CE02 - Milieux et biodiversité : Terre vivante 2018

Modèles statistiques avancés pour les réseaux écologiques – EcoNet

Modélisation statistique avancée des réseaux écologiques

Dans le contexte actuel de changements globaux, les écosystèmes naturels sont confrontés à d'importantes perturbations. Ils sont composés de nombreuses espèces qui interagissent entre elles et avec leur environnement abiotique. Ces interdépendances complexes sont cruciales pour comprendre leur capacité à réagir aux perturbations. Les réseaux écologiques sont de puissants outils pour décrire les interactions entre les espèces et étudier le lien entre architecture et fonctionnement des écosystèmes

Comprendre comment les espèces dépendent et s’influencent mutuellement.

Dans la littérature écologique, les interactions entre espèces sont le plus souvent étudiées à travers une seule image instantanée à un endroit donné. De plus, les écologues se concentrent généralement sur un seul type d'interaction à la fois (par exemple la prédation). Enfin, étudier les réseaux d'interactions en conjonction avec des informations externes permettant de prédire ou d'expliquer ces interactions (par exemple les traits des espèces) est une tâche difficile. Récemment, des ensembles de données d'un nouveau type sont devenus disponibles, avec des niveaux de complexité supplémentaires dus à l'incorporation de différentes dimensions, par exemple des réseaux observés à différents moments ou à différents endroits dans l'espace, des réseaux avec plusieurs couches écologiques correspondant à différents types d'interactions, des réseaux incluant des informations sur les traits et des données environnementales. La prise en compte des réseaux d'interactions et la prise en compte de leur multiplicité et de leur variabilité dans l'espace et dans le temps aideront à améliorer notre compréhension et notre capacité de prévision de la dynamique des écosystèmes soumis aux changements globaux. De plus, la généralisation des études de réseaux écologiques à une ou plusieurs couches est une étape importante pour faire progresser le domaine. En attendant, les écologues sont confrontés à un manque d’outils appropriés pour intégrer ces nouvelles dimensions dans leurs analyses, ce qui constitue un obstacle évident à la compréhension des systèmes écologiques. Nous pensons que le moment est venu pour les statisticiens de s’intéresser aux questions des écologues et de proposer des réponses mathématiques bien fondées à la nécessité d’intégrer les nouvelles dimensions des réseaux écologiques dans des modèles appropriés. Ce projet est consacré au développement de méthodes statistiques spécifiquement conçues pour analyser différents types de réseaux écologiques – en particulier les réseaux antagonistes (réseaux trophiques, hôte-parasite), mutualistes (plante-pollinisateur, plante-champignon, etc.) et compétitifs, ainsi que leur variabilité dans le temps et l’espace. Des modèles statistiques seront développés pour décrire et comprendre les mécanismes qui déterminent les interactions entre espèces, et pour déchiffrer l’organisation de ces réseaux écologiques (multicouches).

Nous avons identifié quatre axes principaux de recherche sur les réseaux écologiques :

- Réseaux dans l'espace et le temps (WP1) La distribution des espèces dans le temps et dans l'espace étant façonnée par leurs interactions, la comparaison des réseaux écologiques sera envisagée selon des gradients environnementaux et de multiples relevés temporels. Les approches traditionnelles reposent sur une décomposition de la diversité globale en diversité intra-communautaire et inter-communautaire, ignorant les interactions biotiques et les réseaux d'interaction entre espèces. Nous fournissons un cadre statistique générique qui intègre les réseaux enregistrés à différents moments et/ou lieux dans le même modèle, permettant leur comparaison dans le but de déchiffrer les effets environnementaux responsables des différences entre eux.

- Interactions multiples (WP2) Les systèmes naturels présentent généralement de multiples facettes de complexité et les espèces interagissent entre elles de plusieurs manières simultanément. Parallèlement au WP1, l'analyse de réseaux incluant conjointement plusieurs types d'interactions (c'est-à-dire plusieurs couches) est envisagée. Un cadre statistique générique pour les réseaux multicouches (à la fois multiplex et multipartites) est proposé pour comprendre les propriétés structurelles des réseaux écologiques multi-interactions, ainsi que les conséquences fonctionnelles de ces structures.

- Effets d'échantillonnage (WP3) L'échantillonnage des réseaux écologiques demande beaucoup de travail et de nombreux ensembles de données ne révèlent qu'un sous-ensemble des interactions existantes. De toute évidence, le processus d'échantillonnage peut induire d'énormes biais dans les analyses statistiques des réseaux. Nous développons des outils statistiques pour traiter les effets d'échantillonnage dans ces analyses.

- Prédiction (WP4) Les réseaux d'interactions écologiques sont souvent associés à des attributs au niveau de l'espèce (par exemple des traits) ou à des facteurs spécifiques au site (par exemple le type d'habitat). Ces attributs peuvent aider à effectuer des prédictions de limites afin de mieux comprendre, d'imputer des limites manquantes ou de détecter des limites fausses dans les réseaux disponibles. Nous envisageons des modèles combinant des effets de covariables avec une structure latente pour évaluer la qualité de ces prédictions, évaluer la fraction de variabilité inexpliquée. Ces modèles nous permettront également de simuler l'évolution des réseaux dans divers scénarios de changements globaux.

Le consortium a obtenu des résultats dans l'ensemble des work packages du projet, qui se sont concrétisés par des publications scientifiques dans les meilleures revues internationales de la discipline, des thèses et de la production logicielle (voir anr.hal.science/search/index/ ). Le consortium a également produit une formation de cinq jours, intitulée “Analyse de réseaux d’interactions en écologie“ dont l’objectif est de former de jeunes chercheur·e·s à l’analyse de données de réseaux écologiques. Le contenu a été produit par les membres du consortium et la formation a été dispensée durant 2 années consécutives (2024, 2025), par ses membres, avec l'appui logistique du Cesab – Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité – de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB). Des membres du projet ont également produit une action de diffusion vers le grand public, avec cette vidéo en français ( www.youtube.com/watch ) et en anglais ( www.youtube.com/watch ).

Les interactions des membres du consortium autour de problématiques dans la continuité du projet EcoNet continuent, mais à un rythme moins soutenu dû à l'arrêt des financements.

Le projet vise à développer des méthodes statistiques pour analyser différents types de réseaux écologiques : trophiques, mutualistes, de compétition ou antagonistes et systèmes hôtes-parasites. Nous créons un consortium unique alliant des chercheurs en statistique appliquée avec une longue expérience de la modélisation du vivant et des écologues à l'avant-garde de leur science, pour s'attaquer aux défis de la modélisation statistique avancée des réseaux écologiques. Notre proposition inclut : 1) l'intégration des dimensions temporelles et spatiales dans la modélisation des réseaux écologiques et le développement d'outils de comparaison de réseaux le long de gradients environnementaux ; 2) l'intégration des interactions multiples, en utilisant les informations de covariables disponibles (traits, distributions, phylogénies,...) ; 3) la prise en compte des effets de l'échantillonnage dans nos analyses et 4) la prédiction de réponses de l'écosystème à des changements environnementaux.

Coordination du projet

Catherine Matias (Laboratoire de Probabilités, Statistiques et Modélisations)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

LPSM Laboratoire de Probabilités, Statistiques et Modélisations
MIA-Paris Mathématiques et Informatique Appliquées
LBBE BIOMÉTRIE ET BIOLOGIE EVOLUTIVE
ISEM Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier
IEES Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris
Evo-Eco-Paleo Evolution, Ecologie et Paléontologie

Aide de l'ANR 516 132 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2018 - 48 Mois

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