vagues posées, vagues tirées: causes, conséquences et applications en lutte biologique – PushToiDeLa
Vagues tirées, vagues poussées: causes, conséquences, et applications à la lutte biologique
Les fronts de colonisation sont dits tirés ou poussés lorsque l’expansion est menée par quelques individus sur le front, ou par tous les individus du cœur de la distribution. Nous visons à démontrer que la nature de la vague de propagation affecte des composantes-clés de la dynamique d’expansion d’une population introduite, avec des conséquences majeures sur son expansion spatiale et plus largement son succès d’invasion.
L’objectif du projet est de faire le lien entre les développements théoriques autour des concepts de vagues tirées et poussées et les caractéristiques empiriques des populations en expansion.
1/ Explorer la diversité des fronts de propagation en lien avec les caractéristiques écologiques des populations <br />Nous étudierons à l’aide d’approches de modélisation les mécanismes écologiques qui génèrent des fronts de propagation poussés, et plus particulièrement les mécanismes associés aux échecs de colonisation à faible densité. A l’aide de modèles et d’expérimentations en microcosmes, nous caractériserons comment les fronts poussés affectent l’expansion des populations, en particulier dans le cas d’un habitat hétérogène. Nous étudierons également en détails la dynamique spatiale et temporelle de la diversité génétique sur les fronts de propagation.<br /><br />2/ Proposer un cadre conceptual commun pour décrire les modes d’expansion en écologie<br />Nous regarderons si les concepts de fronts tiré et poussé décrivent des classes réellement distinctes de comportements dynamiques ou regroupent des objets aux caractéristiques trop hétérogènes pour présenter un intérêt en écologie. Si cela est pertinent, nous proposerons une généralisation de la définition de front tiré ou poussé au-delà du formalisme mathématique strict qui n’est pas adapté à la plupart des cas empiriques.<br /><br />3/ Evaluer en quoi les modes d’expansion des ennemis naturels peuvent affecter l’efficacité de la lutte biologique à l’échelle du paysage<br />A partir de données de terrain sur la dynamique post-introduction d’un agent de lutte biologique et de prédictions qualitatives sur la dynamique d’expansion en environnement hétérogène, nous analyserons comment la structure spatiale d’un paysage agricole affecte la distribution d’une population introduite et la résolution spatiale des interactions hôte-parasite dans le cas d’une expansion poussée
A l’aide de modèles individu-centrés, nous générons des predictions théoriques sur les propriétés dynamiques des populations en expansion. Cette approche nous permet d’édtuier dans quelle mesure les predictions classiques obtenues à partir d’hypothèses de populations infinies en espaces continu peuvent se généraliser à des contextes plus réalistes écologiquement, où l’espace est discret et hétérogène, où les individus sont en nombre limités et les effets stochastiques sont forts.
Nous testons également ces prédictions à l’aide d’invasions expérimentales dans des microcosmes de laboratoire. La plupart des données empiriques sur les invasions ne sont pas représentatives des dynamiques post-introduction car les populations à très faible densité ne sont en général pas détectées, et seules les invasions réussies sont documentés. Les expérimentations en microcosmes permettent de s’affranchir de ces biais. Nous avons choisi comme principal modèle biologique les hyménotpères parasitoïdes du genre Trichogramma, dont la petite taille et le temps de développement réduit font d’excellents candidats pour simuler des invasions en microcosmes. De plus, nous bénéficions localement d’un accès à une collection unique de plus de 200 populations de Trichogramma, ce qui nous permettra d’analyser l’impact de la diversité de certains traits d’histoire de vie sur les dynamiques d’expansion.
En complément de ces approches plus fondamentales, nous nous intéressons également au potentiel que représente la lutte biologique comme expérimentation naturelle sur l’écologie des populations introduites. Dans ce projet, nous analysons des jeux de données sur l’établissement et l’expansion d’ennemis naturels introduits dans un agro-écosystème pour lutter contre des ravageurs de cultures.
A ce stade du projet, nos principaux résultats sont:
(i) Les fronts tirés ou poussés ne diffèrent pas seulement par la dynamique de la diversité génétique neutre, mais également par un ensemble d’autres indicateurs, dont un grand nombre sont issus de caractéristiques démographiques uniquement. Ce résults est une première validation de l’hypothèse selon laquelle un ensemble d’indicateurs empiriques pourrait permettre de déterminer la nature d’un front d’expansion.
(ii) Notre protocole expérimental d’invasions en microcosmes nous a permis de générer des fronts tirés ou poussés, à l’aide desquels nous avons pu confirmer la prédiction théorique que les fronts poussés conservaient davantage de diversité génétique neutre que les front tirés.
(iii)La dynamique naturelle des populations d’auxiliaires introduites est caractérisée par un changement de régime lorsque le nombre de populations établies dépasse un certain seuil, au-delà duquel les foyers de colonisations secondaires montrent une croissance démographique accélérée en lien avec la pression de propagules continue exercée par les sources de migrants établies à proximité.
Nous avons réalisé la première étude expérimentale sur la dynamique évolutive des fronts d’expansion poussés. Nous avons ainsi démontré que (i) les prédictions théoriques obtenues en espace continu pouvaient se généraliser en environnements discrets et stochastiques ; (ii) les différences entre fronts tiré et poussé basées sur la dynamique génétique et la vitesse d’expansion ne sont, contrairement à ce qui était admis jusque là, pas directement liées et peuvent être décorrélées lorsque les expansions faiblement poussées résultent uniquement d’une réduction de la connectivité du paysage ; (iii) la réduction de connectivité peut dans certains cas avoir des effets positifs sur les populations en expansion, en limitant leur perte de diversité génétique sans ralentir significativement leur vitesse de progression.
Ces travaux ont fait l’objet de deux presentations orales à des conferences nationale et internationale, un manuscrit a été écrit et est disponible en pré-publication (https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.05.13.092775v2), deux autres manuscrits sont actuellement en cours d’écriture.
Les fronts de colonisation sont dit « tirés » lorsque l’expansion est le fait de quelques individus sur le front, ou « poussés » lorsque tous les individus du cœur de la distribution sont impliqués dans la colonisation. Bien que ces concepts soient liés directement aux propriétés écologiques des populations dans un nouvel environnement, ils ont été jusqu’ici peu exploités en biologie de l’invasion ou pour l'introduction d'auxiliaires de cultures. Nous visons à démontrer que la nature de la vague de propagation affecte des composantes-clés de la dynamique d’expansion d’une population introduite, avec des conséquences potentiellement importantes sur son expansion spatiale, et plus largement son succès d’invasion. Notre approche est basée sur un dialogue étroit entre modélisation et expériences, avec des apports issus des équations aux dérivées partielles, de la simulation stochastique, de la dynamique des populations, de la biologie de l’invasion, de l’écologie, des statistiques et de la lutte biologique. Les expérimentations seront menées en microcosmes au laboratoire, en utilisant le trichogramme comme modèle d’espèce invasive, et sur le terrain en tirant parti de l’introduction programmée d’un nouvel auxiliaire de lutte biologique comme un cas particulier d’invasion. Nos résultats permettront d’évaluer la pertinence des concepts de vague tirée et poussée en écologie et de proposer un cadre conceptuel général pour l’étude des dynamiques d’expansion. Au niveau appliqué, un enjeu majeur en protection des cultures est de prédire, anticiper et gérer la progression des fronts d’invasion, pour limiter l’expansion des ravageurs envahissants ou pour favoriser la dispersion des agents de lutte biologique. Dans ce contexte, nos résultats contribueront également à améliorer les prédictions sur la dynamique de colonisation des ravageurs et de leurs ennemis naturels, et à concevoir des leviers innovants pour la gestion des populations dans les agro-écosystèmes.
Coordination du projet
Elodie Vercken (Institut Sophia Agrobiotech)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
ISA Institut Sophia Agrobiotech
Aide de l'ANR 239 842 euros
Début et durée du projet scientifique :
novembre 2018
- 48 Mois