de politiques publiques à même de répondre à cette crise inédite et à en limiter les impacts sur les populations les plus fragiles.
Le projet DISPOVER se propose, à travers un partenariat avec le Secours Catholique-Caritas France (SCCF), de combler ce manque de connaissances sur les dynamiques de pauvretés induites par l’épidémie de Covid-19 en France. Tirant partie de l’exploitation des informations que l’association collecte en temps réel auprès des ménages qu’elle accompagne, ce projet entend apporter un éclairage inédit, à la fois quantitatif et qualitatif, sur l’évolution des profils de pauvreté pendant la crise sanitaire. Il poursuit deux objectifs : (1) l’analyse de l’impact de la crise sur les conditions de vie des ménages en situation de pauvreté à court et moyen terme, et (2) la description des nouveaux profils de pauvreté engendrés par la crise à court et moyen terme.
Pour atteindre ces objectifs, le projet prévoit la mise en place de deux dispositifs de production de données. Le premier reposera sur la saisie à trois périodes-clés – avant le début de la crise, 1 an et 2 ans après – des données contenues dans un échantillon représentatif de dossiers d’accueil que chaque ménage renseigne lorsqu’il est reçu par l’une des équipes du SCCF. Dix délégations, et trente équipes d’accueil réparties sur tout le territoire, seront associées au projet, afin d’assurer une variabilité des situations observées au regard du milieu de résidence (urbain, périurbain et rural) et de l’intensité de l’épidémie. Ces données permettront une analyse longitudinale et multivariée des profils des ménages en situation de pauvreté, et de leur situation budgétaire, pendant les deux premières années de la crise. Le deuxième dispositif, financé par l’association, reposera sur une enquête auprès d’un échantillon de bénéficiaires de l’aide alimentaire d’urgence du SCCF. Il permettra d’analyser les profils des ménages ayant sollicité cette aide durant la crise, et de les comparer à ceux des ménages que l’association accompagne en temps normal. Ces analyses quantitatives seront mises en perspective par la mobilisation d’une troisième source d’informations collectées auprès du monde associatif.
Le SCCF, association de premier plan dans lutte contre la pauvreté, participe depuis plus de 20 ans à la production de données et de connaissances sur la précarité. Son rapport statistique annuel est reconnu par l’ensemble des acteurs publics, associatifs et académiques engagés dans la lutte contre la pauvreté, comme un complément précieux à la statistique publique. Le maillage territorial fin de l’association, présente dans toute la France en zones urbaines et rurales, et son accès à des populations précaires invisibilisées dans la statistique publique, contribuent à la richesse des données et à faire de son rapport statistique une référence. Depuis 2016, les analyses et la rédaction du rapport sont réalisées par une statisticienne et deux chercheurs en économie, tous trois à l’origine du projet DISPOVER.
Coordination du projet
Camille Saint-Macary (LABORATOIRE D'ECONOMIE DE DAUPHINE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LEDA LABORATOIRE D'ECONOMIE DE DAUPHINE
RITM Réseaux, Innovation, Territoires et Mondialisation
SCCF Secours Catholique Caritas France
Aide de l'ANR 80 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
avril 2021
- 12 Mois