Analyse thermique et mobilité ionique couplées à la spectrométrie de masse haute résolution pour la caractérisation des aérosols carbonés – TIMSAC
TIMSAC (Analyse thermique et mobilité ionique couplées à la spectrométrie de masse haute résolution pour la caractérisation des aérosols carbonés)
La pollution atmosphérique anthropique expose l'environnement à un grand nombre de contaminants organiques ayant de graves répercussions sur la santé et le climat. L'impact majeur sur l'humanité et l'énorme complexité moléculaire des aérosols organiques motivent le développement de nouvelles approches analytique.
Développement de nouvelles approches analytique pour la caractérisation des aérosols organiques
Les aérosols carbonés sont des mélanges complexes de constituants émis directement dans l'atmosphère (émissions primaires) ou formés par conversion de gaz en particules. Jusqu'à 80 % des particules fines sont formées par des processus de chimie atmosphérique. Ces processus sont principalement des réactions d'oxydation de précurseurs en phase gazeuse formant des produits condensables multifonctionnels, qui se répartissent dans la phase particulaire. Les sources et la composition de la pollution atmosphérique varient considérablement d'une région à l'autre, dans l'espace et dans le temps. Néanmoins, l'aérosol carboné est omniprésent dans l'atmosphère, et les matières organiques sont une source importante de pollution. <br />l'atmosphère, et les matières organiques contribuent largement à la masse des particules (voir la figure 1). On estime que les émissions mondiales dues au transport maritime sont comparables à celles des véhicules routiers, ce qui a suscité récemment un vif intérêt de la part des chercheurs. Le transport maritime représente environ 90 % du volume des échanges mondiaux. Historiquement et pour des raisons économiques, on utilisait principalement des fiouls résiduels. Comme l'a décidé le Comité de protection du milieu marin de l'Organisation maritime internationale (OMI), la teneur en soufre (FSC) du carburant marin est limitée de 3,5 à 0,5 % dans les eaux internationales (à partir de 2020) et de 1 à 0,1 % dans les zones de contrôle des émissions de soufre (SECA, à partir de 2015), qui comprennent les régions côtières d'Europe et d'Amérique du Nord, respectivement. Ainsi, dans les SECA, la consommation de distillats marins est prédominante. <br />Néanmoins, sur les eaux internationales, on peut s'attendre à des carburants de nouvelle génération et à un spectre très diversifié de carburants de navigation avec la nouvelle législation. Ce changement de combustible d'alimentation aura un impact substantiel sur le profil moléculaire des émissions. Malgré les efforts considérables déployés dans la recherche sur la composition chimique des particules provenant de ces sources et en général, les connaissances sont encore très lacunaires. Les études systématiques non ciblées sont extrêmement limitées, en particulier sur les émissions vieillies (aérosol secondaire) au niveau moléculaire. Cette constatation pourrait également être liée à l'absence d'une variété d'approches analytiques capables de traiter l'immense hétérogénéité et complexité chimique. L'effort de coopération proposé par l'Université de Rostock et l'Université de Rouen-Normandie vise à combler cette lacune en élargissant le référentiel des techniques instrumentales couramment déployées pour la spécification des aérosols carbonés. Par conséquent, ces méthodes sont utilisées pour l'étude d'échantillons de particules provenant de diverses sources d'aérosols, avec un accent particulier sur les émissions des navires alimentés par de nouveaux types de carburants conformes.
Dans ce projet, la spectrométrie de masse à haute résolution (HR-MS), avec la spectrométrie de masse à temps de vol à haute résolution (HR-TOF) ou par spectrométrie de masse à résonance cyclotronique ionique à transformation de Fourier (FT-ICR MS), est mise en oeuvre pour la description, au niveau moléculaire, d'aérosols organiques. Le pouvoir de résolution en masse inégalé (> 30 000 pour la HR-TOF et > 500 000 pour la FT-ICR MS) et la précision de la masse (< 1ppm) permettent de séparer des mélanges organiques très complexes et d'attribuer des formules moléculaires aux espèces moléculaires individuelles sans séparation chromatographique préalable. Les évaluations dites par infusion directe sont les plus courantes dans la littérature, par exemple, l'ionisation par électronébulisation (ESI) pour la caractérisation des particules pour l'analyse des aérosols de combustion de la biomasse ciblant les constituants hautement polaires. Les techniques de séparation restent cependant essentielles pour déchiffrer la complexité isomérique de la fraction organique des particules et relier les résultats aux aspects climatiques et sanitaires. Le passage de la technique chromatographique à la spectrométrie de masse est dominé par deux approches principales : 1) l'injection de liquide, et 2) l'introduction en phase gazeuse. Pour les techniques d'injection de liquide, comme la chromatographie liquide à haute performance (CLHP), la préparation de l'échantillon est cruciale, et le plus souvent, une procédure fastidieuse, comprenant une étape de dessalage et l'utilisation de plusieurs solvants, est indispensable. Les quantités élevées de potassium et de sodium que l'on trouve par exemple dans les particules de la combustion de la biomasse peuvent être éliminées et des fractions organiques spécifiques, par exemple la fraction hydrosoluble de l'aérosol organique (WSOC), sont accessibles.
Ce projet se concentre sur les techniques évoluées d'analyse des gaz comme approche complémentaire à la chromatographie liquide. En bref, trois approches différentes d'analyse des gaz évolués sont couramment rapportées dans la dans la littérature pour l'analyse de mélanges complexes et/ou la spécification d'aérosols : l'analyse des solides atmosphériques (ASAP/DIP), analyseur de carbone thermo-optique (TOCA), et chromatographie en phase gazeuse (GC) avec spectrométrie de masse.
Des fiouls lourds pour navires ont été analysés avec différentes techniques d’ionisation afin d’obtenir une vue d’ensemble de leur composition moléculaire et de leur complexité. Cette étape vise en particulier à faciliter l’étude par spectrométrie de mobilité ionique couplée à la spectrométrie de masse (IMS-MS).
Le MALDI associé à une matrice a transfert d'électron est particulièrement intéressante pour l'ionisation sélectives de molécules de faible énergie d'ionisation comme les porphyrines. Comparativement au LDI, l'ET-MALDI permet de faire ressortir clairement les pétroporphyrines dans le carburant et les particules. En plus des porphyrines de vanadyle, des porphyrines de nickel ont également été observées dans nos échantillons. Si la détection de ces pétroporphyrines dans les fiouls lourds était attendu, ce n'est pas le cas des particules issus de la combustion de ces fiouls.
Lors de la combustion, on peut s'attendre à ce que les porphyrines soient affectées par la combustion par des transformations similaires à celle des HAP. Une transformation chimique possible des HAP pendant la combustion est la déalkylation. De fait, nous avons observé une baisse de l'intensité relative des pétroporphyrines mais de changement dans leur répartition sur les graphiques DBE vs C# ce qui suggère que les pétroporphyrines n'ont pas été spécifiquement désalkylées au cours du processus de combustion mais uniformément dégradées.
En parallèle des travaux en spectrométrie de masse, nous avons activement participé au développement d’un logiciel de traitement de données FTMS (spectrométrie de masse à transformée de Fourier) en partenariat avec les universités de Rouen, Pau et Rostock, TotalEnergies et le national high magnetic field laboratory (Maglab). Le doctorant impliqué dans ce projet ANR a travaillé sur la partie viewer du logiciel qui vise à faciliter la visualisation des données obtenues en spectrométrie de masse à ultra-haute résolution. Ce logiciel permet de réaliser de nombreux types de graphiques et études statistiques couramment utilisés en pétroléomique et en science environnementale tels que les cartographies DBE vs C#, les diagrammes de Kendrick ou encore l’analyse en composante principale (PCA).
La présence et le devenir des pétroporphyrines dans les particules issues de l'échappement primaire d'un moteur de navire équipé d'une technologie de traitement des gaz d'échappement, c'est-à-dire d'un épurateur (scrubber) et d'un filtre à particules, motivent des études futures. Le devenir des pétroporphyrines hautement aromatiques et polaires au cours de ces étapes de lavage et d'élimination sera d'un grand intérêt, car des traces de ces métaux peuvent potentiellement être introduits directement dans l’océan.
Prochainement, nous étudierons les eaux de lavage d’un épurateur en séparant la phase aqueuse de la phase solide (particules) afin d’en déterminer la complexité moléculaire et d’appréhender les effets d’un tel système de lavage sur les émissions de navires.
La pollution atmosphérique anthropique expose l'environnement à un grand nombre de contaminants organiques ayant de graves impacts sur la santé et le climat. L'impact majeur sur l'humanité et l'énorme complexité moléculaire des aérosols organiques motivent le développement de nouvelles approches d'instrumentation analytique.
Ce projet de recherche collaboratif sur trois ans entre l'Université de Rostock (Allemagne) et l'Université de Rouen-Normandie (France) vise principalement à développer un ensemble de techniques d'analyse des gaz évolués (EGA) couplées à la spectrométrie de masse de pointe. (MS) pour la description chimique détaillée des aérosols organiques primaires et secondaires. À cet égard, l'expertise partagée en matière de MS à haute résolution fera de la résonance cyclotron ionique à transformée de Fourier (FT-ICR) et de la MS à temps de vol haute résolution (TOF) les plates-formes analytiques centrales et permettra des analyses au niveau moléculaire. Trois principales approches EGA seront utilisées pour le couplage a la spectrométrie de masse : la sonde d'analyse des solides atmosphériques (ASAP / DIP), l'analyseur thermo-optique de carbone (TOCA) et la chromatographie en phase gazeuse (GC). La spectrométrie de mobilité ionique (IMS) vitale servira de technique de séparation supplémentaire pour la taille et la forme des constituants évolués.
Les informations provenant des différentes approches visent à atteindre trois réalisations principales : 1) une description de la complexité isomérique des aérosols organiques, 2) une description des fractions chimiques au niveau moléculaire et 3) une comparaison chimique des émissions primaires et de celles formées par des réactions chimiques (aérosols secondaires vieillis). Les informations structurales sont obtenues par la combinaison du temps de rétention GC, des techniques d'ionisation sélective (par exemple, la photoionisation ciblant les espèces aromatiques), le modèle de fragmentation (à la fois par ASAP et par spectrométrie de masse en tandem) et les informations de mobilité ionique. À cette fin, des stratégies de traitement des données adaptées seront développées, y compris le calcul théorique des sections efficaces de collision (CCS).
Enfin, cela nous permettra de mettre en place un référentiel moléculaire pour différents types de sources d'aérosols, avec un accent particulier sur les émissions des navires. Cette bibliothèque moléculaire devrait permettre de relier les aspects de la santé humaine ou de contribuer à la compréhension de l'influence climatique respective des particules.
Coordination du projet
Carlos AFONSO (Chimie Organique Bioorganique Réactivité et Analyse)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
COBRA Chimie Organique Bioorganique Réactivité et Analyse
University of Rostock
Aide de l'ANR 162 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2021
- 36 Mois