Inégalités sociales de santé en lien avec l’alimentation en début de vie: de l'observation à la prévention – NUT-PREV
Il existe de fortes inégalités sociales de santé, notamment pour les maladies liées à l’alimentation et aux modes de vie. En outre, plus le niveau de défaveur des familles augmente, plus le taux d’allaitement et la qualité de l’alimentation des enfants s’éloignent des recommandations, avec un risque accru de surpoids et d’obésité. Au-delà des contraintes budgétaires, cette différentiation sociale de l’alimentation fait intervenir des facteurs environnementaux (disponibilité et accessibilité des aliments), mais aussi socio-culturels (comme les connaissances, les normes sociales et les croyances). Les connaissances croissantes sur les origines précoces et développementales de la santé renforcent l’intérêt de promouvoir des pratiques alimentaires favorables à la santé dès la grossesse et les premières années de vie. Cependant, les interventions précoces ciblant les familles les plus vulnérables restent trop rares.
L’objectif général de ce projet est d’accroître les connaissances sur les facteurs socio-économiques et culturels associés à l’alimentation au sein des familles (mères, pères et jeunes enfants), non seulement en population générale (WP1), mais aussi au sein de familles en situation de précarité (WP2, WP3), peu représentées dans les études épidémiologiques. Nous souhaitons traduire ces enseignements au profit de l’intervention ECAIL en cours, qui vise à promouvoir de bonnes pratiques alimentaires et une croissance optimale chez de jeunes enfants vivant dans des contextes de vulnérabilité sociale (WP3).
Le "WP1" repose sur la cohorte de naissance ELFE et vise à évaluer dans quelle mesure l’alimentation des mères et celle des pères expliquent le lien entre leur position socio-économique et l’alimentation de leur enfant à 9 mois et 2 ans. L’alimentation parentale étant potentiellement modifiable, les résultats de cet axe apporteront des informations originales et utiles pour adapter les interventions nutritionnelles selon la position socioéconomique des parents.
Le "WP2" décrira, à partir de l’enquête ENFAMS, le taux d’initiation d’allaitement et sa durée au sein des familles sans domicile en Ile-de-France, en 2013. Nous étudierons les facteurs socio-économiques et culturels associés à l’allaitement, ainsi que le lien entre durée d’allaitement et risque de surpoids. Ces résultats seront très importants pour développer des interventions ciblant des familles en situation de vulnérabilité, en prenant en compte leur diversité culturelle et sociale.
L’essai contrôlé randomisé ECAIL (WP3) est mené en collaboration avec les différentes parties prenantes d’un programme existant (MALIN), qui repose sur un partenariat original et pérenne avec des acteurs du monde associatif, ainsi que des secteurs public et privé. Il consiste en un accompagnement des familles dès la grossesse sur les pratiques alimentaires (notamment l’allaitement), tout en s’adaptant à leurs contraintes et spécificités culturelles (théorie sociale cognitive). Il comporte également une offre de paniers de fruits et légumes frais à prix réduit et, de 6 à 24 mois après la naissance, des bons de réduction pour des produits d’alimentation infantile. Après une phase de lancement, nous souhaitons poursuivre la mise en œuvre de cette intervention complexe de santé publique. L’objectif est également d’y intégrer un volet qualitatif afin d’en enrichir l’évaluation des processus. Celui-ci permettra de mieux comprendre ce dont les familles ont effectivement bénéficié, les leviers influencés par l’intervention et pour qui celle-ci aura été efficace (ou pas). La co-construction avec le Programme MALIN est pertinente dans un but de transfert et partage des connaissances (recherche translationnelle). Plus généralement, l’expérience originale acquise sur le terrain de l’étude ECAIL va permettre de progresser sur les questions du ciblage, recrutement et suivi de familles en situation de précarité, ce qui sera utile pour toute action de santé publique visant de telles populations.
Coordination du projet
Sandrine Lioret (Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité)
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Partenariat
MALIN Association Programme MALIN (association loi 1901)
CRESS-EAROH Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité
CRESS-EPOPé Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité
iPLESP-ERES Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique
CHU Lille, CIC CHU, CIC LILLE
Aide de l'ANR 480 934 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2020
- 48 Mois