CE31 - Physique subatomique, sciences de l'Univers, structure et histoire de la Terre 2019

Les déformations de la lune vues depuis des observations au sol laser lune et avec l'altimétrie spatiale – LDLR

Comprendre la structure interne de la Lune par ses déformation de marées.

Les déformations de la lune vues depuis des observations au<br />sol laser lune et avec l'altimétrie spatiale

Comprendre la structure interne de la Lune par ses déformation de marées.

La connaissance de la structure interne de la Lune impose des contraintes strictes sur sa formation et, finalement, sur l'évolution du système Terre-Lune. Les mesures des déformations de la Lune aux marées résultant du champ gravitationnel de la Terre fournissent des preuves uniques sur son fonctionnement interne et peuvent être obtenues à partir d'engins spatiaux en orbite ainsi que d'observations terrestres.<br />De plus, l'observation de la dynamique de la Lune est la plus précise jamais réalisée dans le système solaire grâce au déploiement de rétro-réflecteurs laser (LRR) sur sa surface visible par les missions APOLLOS et Lunakhod, conduisant à une précision centimétrique au cours des 40 dernières années. Une telle précision nécessite une modélisation très précise de son orbite mais aussi de sa rotation, induisant une modélisation unique de la structure interne pour un objet différent de la Terre.<br />La complexité des mécanismes de marée dans le système Terre-Lune peut être démontrée par plusieurs résultats récemment mis en évidence par les missions spatiales. Grâce à la mission Gravity Recovery And Interior Laboratory (GRAIL), il est désormais bien établi que les deux faces de la Lune ont des épaisseurs crustales différentes avec une différence d'environ 40 km. De telles différences pourraient entraîner un régime de déformation différent pour les deux côtés, jamais pris en compte dans aucun modèle de rotation. Une telle modélisation permettrait d'aborder la question de l'impact de telles différences sur la structure profonde de la Lune.<br />La détection du noyau interne solide de la Lune et sa caractérisation par son impact sur la libration de la Lune (oscillation autour du mouvement de rotation moyen) sont le principal défi des mesures LLR présentes et futures. Ce noyau interne joue également un rôle important sur la déformation de marée par l'intermédiaire du nombre de Love k2 et ses variations séculaires. Une meilleure compréhension de la déformation de marée est alors une étape clé vers la détection du noyau interne solide.<br /><br /><br /><br />Ce projet vise à synthétiser un grand nombre d'observations et de modélisations obtenues à partir de la télémétrie laser lunaire (LLR) terrestre et de l'altimétrie laser en orbite (LA) pour obtenir une détermination améliorée et cohérente de la déformation de marée de la Lune en estimant ses nombres de Love de marée et par conséquent contraignant la dissipation actuelle dans le système Terre-Lune.<br />A l'heure actuelle les déterminations du nombre de Love h2 par LA montre une différence significative de 15% par rapport à la mesure obtenue par LLR. Un but de ce projet est de pouvoir expliquer une telle différence soit par des bias systématiques dans les mesures LA ou LLR soir par la déformation maréale de la Lune.<br />Enfin, le projet contribuera également aux méthodes de mesure des marées sur d'autres corps du système solaire où les données LLR ne sont pas disponibles, mais les futures missions fourniront des données LA.

Tois méthodes sont utilisées dans ce projet
1) Exploration Monte Carlo du domaine spatial pour les épaisseurs et viscosités des différentes couches de la Lune. Filtrage statistique par comparaisons de ces modélisations visco-élastiques avec les nombres de Love et la dissipation de marée déduits par LLR et altimétrie
2) Amélioration des mesures altimétriques laser des nombres de Love de la mission LRO en évaluant la sensibilité des orbites de la sonde LRO aux contributions visco-élastiques au champ de gravité de la Lune et à l'effet sur l' orbite de la sonde, de la pression de radiation solaire et à l'albédo de la Lune
3) Amélioration des mesures des nombres de Love par télémétrie laser lunaire à partir d'observations terrestres en introduisant des nombres de Love visco-élastiques dans les modélisations de la rotation de la Lune dans les éphémérides planétaires et rotationnelles INPOP.

Après 18 mois, le projet a réussi à fournir de nouvelles contraintes sur les scénarios possibles pour la structure interne de la Lune. En explorant aléatoirement des hypothèses sur les épaisseurs des différentes couches ainsi que leurs viscosités nous avons pu produire quatre types de modèles, tous cohérents avec les études précédentes mais donnant des informations supplémentaires sur la zone entre le manteau lunaire et le noyau externe (LVZ) et la viscosité de ce dernier. Cette quantité n'a jamais été obtenue par des études précédentes et donne un nouvel aperçu de l'intérieur de la Lune. Même si nous ne sommes pas en mesure d'infirmer ou de confirmer l'existence d'un noyau interne solide de la Lune, nous sommes en mesure de donner des contraintes strictes sur la viscosité du noyau externe et la LVZ. Un premier article est actuellement en cours de soumission à Icarus pour publication et un second est en préparation concernant l'impact de notre estimation de la viscosité LVZ sur sa composition chimique.

Les prochaines étapes sont :
1) L'ajustement aux données LLR les plus récentes des éphémérides lunaires incluant la contribution visco-élastique de la gravité de la Lune et la déformation aussi visco-élastique mais au niveau des réflecteurs de la Lune
2) tester l'impact de l'utilisation de nombres de Love visco-élastiques dans l'analyse de données altimétriques réelles en utilisant des éphémérides lunaires mises à jour
3) introduire des hétérogénéités latérales à travers un modèle en éléments finis (modèle spectral). Nous validerons notre modèle spectral en comparant les nombres de Love déduits aux nombres de Love estimés à l'aide de notre modèle de référence. Nous nous attendons à ce que ces hétérogénéités expliquent l'écart obtenu entre les h2 déduits des mesures altimétriques et
ceux issus des éphémérides planétaires par l'asymétrie de l'épaisseur crustale ou/et par les comportements viscoélastiques.

Un papier a été publié et un autre est en cours de soumission
1) Thor, R. N., R. Kallenbach, U. R. Christensen, P. Glaser, A.
Stark, G. Steinbrugge, and J. Oberst (2021), Determination of
the lunar body tide from global laser altimetry data, Journal of
Geodesy, 95(1), doi:10.1007/s00190-020-01455-8.

2)Briaud, A., Fienga, A., Melini, D. Rambaux, N., Memin, A.,
Spada, G.,Saliby, C. , 2021, Constraints on the Moon's low viscosity
zone and core from the tidal deformations, Icarus, submitted.

Résumé de soumission

Ce projet a pour de combiner le plus large échantillonnage de données altimétriques laser (LA) obtenues par la sonde LRO et de données de télémétrie laser lune (LLR) obtenues depuis le sol pour obtenir une meilleure compréhension des mécaniques de déformation de marées sur la Lune.
La connaissance de la structure interne de la Lune impose des contraintes strictes sur sa formation et, en définitive, sur l'évolution du système Terre-Lune. Les mesures de la déformation de la Lune aux marées résultant du champ gravitationnel de la Terre fournissent des preuves uniques de son fonctionnement interne et peuvent être obtenues à partir d'engins spatiaux en orbite et d'observations terrestres. De plus, la dynamique de la Lune est la plus précise jamais réalisée dans le système solaire grâce au déploiement de retro-reflecteurs laser sur sa surface, permettant une précision centimétrique au cours des 40 dernières années. Une telle précision nécessite une modélisation très précise de son orbite mais également de sa rotation, induisant une modélisation unique de la structure interne pour un objet différent de la Terre. Ce projet vise à synthétiser un grand nombre d’observations et de modélisations acquises à partir de la télémétrie laser terrestre (LLR) et de l’altimétrie laser (LA) sur orbite, afin d’obtenir une détermination cohérente et améliorée de la déformation de la Lune induites par les marées.
Or les déformations planétaires sont caractérisées par des quantités a-dimensionnelle, les nombres de Love, quantifiant la déformation horizontale et verticale pour (h,l) et la réponse gravitationnelle du corps à un potentiel de degré n pour k. Estimer ces nombres de Love est donc un moyen de modéliser la déformation d'un objet planétaire et, par conséquent, de contraindre la dissipation en particulier dans le système Terre-Lune. Via les nombres de Love est de plus possible d'introduire des comportements élastiques et visco-élastiques de la croute et du manteau et des asymétrie dans la distribution de masse dans la croute.
Ce projet repose sur l'association de l'expertise en altimétrie laser de l'équipe DLR et de celle de l'équipe INPOP, expert en analyse de données LLR et en construction d'éphémérides planétaires et lunaires.
Les étapes suivantes seront suivies: i) amélioration de l'analyse des données LA en tenant compte des améliorations de la détermination de l'orbite de la sonde (dans notre cas, LRO) et de l'utilisation de différentes modeles de rotation des éphémérides INPOP et de nombres de Love élastiques, visco-élastiques et incluant une asymétrie de l'épaisseur de la croute dans les procédure d'analyse des données LA. Ce faisant, on évaluera la sensibilité de l'algorithme d'analyse de données LA aux hypothèses de structure interne. ii) Dans les modèles de rotation d' INPOP, on ajoutera plus de complexité à la modélisation des marées en introduisant des nombres de Love d'ordres élevés et des nombres de Love viscoélastiques et incluant 'hétérogénéité spatiale de la croûte fournis par notre nouveau modèle de déformation.
Les résultats attendus seront i) une meilleure description de la déformation de la Lune due aux marées et de la dissipation pour le système Terre-Lune, ainsi qu’une meilleure contrainte sur la rhéologie viscoélastique de la Lune et une meilleure prise en compte de l’asymétrie latérale de l’épaisseur de la croûte détectée par GRAIL ii) la mise au point d’une méthode permettant de contraindre avec précision la structure interne de toute planète à l’utilisation d’observations haute précision de LA. Ce résultat final ouvrira de nombreuses applications possibles pour les missions spatiales telles que Bepi-Colombo, JUICE ou les futures missions de Mars.

Coordination du projet

Agnès Fienga (Géoazur)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

TUB Technische Universität Berlin
DLR German Aerospace Center, Institute of Planetary Research
IMCCE Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides
GEOAZUR Géoazur

Aide de l'ANR 248 590 euros
Début et durée du projet scientifique : avril 2020 - 36 Mois

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