Les transporteurs d'acides aminés cationiques chez la truite – CAAT-TROUT
L’impératif d’une aquaculture durable conduit à orienter l’alimentation des poissons vers la substitution de la farine de poisson (FP) par des produits végétaux (PV) moins onéreux et plus écoresponsables. Toutefois, ce remplacement est souvent limité par des niveaux trop faibles en certains acides aminés, tels que la lysine et l’arginine, dans les matières premières végétales. La supplémentation de ces nouveaux régimes à base végétale en arginine et lysine n’améliorant que marginalement le défaut de croissance observé chez différentes espèces de poissons nécessite de mieux appréhender les raisons moléculaires responsables de ce phénotype nutritionnel. Une des raisons pouvant expliquer ce défaut de croissance des poissons nourris avec des régimes à base végétale supplémentés en arginine et lysine est le défaut d’absorption intestinale de ces derniers, provoquant alors une carence dans les autres organes.
Basée sur des études antérieures et des résultats préliminaires, l’hypothèse de travail de ce projet repose sur la différence de biodisponibilité des acides aminés cationiques (AAC) supplémentés sous leurs formes libres comparativement à celle des acides aminés provenant de la digestion des protéines alimentaires. Cette hypothèse s’appuie sur le fait que 1) l’absorption des AAC dépend étroitement de la composition des autres acides aminés présents dans le tube digestif et les cellules intestinales et 2) les déséquilibres présents dans les PV (même supplémentés) puissent être défavorables à leur absorption. Confortée par des études réalisées chez d’autres espèces, cette hypothèse de travail conduira l’équipe du projet CAAT-TROUT à identifier et caractériser les transporteurs des AAC exprimés chez la truite arc-en-ciel afin de mettre en évidence les conditions nutritionnelles favorisant leur absorption et donc une meilleure utilisation des PV pour l’alimentation des truites en aquaculture.
Pour cela, nous conduirons des expériences, à la fois in vitro et in vivo, au moyen d'approches innovantes qui viseront à évaluer le potentiel génétique et transcriptionnel du génome de la truite arc-en-ciel pour l’expression des transporteurs des AAC notamment en fonction des conditions nutritives. Par ailleurs, et de façon complémentaire, la caractérisation des activités/spécificités des transporteurs les plus exprimés dans deux organes spécifiques que sont l’intestin (principal organe responsable de l’absorption des acides aminés) et le foie (organe qualifié de plus gros consommateur d’acides aminés de l’organisme) nous permettra de formuler un nouvel aliment à base de PV qui sera testé pour ses capacités 1) à promouvoir l’absorption des AAC libres et 2) à favoriser la croissance des poissons nourris avec des aliments à base de végétaux.
Le projet CAAT-TROUT ambitionne donc de 1) expliquer, au niveau moléculaire, les dérégulations induites par ces régimes à base de protéines végétales et 2) concevoir de nouvelles formulations de régimes à base de PV qui allieraient des croissances optimales avec des aliments moins onéreux et plus éco-compatibles que les aliments à base de FP. En conclusion, le projet CAAT-TROUT, à travers l’étude des transporteurs d’AAC, contribuera à la pérennité et au développement d’une aquaculture plus respectueuse de l'environnement tout en produisant des aliments plus abordables pour le consommateur.
Coordination du projet
Florian BEAUMATIN (Nutrition, Métabolisme, Aquaculture)
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Partenariat
NUMEA Nutrition, Métabolisme, Aquaculture
Aide de l'ANR 368 207 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2019
- 48 Mois