AGRICULTURE NATURE ET BIODIVERSITE DANS LA TRANSITION DES SOCIO-ECOSYSTEMES TERRITORIAUX – ANBioT
AGRICULTURE NATURE ET BIODIVERSITE DANS LA TRANSITION DES SOCIO-ECOSYSTEMES TERRITORIAUX
les transtions socio-écologiques à l’œuvre dans les territoires locaux
Caractérisation des transitions socio-écologiques à l’œuvre à l'échelle locale
Le projet ANBioT interroge les enjeux contemporains de transition socio-écologique, en croisant les sciences de l’environnement et celles de la société. En mobilisant le cadre des transitions socio-écologiques, il explore les conditions d’une transformation significative des socio-écosystèmes à travers la convergence progressive dans l'action publique locale des catégories d'action nature et agriculture, avec pour vecteur commun la notion de biodiversité. Premier enjeu : la reconfiguration des cadres d’action publique. Historiquement cloisonnées par des logiques institutionnelles et réglementaires distinctes, les politiques agricoles et environnementales tendent aujourd’hui à s’interpénétrer. Cette perméabilisation, portée par l’émergence de la biodiversité comme catégorie d’action transversale, constitue un signal de transition. Elle traduit un changement de référentiels et d’approches, au croisement des impératifs de conservation de la biodiversité, de production de biomasse et d’aménagement du territoire. Deuxième enjeu : le renouvellement des systèmes d’acteurs et des formes d’expertise. Le décloisonnement des politiques publiques s’accompagne d’une montée en puissance de la société civile dans la gouvernance territoriale. Aux côtés des institutions, des acteurs associatifs, économiques et citoyens participent désormais à la définition des projets, en valorisant des formes d’expertise partagée qui intègrent savoirs vernaculaires et connaissances situées. Cette dynamique implique une hybridation des enjeux de soutenabilité, des logiques d’action multi-niveaux (du local au national) et la co-construction de solutions territorialisées. Troisième enjeu : les transformations concrètes induites par cette transition. L’hypothèse d’une convergence entre nature et agriculture suppose des effets visibles sur les territoires, tant matériels qu’organisationnels. Sur le plan spatial, les évolutions de l’usage des sols et des mutations paysagères des mutations paysagères sont observables. Sur le plan institutionnel, cette transition se traduit par la montée de projets territoriaux pionniers, souvent hors cadre, adaptés aux spécificités locales. Ces expérimentations montrent également les freins et limites : résistances institutionnelles, fragmentation des actions, ou incohérences d’échelle peuvent entraver la cohérence et la pérennité des dynamiques enclenchées.
Le protocole méthodologique repose sur la mobilisation d’outils issus des sciences sociales, articulant méthodes qualitatives et analyses documentaires. Trois axes principaux ont structuré l’enquête :
– la réalisation d’environ une centaine d’entretiens semi-directifs menés auprès d’acteurs de l’aménagement, de la gouvernance locale et de la société civile, répartis sur trois terrains d’étude ;
– l’analyse approfondie des documents de planification et des politiques publiques locales mises en œuvre dans ces territoires ;
– une analyse diachronique de l’évolution de la matérialité paysagère conduite à l’échelle communale, sur la période 1950-2020, permettant d’observer les trajectoires spatiales contemporaine.
Trois intercommunalités représentatives de contextes urbain, rural et périurbain ont été retenues. Il ne s’agissait pas d’engager une comparaison stricte entre les terrains, mais de construire une lecture transversale des dynamiques à l’œuvre, en dépassant les particularismes géographiques ou administratifs. Le choix de l’échelle intercommunale permet de travailler à un niveau pertinent pour interroger les formes de gouvernance, les instruments de planification et les référentiels d’action publique.
Deux des territoires – l’Eurométropole de Strasbourg et le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche – se distinguent par un engagement affirmé en matière de transition écologique et un souci spécifique du rapport entre aménagement et environnement. En contrepoint, la Métropole du Mans a été retenue en tant que territoire ordinaire (au sens de Temple-Boyer, 2014), afin d’examiner la manière dont les logiques identifiées sur des territoires pionniers peuvent résonner dans des contextes moins emblématiques, tout en permettant une mise en perspective avec les discours nationaux sur la transition écologique.
Des signaux faibles d’une convergence entre enjeux agricoles et écologiques se manifestent dans l’action publique locale. Ces dynamiques, encore émergentes et hétérogènes, s’observent à travers une diversité de situations territoriales, suggérant une transformation des représentations et des modes de faire en matière de gestion des territoires. Elles traduisent une reconnaissance croissante de l’imbrication entre enjeux agricoles, écologiques et sociaux à l’échelle locale.
L’un des apports majeurs du programme de recherche consiste en l’adaptation du modèle théorique du land sparing / land sharing, initialement formulé dans le champ des sciences de la conservation, dans le champ interdisciplinaire de l’aménagement. Ce cadre permet de penser les articulations possibles entre conservation de la biodiversité et développement territorial. En offrant une grille d’analyse commune, il éclaire les arbitrages, tensions et compromis mis en œuvre à différentes échelles, tout en permettant de dépasser les spécificités sectorielles ou spatiales propres à chaque territoire.
L’analyse révèle également que les actions publiques locales, en tant que manifestations concrètes de transitions socio-écologiques, remettent en question les typologies classiques des territoires (urbain, périurbain, rural). Les enjeux environnementaux — gestion du foncier, renaturation, cohabitation des usages — se posent de manière similaire dans des contextes territoriaux divers. Cette transversalité suggère une reconfiguration des catégories d’analyse, appelant à considérer les dynamiques socio-écologiques au-delà des découpages spatiaux habituels.
Par ailleurs, les résultats mettent en lumière une hybridation croissante des savoirs mobilisés dans l’action publique locale. La prise en compte de la dimension écologique ne relève plus exclusivement de l’expertise naturaliste extérieure aux collectivités locales : elle est désormais intégrée dans les compétences des acteurs de l’aménagement. Cette évolution se traduit par l’émergence de profils aux compétences écologiques et paysagères dans les institutions, et par l’institutionnalisation progressive de l’environnement comme enjeu structurant des politiques locales. Mais cette hybridation n'est pas sans poser des frictions dans les routines aménagistes et susciter des débats controversés dans les arbitrages.
Cependant, malgré ces évolutions, les trajectoires matérielles des paysages restent peu transformées. Les initiatives observées, bien qu’innovantes, peinent encore à infléchir significativement les logiques dominantes d’urbanisation, d’intensification agricole ou de déprise rurale. Les dynamiques de transition se déploient ainsi dans un contexte de fortes tensions, entre ambitions écologiques, contraintes économiques et inerties structurelles. Ainsi certains collectifs de la société civile expriment des oppositions de plus en plus vives à l’égard des logiques d’artificialisation héritées au nom des crises écologiques en cours.
Ce projet interdisciplinaire a un impact scientifique notable en consolidant les liens entre aménagement, écologie et sciences sociales autour des transitions socio-écologiques. Le colloque final a constitué un jalon théorique en discutant les tensions entre anthropisation et conservation, éclairant les pratiques d’aménagement face à l’urgence écologique, en France et à l’international. L’ouvrage issu du colloque prolonge ces réflexions en apportant une contribution original aux débats scientifiques sur les modèles de transition en transposant les modèles land sparing/sharing dans le champs de l'aménagement. Le podcast en quatre épisodes offre une valorisation originale des résultats, accessible au grand public, et participe à la diffusion culturelle des enjeux d’aménagement et de biodiversité. Ce format sensibilise un public élargi à la complexité des relations entre territoires, paysages et vivant, et encourage de nouvelles pratiques professionnelles et citoyennes.
Dans la continuité de ce programme de recherche, il apparaît opportun de poursuivre des pistes de réflexions dans le cadre d'un projet de recherche ANR PRC à visée interdisciplinaire, rassemblant plusieurs laboratoires issus de la géographie, de l’aménagement et de l’écologie. L’objectif serait de structurer un cadre de recherche commun permettant de renforcer les synergies entre approches écologiques et paysagères dans les politiques et pratiques d’aménagement. Cette recherche porterait sur les projets d’aménagement dits ordinaires, peu visibles mais dont les effets cumulés sur les paysages et les écosystèmes sont significatifs. Elle examinerait, à travers une démarche interdisciplinaire, la manière dont les dimensions sensibles des enjeux écologiques et paysagers de la nature sont prises en compte — ou marginalisées — dans les processus décisionnels. En analysant les tensions entre logiques productivistes, aspirations citoyennes et impératifs écologiques, elle viserait à éclairer les arbitrages opérés dans l’aménagement contemporain.
En outre, les travaux du programme de recherche ANBioT sera valorisée dans le cadre d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), en lien avec d’autres travaux menés dans des programmes de recherche connexes, afin de consolider une trajectoire de recherche centrée sur les recompositions des rapports nature/société dans l’action territoriale.
Depuis quelques années, les processus de transitions écologiques souhaitées dans différents pans socio-économiques de notre société génèrent des transformations institutionnelles autant que spatiales et participent à la création de nouvelles matérialités et représentations des paysages. Avec une équipe de chercheurs issus de l’aménagement, de la géographie, de l’agronomie, de la psychologie de la conservation, d’écologie et des partenaires praticiens, le projet ANR JC ANBioT vise à interroger ces transitions écologiques au regard de l’hypothèse forte d’une convergence entre projets de « nature » et d’« agriculture » dans l’action publique. La notion de biodiversité devient dès lors un enjeu central dans les discours sur la nature et l’agriculture, et les interventions territoriales qu’ils légitiment. L'occurrence de transitions socio-écologiques, conceptualisée par le champ des sciences de l’environnement et de la société, transformerait le fonctionnement du régime qui domine les relations entre une société et son environnement. Ces transformations peuvent être radicales ou marginales, descendantes ou ascendantes, elles peuvent être isolées ou se combiner. Pour analyser l’avènement d’une transition écologique, de fait ou telle que l’État y aspire, le projet ANBioT se fonde donc sur l’analyse des signaux faibles, représentant une potentielle menace à l’hégémonie du régime qui administre ces relations. Le projet repose donc sur l’identification et la caractérisation de ces signaux faibles à travers la perméabilisation des catégories “nature” et “agriculture”, sur l’explicitation de l’expertise croisée entre institutions et société civile vis-à-vis de ces catégories, et sur les traductions matérielles de cette expertise et les transformations qu’elles produisent dans les territoires. Étant donnée la diversité des territoires investis dans une transition écologique, nous explorons ces hypothèses dans des contextes urbains et ruraux auprès d’acteurs institutionnels, socio-économiques et de la société civile. Nous identifions 3 intercommunalités a priori emblématiques dans lesquelles nous n’envisageons pas de comparaison termes à termes des résultats obtenus mais une analyse transversale de ces 3 territoires. Tout d’abord nous retenons l’Eurométropole de Strasbourg, collectivité pionnière en France en matière d’agriculture et écologie urbaines. Sa ville centre a été capitale française de la biodiversité en 2015 et entretient une longue tradition de production alimentaire intra-urbaine, récréative ou nourricière. Par ailleurs, nous analyserons le Parc Naturel Régional du Luberon. Territoires d'expérimentation depuis 50 ans, les PNR s’engagent en 2017 à “nouvel humanisme de la Nature” afin d’instaurer “des transitions sans précédent pour favoriser une vie saine en harmonie avec la nature”. Mêlant une diversité de territoires ruraux, de polarités urbaines, de territoires à haute valeur écologique, le PNR du Luberon sera analysé dans la perspective d’une réflexion dédiée à ces espaces composites. Enfin le projet ANBioT s’attache au territoire plus ordinaire que constitue le pays du Mans. Cette intercommunalité, espace composite d’un point de vue géographique et institutionnel, est également responsable du SCOT qui s’y applique et porteur d’un projet de territoire fondé sur « la complémentarité Ville-Campagne ».L’objectif de ce terrain complémentaire est d’analyser la résonance que pourraient avoir les résultats des autres cas étudiés et le discours national sur la transition écologique à l’échelle d’intercommunalités plus ordinaire. Les résultats de ce programme de recherche feront ainsi émerger des clés stratégiques dans l’accompagnement politique de démarches intégrées de transition écologique, à l’heure où la transition s’affiche comme un enjeu national. Ces résultats ont également une ambition incrémentale d'apport de connaissances de et pour la construction politique et la traduction territoriale d’une transition socio-écologique.
Coordination du projet
LAURE CORMIER (Cités, Territoires, Environnement et Sociétés)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CITERES Cités, Territoires, Environnement et Sociétés
Aide de l'ANR 293 580 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2020
- 36 Mois