Les indices de confiance interpersonelle dans les peintures et les textes digitalisés : La cognition sociale peut-elle contribuer à l'histoire culturelle ? – COGHIST
Un certain nombre d'observations historiques suggèrent que la confiance sociale n'a cessé de croître en Europe à partir du début des temps modernes : la tolérance religieuse a augmenté, les chasses aux sorcières ont diminué, les crimes d'honneur et la vengeance ont perdu leur attrait et la liberté intellectuelle est devenue une valeur centrale des pays modernes. Les historiens ont utilisé toute une gamme d'indices pour documenter ce processus : manuels d'étiquette, registres des sociétés amicales ou changements juridiques. Cependant, les preuves quantitatives sont rares et les progrès en histoire des mentalités ont été limités par le manque d'outils permettant de saisir la vie mentale des population aujourd’hui disparues. Il est bien sûr impossible de remonter dans le temps et d'appliquer les méthodes classiques des sciences cognitives pour découvrir les processus psychologiques passés, mais il existe des vestiges cognitifs des psychologies passées des gens sous forme d'artefacts culturels, tels que des livres, des peintures ou des sculptures. D’une certaine façon, les objets culturels peuvent être considérés comme des " fossiles cognitifs " des mentalités passées et peuvent être analysés pour retracer les origines de la confiance sociale. Dans ce projet, nous cherchons à appliquer de nouvelles méthodes issues de la cognition sociale et des sciences sociales computationnelles pour extraire des informations quantitatives sur l'évolution des préférences prosociales. Dans le Programme de travail 1 (WP1), nous construirons un algorithme de traitement des visages pour quantifier les signaux de confiance dans les peintures européennes de 1200 à 1850, à travers des séries spécifiques de portraits. Des travaux expérimentaux ont en effet révélé que des caractéristiques faciales spécifiques, telles qu'une bouche souriante ou des yeux plus larges, sont universellement reconnues comme des indices de confiance dans les interactions sociales. Dans le Programme de travail 2 (WP2), nous utiliserons des techniques d’extraction automatique d’information pour évaluer l'importance de la confiance et de la coopération (par opposition à la domination et à l'exploitation) dans les fictions littéraires. Pour finir, il est important de noter que la quantification des variations de la confiance sociale n'est qu'un premier pas vers la réponse à une question plus fondamentale : Pourquoi la confiance sociale varie-t-elle dans le temps ? Quelle est l'origine de la montée et de la chute de la confiance sociale dans les sociétés ? Des travaux récents en psychologie expérimentale et en économie comportementale démontrent que l'amélioration du niveau de vie sous forme de nutrition, de sécurité et de confort matériel a un impact omniprésent sur la cognition sociale et peut contribuer à accroître la confiance sociale. Dans le Programme de travail 3 (WP3), nous utiliserons les chocs exogènes sur les économies européennes passées pour vérifier s'il existe une relation de cause à effet entre l'élévation du niveau de vie à la fin du Moyen Âge et au début des temps modernes et la hausse concomitante des signaux de confiance dans les objets culturels.
Coordination du projet
Nicolas Baumard (Institut Jean-Nicod)
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Partenariat
IJN Institut Jean-Nicod
Aide de l'ANR 268 920 euros
Début et durée du projet scientifique :
novembre 2019
- 36 Mois