Réduire les préjugés à travers l'approche de la cognition incarnée et située : prise en compte du corps et de son contexte – ESPRIT
L’Europe et la France doivent gérer une crise sociale majeure, faisant face d’une part à la menace engendrée par des attaques terroristes et d’autre part à l’arrivée de vagues de migrants inédites, et qui ont engendré des divisions au sein des gouvernements et des populations. Dans une Europe qui ferme ses frontières, le terrain est propice à l’émergence d’actes de racisme et d’intolérance menaçant les principes fondamentaux de fraternité et d’égalité. Dans un tel contexte, la question des préjugés et de l’intégration intergroupe devient cruciale. Or, ces préjugés sont souvent exprimés de manière latente et indirecte. Cette forme de préjugés est très liée aux attitudes « implicites » négatives envers les membres du hors-groupe, attitudes qui prédisent fortement les actes discriminatoires. Celles-ci reposent sur des informations stockées en mémoire qui sont façonnées par les expériences passées avec les membres du hors-groupe. Ainsi, lors de contacts interpersonnels, notre mémoire encode des traces sensorimotrices extraites à partir d’une multitude d’indices. Les comportements passés émis envers autrui sont donc des déterminants essentiels des préjugés. Au niveau basique, ces comportements interpersonnels peuvent être catégorisés en tant que réactions d’approche ou d’évitement envers l’autre. L’approche et l’évitement sont définis respectivement comme une diminution ou une augmentation de distance. Ceux-ci sont fortement liés aux processus évaluatifs : les évaluations positives (négatives) activent de l’approche (évitement). Il est à noter que cette relation entre les réactions comportementales et les évaluations est bidirectionnelle : il s’ensuit qu’approcher un individu nous amènerait à l’apprécier. Ce projet va au-delà de cette observation en se focalisant sur l’impact de l’approche envers autrui sur les préjugés dans une perspective totalement incarnée et située. Ce travail repose donc sur des modèles de cognition incarnée dérivés de la philosophie et de la psychologie afin d’examiner la facette comportementale de l’interaction dans toute sa complexité. Ceci ouvre la voie vers une approche écologique de l’étude des interactions. Ce faisant, cela nous permet : (a) d’établir la validité écologique de la réduction des préjugés en incluant une étude de la temporalité du phénomène ; (b) d’opposer les modèles explicatifs des processus évaluatifs, et (c) de proposer des solutions pour développer des interventions innovantes et efficaces afin de réduire les préjugés. Ce projet sera structuré autour de trois tâches. Dans la tâche 1, nous développerons une procédure innovante afin de manipuler des comportements d’approche/évitement écologiques et évaluer leurs effets sur les préjugés. Afin de garantir le caractère situé de nos études, nous allons dériver des éléments issus de la philosophie et de la psychologie, deux domaines au sein desquels la cognition incarnée a été longuement débattue. Au regard de ces développements théoriques, nous allons créer une procédure dans un Environnement de Réalité Virtuelle où les participants interagiront avec des avatars. Nous étudierons différentes situations afin d’inclure l’aspect situé des interactions interpersonnelles. Dans la tâche 2, nous utiliserons la procédure développée précédemment et évaluerons l’influence des émotions (omniprésentes dans les interactions) sur l’effet de l’approche sur les préjugés. Dans la tâche 3, nous étudierons les mécanismes sous-jacents de cet effet en opposant systématiquement deux modèles explicatifs de l’impact des comportements interpersonnels sur les évaluations. La compréhension du rôle des comportements d’approche dans la réduction des préjugés contribuera à des avancées tant théoriques qu’appliquées. A un niveau théorique, ce projet enrichira nos connaissances dans les domaines des préjugés, des processus évaluatifs et de la cognition incarnée. A un niveau appliqué, cela nous permettra de proposer des interventions efficaces pour réduire les préjugés.
Coordination du projet
THEODORE ALEXOPOULOS (Université Paris Descartes - Laboratoire Psychologie sociale, menaces et société)
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Partenariat
LPS Université Paris Descartes - Laboratoire Psychologie sociale, menaces et société
Aide de l'ANR 283 439 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2016
- 48 Mois