RA-COVID-19 V16 - Recherche - Action Coronavirus disease 2019 - Vague 16

COVID19 et santé PERINATale: améliorer les connaissances et les outils pour protéger les femmes enceintes et les nouveau-nés lors d'épidémies de maladies infectieuses – COV_PERINAT

COVID19 et santé PERINATale: améliorer les connaissances et les outils pour protéger les femmes enceintes et les nouveau-nés lors d'épidémies de maladies infectieuses

Les femmes enceintes et les nouveau-nés constituent des populations vulnérables pendant une pandémie en raison des risques liés à l’infection, mais également des effets indirects liés aux difficultés économiques et aux mesures prises pour contrôler l’épidémie pouvant entrainer des difficultés d’accès aux soins. Cette étude vise à étudier les effets indirects de la pandémie sur la santé périnatale à l’aide des bases de données médico-administratives du Système National des Données de Santé.

Les femmes enceintes et les nouveau-nés, populations vulnérables pendant une pandémie

Les femmes enceintes et les nouveau-nés constituent des populations vulnérables pendant une pandémie en raison des risques liés à l’infection, mais également des effets indirects liés aux difficultés économiques et aux mesures prises pour contrôler l’épidémie, pouvant entrainer des difficultés d’accès aux soins, une moins bonne disponibilité des services de santé et des modifications des pratiques médicales. Parce que les femmes enceintes et les nouveau-nés sont généralement en bonne santé et parce que l'organisation des soins de santé et le contexte socio-économique ont une forte influence sur la morbi-mortalité périnatales, les études nécessitent de grands échantillons en population qui s'appuient sur des sources de données de routine. Ce projet vise à étudier les conséquences indirectes de la pandémie sur la santé des femmes enceintes et DES nouveau-nés à l’aide des bases de données médico-administratives du Système National des Données de Santé (SNDS). Les objectifs secondaires sont d'évaluer l'utilisation de ces données de routine pour les évaluations de la pandémie et de contribuer aux études françaises et européennes en cours sur le COVID-19 et la santé périnatale.

Après des analyses préliminaires utilisant les séjours d’accouchement entre 2016 et 2020 (>3M de naissances), nous avons créé une cohorte mère-enfant en appariant les séjours d’accouchement (mères) avec les séjours de naissance (nouveau-nés) sur la même période ; la base de données a ensuite été étendue à 2021 pour étudier les naissances conçues en 2020. Les issues de grossesses étudiées sont: l’interruption médicale de grossesse, la mortinatalité, la prématurité et la césarienne. Nous avons analysé l’évolution de ces indicateurs dans le temps pour identifier les effets liés à la pandémie en utilisant des présentations graphiques, des comparaisons de périodes, et des modélisations de séries temporelles interrompues (modèles ARIMA, autoregressive integrated moving average). Nous avons identifié les périodes et les zones géographiques pertinentes en 2020 pour structurer le plan d'analyse.

Une première étude sur les indicateurs de santé périnatale pendant le 1er confinement a révélé que le taux de prématurité était plus bas que le taux attendu (OR : 0,94, IC95 % : 0,90-0,98), tandis que les taux de césariennes et de mortinatalité étaient stables. Des différences plus importantes ont été observées dans les départements à faible incidence de COVID-19 (OR : 0,92, 95%CI 0,87-0,98) par rapport aux départements à incidence modérée/élevée (OR : 0,97, 95%CI 0,92-1,03). Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Annals of Epidemiology. Des analyses ultérieures sur les tendances au fil du temps en 2020 ont révélé que le taux de prématurité est revenu au niveau attendu au cours de l'été 2020. Par contre, en septembre et en octobre, nous avons observé une diminution de la prématurité d'ampleur similaire à celle observée lors du premier confinement (OR : 0,93 (95%CI : 0,88-0,97)), mais pas lors du 2ème confinement (OR : 0,97 (95%CI : 0,91-1,04)). Aucune différence n'a été observée pour les taux de césarienne et de mortinatalité, à l'exception d'un taux de césarienne légèrement plus élevé au cours du 2ème confinement. Les analyses en cours sur les cohortes de conception cherchent à évaluer si la composition de la population ou l'exposition de la grossesse au premier confinement expliquent ces résultats.

Au début de ce projet, on craignait une détérioration des résultats périnataux en lien avec la pandémie et le confinement et d’autres mesures sanitaires. De manière rassurante, nous n’avons pas observé une détérioration pour les indicateurs de santé périnatale étudiés. Au contraire, notre étude a documenté une baisse paradoxale du taux de prématurité. Ce résultat, noté dans d’autres études, mais pas partout, est l'un des résultats les plus étonnants de la pandémie et a suscité de nombreuses études pour le confirmer et l'expliquer. Le 1er confinement très strict, délimité dans le temps, et le grand nombre de naissances en France offrent un contexte unique pour étudier cet effet. Sur le plan méthodologique, nous avons pu montrer en comparant les différentes approches de modélisation qu’une partie des résultats publiés sur ce sujet dans la littérature était probablement erronés. Les travaux en cours sur les cohortes de conception qui visent à déconstruire les effets de période par rapport aux effets de cohorte, permettent également une réflexion innovante sur les méthodes. Notre collaboration étroite avec le projet européen PHIRI a permis de placer les résultats français dans un contexte européen et de les utiliser pour éclairer les points de méthodes et le cadre analytique de l'étude européenne (plusieurs publications en préparation). Plus largement, notre projet a mis en évidence l'intérêt de la méthodologie des séries temporelles interrompues en santé périnatale, conduisant à de nouveaux investissements au sein de notre équipe ainsi qu’à des projets pour améliorer la validité des indicateurs de santé périnatale issus du SNDS, point essentiel pour développer l’utilisation de ces données pour la recherche en périnatalité.

Fresson J, Bruckner TA, Ray CL, Goffinet F, Rey S, Blondel B, Deneux-Tharaux C, Ancel PY, Zeitlin J. Decreases in preterm birth during the first COVID-19 lockdown in France by gestational age sub-groups and regional COVID-19 incidence. Annals of epidemiology. 2022;72:74-81.

Les femmes enceintes et les nouveau-nés constituent des populations vulnérables pendant une pandémie. Cela est dû à la spécificité de leur système immunitaire et à la possibilité de transmission de la mère à l'enfant, à leurs besoins non reportables en services de santé et aux effets des facteurs environnementaux sur les issues défavorables de la grossesse, notamment la forte association entre le désavantage social et les risques de mortalité et de morbidité périnatales. De plus, les événements périnatals indésirables peuvent avoir des conséquences à vie. La mortalité et la morbidité qui résultent de l'infection à SARS-CoV-2 sont directement liées à la pandémie, tandis que les effets indirects proviennent de la réduction de l'accessibilité ou de la qualité des services de santé, ou de politiques pour contrôler l’épidémie et de difficultés économiques. Parce que les femmes enceintes et les nouveau-nés sont généralement en bonne santé et que ces conséquences sur la santé peuvent dépendre de l'organisation des services de santé et du contexte socio-économique, les études de ces effets nécessitent de larges échantillons en population.
L’objectif de l’étude COV-PERINAT est d’étudier les effets indirects de la pandémie sur la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés à l’aide des bases de données hospitalières et administratives de routine du Système National des Données de Santé (SNDS). Il complète une étude de population en cours pour étudier les effets directs de l'infection sur la santé des femmes enceintes et de leurs nouveau-nés en France (COROPREG). Ce projet (1) évaluera les changements de santé et de l'utilisation des soins chez les femmes enceintes et les nouveau-nés associés à la pandémie et les stratégies pour contenir la pandémie, (2) déterminera si ces conséquences diffèrent selon l'organisation de soins, le contexte socio-économique et d'autres facteurs, (3) évaluera les forces et les faiblesses de l'utilisation de ces sources de données pour évaluer l'impact de la pandémie afin de renforcer la capacité de surveillance pour des épidémies futures, (4) contribuera à d'autres études en cours et futures qui s'appuient sur ces sources de données, y compris l'étude COROPREG et une étude européenne (PHIRI) qui vise à faciliter l'échange et l'utilisation de données en population entre les pays européens sur la pandémie et qui comprend une étude de cas sur la santé périnatale.
Le financement demandé est pour une période de 12 mois et couvrira les coûts d'un ingénieur de recherche qui travaillera avec une équipe de chercheurs en santé périnatale pour (1) établir une cohorte de femmes enceintes et leurs nouveau-nés (naissances entre janvier 2016 et décembre 2020 en France métropolitaine) et la lier à des données contextuelles sur la pandémie et les politiques mises en place pour la contenir ainsi que sur l’organisation des soins et les facteurs sociaux et environnementaux (2) décrire et analyser les effets de la pandémie sur la santé maternelle et néonatale, en tenant compte de la saisonnalité à l'aide de modèles de séries chronologiques et (3) évaluer l'influence du contexte sur ces effets. L’équipe de chercheurs est spécialisée dans l'analyse des données de santé périnatale à partir des grandes bases en population et des déterminants organisationnels et sociaux de la santé périnatale. Un comité scientifique, mis en place au début du projet, impliquera des experts des sociétés professionnelles et des agences de santé publique dans l'interprétation et la diffusion des résultats. La complémentarité avec les projets en cours et les possibilités de nouveaux projets garantissent que les résultats produits au cours de la période de l’étude renforceront les bases de recherches ultérieures sur la COVID-19 chez les femmes enceintes et les nouveau-nés.

Coordinateur du projet

Madame Jennifer ZEITLIN (Centre de Recherche en Epidémiologie et StatistiqueS)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CRESS Centre de Recherche en Epidémiologie et StatistiqueS

Aide de l'ANR 60 816 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2021 - 12 Mois

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