CE28 - Cognition, éducation, formation 2021

Apprentissage de la lecture : une question d’erreurs ? Des mesures à l’entrainement chez des lecteurs dyslexiques et des faibles lecteurs. – READER

Apprentissage de la lecture et ses troubles : une question d’erreurs ? Des patrons d’erreurs à la détection des erreurs chez l’adulte, l’enfant et dans la dyslexie développementale.

Ce projet s’intéresse aux relations entre les capacités de détection des erreurs et le développement typique ou non (e.g., dyslexie) de la lecture. Les capacités de détection des erreurs sont comparées entre des personnes dyslexiques et sans difficulté de lecture. Ce projet explore aussi les liens longitudinaux entre détection des erreurs et lecture chez des enfants de la maternelle au CE1. Enfin, les patrons d’erreurs de lecture chez l’adulte et l’enfant sont étudiés pour en cerner l’origine.

Les erreurs et la lecture : étude des patrons d’erreurs et des liens entre les capacités de détection des erreurs et le niveau de lecture chez l’adulte, l’enfant et dans la dyslexie développementale.

L’apprentissage de la lecture est fondamental dans notre société pour la réussite académique et l’intégration sociale et professionnelle. Malgré une éducation appropriée, tous les enfants et les adultes n’atteignent pas un niveau de lecture expert, avec de nombreux impacts négatifs tout au long de leur vie. Comprendre les mécanismes impliqués dans l’apprentissage de la lecture et ses troubles représente donc un enjeu sociétal majeur. En ce qui concerne les facteurs cognitifs sous-tendant les troubles de la lecture, de nombreuses compétences langagières et non-langagières, comme les capacités de contrôle cognitif, ont été identifiées. Au sein du contrôle cognitif, les capacités de détection des erreurs seraient déterminantes pour les apprentissages en permettant de détecter et de corriger ses propres erreurs et d’éviter de les répéter à l’avenir. Un déficit de détection des erreurs a été rapporté dans la dyslexie, dans un contexte de traitement de mots écrits. Ce résultat ne permet pas de statuer si ce déficit de détection des erreurs est une conséquence des difficultés de lecture ou un déficit indépendant, pouvant en partie expliquer les troubles de la lecture. Par ailleurs, le lien entre les capacités de détection des erreurs et la lecture n’a pour le moment été étudié que dans le cadre de la dyslexie. Ce projet a pour but d’examiner les liens entre les capacités de détection des erreurs et le développement de la lecture et de ses troubles. En combinant différentes techniques (comportementales, électroencéphalographiques, électromyographiques), nous proposons un examen systématique des capacités de détection des erreurs dans la dyslexie et de leur lien avec les compétences en lecture chez l’adulte et l’enfant. Un premier objectif est de caractériser le déficit de détection des erreurs dans la dyslexie en déterminant si ce déficit est une conséquence des difficultés de lecture et ne se manifeste que dans des contextes de traitement du langage écrit ou si le déficit est global et pourrait en partie expliquer les difficultés de lecture. Le second objectif du projet est de déterminer si les capacités de détection des erreurs mesurées avant l’apprentissage de la lecture prédisent le futur niveau de lecture chez l’enfant tout venant. Une étude longitudinale a été menée, suivant des enfants de la grande section de maternelle (GSM) au CE1 pour déterminer si les capacités de détection des erreurs mesurées en GSM prédisent le développement du langage écrit en CP et en CE1. Le troisième objectif est de déterminer si un entrainement basé sur des feedback sur les erreurs de lecture peut améliorer les capacités de détection des erreurs et de lecture chez des enfants dyslexiques. Enfin, de façon complémentaire aux travaux étudiant les relations entre détection des erreurs et lecture, un examen des patrons d’erreurs en reconnaissance visuelle des mots a été réalisé chez l’adulte et l’enfant apprenti lecteur, pour appréhender l’origine des erreurs de lecture.

Une originalité du projet est de combiner des mesures comportementales, électroencéphalographiques (EEG) et électromyographiques (EMG) pour étudier les liens entre les capacités de détection des erreurs et la lecture, ainsi que les patrons d’erreurs lors de la reconnaissance visuelle des mots écrits. Un autre point fort est d’examiner ces liens auprès de populations dyslexiques et toutes venantes (notamment au moyen d’une étude longitudinale chez l’enfant).

La première partie du projet vise à caractériser le déficit de détection des erreurs en fonction de l’origine du trouble de la lecture et du contexte. Les capacités de détection des erreurs sont donc comparées entre des adultes dyslexiques, présentant un faible niveau de lecture (en lien avec des facteurs environnementaux) ou un niveau de lecture expert en contexte langagier et non langagier au moyen de mesures comportementales, EMG et EEG.

La seconde partie du projet vise à déterminer si les capacités de détection des erreurs représentent un prédicteur de la lecture chez l’enfant tout venant (Mahé et al., 2024). Un suivi longitudinal de 90 enfants de la GSM au CE1 a été effectué. Les capacités de détection des erreurs en contexte non langagier (indices EMG) et les prédicteurs classiques de la lecture ont été mesurées en GSM. Le niveau de lecture a été évaluée en CP et le niveau de lecture, d’orthographe et de compréhension de l’écrit a été mesuré en CE1. Les prédicteurs classiques de la lecture ainsi que les capacités de détection des erreurs en contexte langagier et non langagier ont aussi été mesurées en CP et en CE1.

La troisième partie du projet vise à évaluer l’impact d’un entrainement basé sur des feedbacks sur les erreurs de lecture sur les capacités de détection des erreurs et niveau de lecture auprès d’enfants dyslexiques. Les capacités de lecture et de détection des erreurs seront mesurées chez des enfants dyslexiques avant et après cet entrainement.

Enfin, les patrons d’erreurs lors de la reconnaissance visuelle de mots ont été évalués chez l’adulte et l’enfant en se basant sur des méthodologies utilisées dans la littérature du contrôle cognitif. Nous avons comparé les temps de réponses corrects et incorrects ainsi qu’analysé la distribution du taux de réponses correctes en fonction de la vitesse de réponse (CAFs : Conditional Accuracy Function). Cette analyse permet de mettre en évidence différents types d’erreurs : les erreurs rapides (i.e., davantage d’erreurs dans les temps de réponse les plus rapides), les erreurs lentes (i.e., davantage d’erreurs dans les temps de réponse les plus lents) ou les erreurs homogènes (une distribution des erreurs ne dépendant pas des temps de réponse). L’influence du niveau de lecture ainsi que des prédicteurs classiques de la lecture sur les patrons d’erreurs a également été examinée.

Les résultats de l’étude visant à caractériser le déficit de détection des erreurs chez l’adulte dyslexique et de l’étude s’intéressant à l’impact de feedbacks sur les erreurs de lecture sur les capacités de détection des erreurs et la lecture chez des enfants dyslexiques ne sont pas encore disponibles (collecte ou analyses de données en cours).

Les premiers résultats de l’étude longitudinale menée chez l’enfant révèlent des liens entre certaines mesures de détection des erreurs en GSM et plusieurs mesures de langage écrit en CP et en CE1 (Bignon et al., soumis). La capacité à corriger ses erreurs avant leur exécution en GSM est ainsi associée à un meilleur niveau de lecture en CP, un meilleur taux de bonnes réponses en reconnaissance de mots écrits en CP, et tend à être liée à un meilleur score en compréhension de l’écrit en CE1. De plus, la capacité à rapidement corriger ses erreurs en GSM est associée à une reconnaissance plus rapide des mots écrits et un meilleur niveau d’orthographe en CE1. Ces premiers résultats sont intéressants, révélant que certaines compétences en détection des erreurs mesurées avant tout apprentissage de la lecture dans un contexte non langagier expliquent en partie la variabilité du développement du langage écrit chez l’enfant en CP et en CE1.

Les patrons d’erreurs lors de tâches de reconnaissance de mots écrits ont été étudiés chez l’adulte (voir Figure 1 ; Grisetto et al., 2025a) et l’enfant (voir Figure 2 ; Grisetto et al., 2025b), et comparés entre des mots existants et des pseudomots (e.g., bimir). Des erreurs rapides ont été mises en évidence pour les pseudomots chez l'adulte et l'enfant, avec un taux de réponses correctes réduit dans les temps de réponses les plus rapides. Ce patron d’erreurs rapides refléterait une « capture lexicale » (Scaltritti et al., 2021) : les pseudomots activeraient rapidement des représentations lexicales proches qui ne seraient pas inhibées dans les réponses les plus rapides. Un patron d’erreurs lentes était présent pour les mots et les pseudomots chez l’adulte et pour les mots chez l’enfant, avec un taux de réponses correctes plus faible dans les réponses les plus lentes. Les erreurs lentes pourraient être liées à la pression temporelle pour répondre à la tâche. Chez l’enfant, certains mots pourraient ne pas générer suffisamment d’activation lexicale pour être reconnus. Au bout d’un certain temps sans avoir reconnu le mot, les enfants concluraient par défaut que le mot n’existe pas (Grainger & Jacobs, 1996). Le patron d’erreurs rapides pour les pseudomots et d’erreurs lentes pour les mots ont été reliés au niveau de lecture des enfants de CP et de CE1 : davantage d’erreurs rapides pour les pseudomots et moins d’erreurs lentes pour les mots sont rattachés à un meilleur niveau de lecture. Ces premiers résultats mettent donc en avant de potentiels nouveaux marqueurs des difficultés de lecture.

Le projet ANR READER a pour objectif de mieux comprendre les relations entre les capacités de détection des erreurs et le développement de la lecture, mais aussi d’analyser les patrons d’erreurs de lecture. Lorsque les analyses de données et les passations expérimentales de tous les volets seront achevées, l’ensemble des résultats amènera à une meilleure compréhension du rôle des capacités de détection des erreurs dans le développement de la lecture et l’émergence de troubles de la lecture. Les résultats pourront permettre de compléter les modèles explicatifs de la dyslexie développementale. De plus, en apportant une meilleure compréhension des facteurs impliqués dans l’acquisition de la lecture, les résultats du projet pourraient permettre à plus long terme d’aider à mieux identifier les enfants à risque de développer des troubles de la lecture et de compléter les méthodes d’apprentissage et de remédiation de la lecture.

Une partie du projet ANR READER vise à caractériser le déficit de détection des erreurs chez l’adulte présentant une dyslexie, mais aussi de tester l’impact d’un feedback sur les erreurs de lecture chez l’enfant avec une dyslexie. Un financement complémentaire a d’ores et déjà été obtenu auprès de la Fondation pour la Recherche sur le Cerveau (FRC) pour compléter le projet. Ce financement permettra d’étudier les caractéristiques du déficit de détection des erreurs chez l’enfant dyslexique en fonction de la présence d’une comorbidité avec le TDAH, dans lequel des déficits de détection des erreurs ont également été rapportés. Cela permettra de déterminer si le déficit de détection des erreurs est spécifique à la dyslexie ou une caractéristique de sa comorbidité avec le TDAH. Le financement complémentaire obtenu va également permettre de tester l’impact d’un entrainement basé sur des feedbacks sur les erreurs de lecture non seulement chez des enfants dyslexiques (comme prévu dans le projet ANR) mais aussi chez des enfants présentant un TDAH ou une comorbidité. Cette extension du projet initial est déterminante pour compléter notre compréhension concernant le rôle joué par les capacités de détection des erreurs dans l’émergence de troubles de la lecture et de troubles du neurodéveloppement.

Enfin, une fois que ces éléments seront bien caractérisés en langue française, une extension pourra être envisagée pour déterminer si les liens entre les capacités de détection des erreurs et la lecture ainsi que les patrons d’erreurs en lecture varient en fonction des caractéristiques des langues, comme la transparence orthographique.

La lecture est la fondation de l’éducation humaine et du progrès social. Pourtant, nous sommes loin d’avoir totalement compris comment un niveau de lecture expert est atteint. Malgré une éducation adéquate, tous les enfants et les adultes n’atteignent pas un niveau de lecture expert, avec des implications pour de nombreuses activités quotidiennes et des conséquences pour la réussite académique ainsi que l’intégration sociale et professionnelle. Comprendre les mécanismes impliqués dans l’apprentissage de la lecture et ses troubles représente donc un enjeu sociétal majeur. En ce qui concerne les facteurs cognitifs sous-tendant les troubles de la lecture, un grand nombre de facteurs non-langagiers ont été identifiés tels que l’attention visuelle ou les fonctions exécutives comme la surveillance des erreurs. La surveillance des erreurs est une compétence déterminante dans de nombreuses situations comme elle permet aux individus de détecter et de corriger leurs propres erreurs et d’éviter de les répéter à l’avenir.
Ce projet a pour but d’examiner l’impact des capacités de surveillance des erreurs sur le développement de la lecture et de ses troubles. En combinant différentes techniques (comportementales, électrophysiologiques, électromyographiques), nous proposons un examen systématique de la présence et de l’ampleur de déficits de surveillance des erreurs chez des adultes ayant différents troubles de lecture (i.e., lecteurs dyslexiques, faibles lecteurs présentant une faible exposition à l’écrit et un faible niveau socio-économique). Le projet déterminera aussi au moyen d’une étude longitudinale si les capacités de surveillance des erreurs mesurées avant l’apprentissage de la lecture constituent un bon prédicteur du futur niveau de lecture chez l’enfant. Enfin, en combinant une approche théorique et pratique, nous évaluerons l’effet d’un entrainement à la surveillance des erreurs sur les capacités de lecture d’enfants dyslexiques.
Globalement, les résultats du projet permettront de mieux caractériser la dyslexie développementale relativement à d’autres troubles de la lecture. Sur le long terme, les résultats pourraient aussi permettre d’améliorer l’identification précoce des enfants à risque de développer des troubles de la lecture ainsi qu’améliorer l'enseignement et la remédiation de la lecture.

Coordination du projet

Gwendoline Mahé (Laboratoires sciences cognitives et sciences affectives)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

SCALAB Laboratoires sciences cognitives et sciences affectives

Aide de l'ANR 252 769 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2022 - 48 Mois

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