CE28 - Cognition, éducation, formation tout au long de la vie 2019

Traits de personnalité individuels et Emotion dans la boucle Perception-Action – IN-PACT

IN-PACT

Traits individuels et Emotion dans la boucle perception-Action

Quelle place pour les émotions dans la boucle Perception-Action?

Les émotions peuvent être vues comme une interface entre un individu et son environnement, préparant le corps à agir à travers des tendances à l'action d'approche ou d'évitement. Cependant, malgré leur signification fonctionnelle, les émotions ne sont jamais examinées à travers le prisme de la boucle perception-action. Certaines études ont examiné comment la perception de stimuli émotionnels affectait les tendances à l'action, mesurées à travers des auto-questionnaires, des tâches utilisant un joystick, ou plus directement grâce à des enregistrements posturographiques mesurant le balancement du corps dans des tâches de perception passive de stimuli émotionnels. Alors que la perception de visages exprimant le dégoût ou la joie induit respectivement des comportements d'évitement ou d'approche, les tendances à l'action associées à la colère, la tristesse ou la peur sont débattues. Les résultats contradictoires portant sur ces expressions pourraient être dus à des différences dans les traits individuels des participants qui accentueraient les tendances d'approches et d'évitement. A notre connaissance, aucune étude ne s'est encore intéressée à l'influence des tendances à l'action sur la perception des émotions. Le principal objectif du projet est d'intégrer les émotions dans la boucle Perception-Action en tant que prédispositions à agir et d'examiner comment les traits individuels de personnalité - des dimensions normales aux dimensions subcliniques- peuvent moduler ces relations. Nous postulons que 1/ les tendances à l'approche et à l'évitement, considérées comme la volonté de diminuer ou d'augmenter la distance physique avec les stimuli de l'environnement devraient induire des changements perceptifs chez l'observateur et que 2/ les traits individuels renforçant les tendances à l'action devraient induire des performances différentes dans des tâches perceptives et motrices.

Ces hypothèses sont testées dans quatre workpackages contenant chacun plusieurs études. Chaque étude nécessite la collecte de données auprès d’un grand nombre de participants afin de mettre en relation les performances à des tâches perceptives et/ou motrices avec les traits de personnalité individuels mesurés à l'aide de questionnaires dans la population générale. Selon les études, les stimuli sont sociaux ou non sociaux et les tâches perceptives sont plus ou moins complexes : estimation de taille, jugement de la direction du regard, estimation de la distance interpersonnelle, identification des émotions…En parallèle à ces tâches perceptives sont réalisés un enregistrement des variables posturales qui mesurent objectivement les tendances à l'action indexées par le balancement du corps vers l'avant ou vers l'arrière ou des variables oculomotrices qui donnent des informations sur l'exploration visuelle de l'observateur. Enfin, dans chaque étude de chaque WP, les traits individuels de chaque participant sont mesurés avec des questionnaires utilisés par les études précédentes de la littérature : la sensibilité à l'approche ou à l'évitement, le trait d'anxiété, le trait de colère, les traits de personnalité Big Five (ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, névrosisme), les traits schizotypiques.

Le premier WP a pour objectif d'examiner les interactions entre la perception des expressions faciales et les tendances à l'action mesurées par des enregistrements posturographiques en fonction des traits individuels. Le second WP vise à tester si l'exploration oculomotrice d'un stimulus social est modifiée selon l'expression présentée et les traits individuels de l’observateur. Le troisième WP examine si les traits individuels, renforçant les tendances à l'action modulent la perception de stimuli non-sociaux. Enfin, le quatrième WP reproduit certaines des tâches des WP1 et 2 auprès des participants présentant des traits schizotypiques afin d'examiner s'ils présentent des tendances à l'action exacerbées qui modifieraient en conséquence leur perception.

Nos études montrent comment la personnalité peut moduler l’effet des émotions sur les processus moteurs et perceptifs :

• La personnalité module l’exploration visuelle d’un visage émotionnel : Pour des émotions subtiles, les personnes présentant un score élevé de névrosisme et d’anxiété fixent les yeux tandis que celles présentant un score élevé d’extraversion et d’agréabilité fixent la bouche, respectivement zones diagnostiques pour la détection d’émotions négatives et positives . A une intensité plus élevée, ces comportements ne persistent que lorsque l'émotion correspond à la personnalité des participants -e.g. fixation des yeux pour les personnalités négatives uniquement pour la peur ou la colère-.

• La personnalité module les tendances à l’action : Si le dégoût, la colère ou la peur déclenchent globalement de l’évitement et la joie de l’approche, la mesure des tendances à l’action sur le comportement postural est subtile, nécessite un grand nombre de participant et l’utilisation de stimuli dynamiques. Elle peut être modulée par d’autres facteurs tels que la direction du regard du visage et la personnalité de l’observateur.

• La personnalité module la reconnaissance des émotions : nos études n’ont pas mis en évidence d’effet du névrosisme, de l’extraversion et de l’agréabilité sur la reconnaissance des émotions. Néanmoins, nous avons montré que les personnes à tempérament évitant (sensibilité élevée au système d’inhibition comportementale et au névrosisme) avaient une meilleure capacité à identifier les émotions par rapport aux non-évitants mais un biais de réponse spécifique à la colère, les conduisant à sur-déclarer cette émotion.

• La personnalité module la perception de deux indices sociaux cruciaux pour les interactions sociales -la direction du regard et la distance interpersonnelle : l’ajustement de la distance interpersonnelle et le jugement de l’étendue des directions de regard dirigé vers soi dépendent de l’émotion d’autrui. Une distance plus courte est préférée pour les visages joyeux et plus grande pour les visages dégoutés ou en colère . Ces derniers sont jugés comme regardant plus directement l’observateur que des visages joyeux, neutres ou tristes tandis que des visages apeurés sont jugés comme regardant plutôt l’environnement. La personnalité peut moduler ces effets. Ainsi, des individus anxieux préfèreront une distance plus grande face à la colère et jugeront des visages tristes comme regardant plutôt l’environnement.

 

Notre projet de recherche contribue à faire avancer les connaissances théoriques sur les relations perception-action et émotion. En mettant les émotions au cœur de la boucle perception-action, notre projet met en lumière comment la perception des émotions influence les tendances à l'action et comment les tendances à l'action modulent également la perception des stimuli sociaux et non sociaux. De plus, alors que le lien entre le traitement des émotions et les traits individuels est une thématique très actuelle dans la littérature, donner un rôle central aux traits individuels dans les processus perceptifs et moteurs est nouveau et devrait impacter les modèles théoriques de contrôle sensorimoteur.

Au-delà de ces considérations scientifiques, une compréhension plus unifiée des interactions entre émotion, perception-action et traits individuels est essentielle, notamment dans le domaine clinique pour concevoir des outils d'évaluation et de remédiation adaptés aux pathologies qui affectent le comportement social. En particulier, mieux comprendre le rôle des émotions dans la boucle perception-action chez les personnes présentant des traits de personnalité schizotypiques offre un cadre utile pour comprendre le développement de la schizophrénie et des troubles du spectre bipolaire afin d'élaborer des stratégies de prévention et de limiter l'impact sur l'éducation et la formation des jeunes. Enfin, notre projet pourrait également avoir un grand impact dans le domaine de l'éducation. De nombreuses recherches dans le domaine de la psychologie, des neurosciences et plus largement des sciences humaines et sociales s’accordent sur l’importance de la relation entre émotion et cognition pour l’apprentissage tout au long de la vie. Les situations d’apprentissage sont souvent riches en émotions et impliquent la capacité à décoder le comportement des autres et à moduler nos propres réactions. L’apprenant doit être capable d’adapter son comportement à l’état cognitif et émotionnel de l’enseignant et vice-versa, pour que la situation d’apprentissage soit efficace. Une meilleure connaissance de l’influence des traits individuels sur le comportement de l’apprenant aidera sans doute les enseignants à en tenir compte pour gérer et améliorer l’interaction lors de l’apprentissage. Par ailleurs, l’objectif de l’éducation s’est désormais étendu de l’acquisition de connaissances et de compétences techniques à l’acquisition de « soft skills » ou « compétences sociales et émotionnelles » parmi lesquelles on distingue la capacité à gérer ses émotions (parfois appelée intelligence émotionnelle), la capacité à communiquer et le travail en équipe. De telles compétences seront nécessaires tout au long de notre vie, y compris dans des contextes professionnels.

Les premiers résultats dans le cadre de cette ANR ont fait l’objet de deux manuscrits actuellement en révision ou soumis.

Les émotions peuvent être vues comme une interface entre un individu et son environnement. Il n'est donc pas surprenant que les émotions se soient vues assignées une fonction motivationnelle, i.e. préparant le corps à agir à travers des tendances à l'action d'approche ou d'évitement. Cependant, malgré leur signification fonctionnelle, les émotions ne sont jamais examinées à travers le prisme de la boucle perception-action. Certaines études ont examiné comment la perception de stimuli émotionnels affectait les tendances à l'action, mesurées à travers des auto-questionnaires, des tâches utilisant un joystick, ou plus directement grâce à des enregistrements posturographiques mesurant le balancement du corps dans des tâches de perception passive de stimuli émotionnels. Alors que la perception de visages exprimant le dégoût ou la joie induit respectivement des comportements d'évitement ou d'approche, les tendances à l'action associées à la colère, la tristesse ou la peur sont débattues. Les résultats contradictoires portant sur ces expressions pourraient être dus à des différences dans les traits individuels des participants qui accentueraient les tendances d'approches et d'évitement. A notre connaissance, aucune étude ne s'est encore intéressée à l'influence des tendances à l'action sur la perception des émotions. Le principal objectif du projet est d'intégrer les émotions dans la boucle Perception-Action en tant que prédispositions à agir et d'examiner comment les traits individuels de personnalité peuvent moduler ces relations. Nous postulons que 1/ les tendances à l'approche et à l'évitement, considérées comme la volonté de diminuer ou d'augmenter la distance physique avec les stimuli de l'environnement devraient induire des changements perceptifs chez l'observateur et que 2/ les traits individuels renforçant les tendances à l'action devraient induire des performances différentes dans des tâches perceptives et motrices. Nous testerons ces hypothèses dans quatre workpackages, en combinant pour la première fois sur un grand nombre de participants des mesures oculomotrices/posturographiques, des performances perceptives dans des tâches portant sur des stimuli sociaux ou non-sociaux, et des réponses à des auto-questionnaires. Dans le premier WP, nous examinerons les interactions entre la perception des expressions faciales et les tendances à l'action mesurées par des enregistrements posturographiques en fonction des traits individuels. Dans le second WP, nous examinerons si l'exploration oculomotrice d'un stimulus social est modifiée selon l'expression présentée et les traits individuels de l'observateur. Dans le troisième WP, nous examinerons si les traits individuels, renforçant les tendances à l'action modulent la perception de stimuli non-sociaux. Enfin, dans le quatrième WP, certaines des tâches des WP1 et 2 seront conduites avec des participants présentant des traits hypomaniaques et schizotypiques afin d'examiner s'ils présentent des tendances à l'action exacerbées qui modifieraient en conséquence leur perception. Ce projet devrait fournir une occasion unique de parvenir à une vision intégrée de la place des émotions et du rôle majeur des traits individuels dans la boucle perception-action.

Coordination du projet

Dorine VERGILINO PEREZ (Laboratoire Vision Action Cognition)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

C2S Cognition, Santé, Société
ISIR Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique
UPDESCARTES -EA 7326 Laboratoire Vision Action Cognition

Aide de l'ANR 336 951 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2019 - 48 Mois

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