FRAL - Programme franco-allemand en Sciences humaines et sociales 2014

Les effets de la politique familiale sur l'offre de travail et la fertilité: évidence empirique à partir d'un modèle structurel dynamique estimé pour la France et pour l'Allemagne. – FamPol

Les effets de la politique familiale sur l’offre de travail et la fécondité

évidence empirique à partir d’un modèle structurel dynamique estimé pour la France et pour l’Allemagne

Enjeux et objectifs

Bien que l’Allemagne et la France soient des pays similaires du point de vue socio-économique, leurs taux de fécondité respectifs se situent à deux extrêmes dans la distribution sur tous les pays de l’OCDE. La politique familiale allemande tente depuis plusieurs années d’accroître ce taux, mais longtemps sans aucun signe tangible de succès. Nous avons dans ce projet réalisé une comparaison plus systématique entre l’Allemagne et la France, basée sur la théorie économique, avec une modélisation détaillée de la politique familiale et du marché du travail, et traitant de manière adéquate l'hétérogénéité des préférences des ménages. L’objectif poursuivi dans notre projet est de développer un modèle de cycle de vie qui puisse être estimé empiriquement, et dans lequel les choix de fécondité, de carrière et d’offre de travail sont endogènes. Le modèle est dynamique, les femmes réalisent des choix de carrières en fonction de leur niveau de fécondité souhaité et du coût que représente une interruption de carrière. Nous avons utilisé le modèle pour simuler des changements affectant le système de congé parental, ainsi que pour approximer la frontière efficace de fécondité et de participation au marché du travail, à niveau global constant des dépenses publiques.<br />Les résultats principaux résultats empiriques montrent que les choix individuels sont sensibles à la politique familiale poursuivie en France et en Allemagne, et ont été directement impactés par les réformes de ces dernières années.

1) Portée et limites des politiques familiales
Avant de se lancer dans une étude empirique sur les conséquences des politiques familiales, nous nous sommes interrogés sur la portée et les limites des politiques familiales sur les comportements individuels.
Melindi Ghidi et Seegmuller (2017) ont réalisé une contribution théorique montrant, que même dans des régions très similaires de tous les points de vus, les taux de fécondité peuvent s’établir à des niveaux très différents. Les naissances étant irréversibles, les décisions de fécondités sont prises par des individus forcés à anticiper les conditions futures de l’économie, de l’accueil de leurs enfants, et dans ce contexte, des dynamiques différentes peuvent émerger dans des régions objectivement homogènes. Les données pour les départements français illustrent à quel point les taux de fécondité diffèrent entre des départements parfois très homogènes (comme le Bas-Rhin et le Haut-Rhin par exemple).
Par ailleurs, d’Aspremont et Dos Santos Ferreira (2018) ont caractérisé différents types d’organisation interne des ménages, qui recouvrent la situation d’un ménage constitué de membres parfaitement coopératifs, mais également celle où les membres sont complètement autonomes, et des situations intermédiaires entre ces deux extrêmes. Ils ont montré que cette organisation interne du ménage est d’une importance cruciale pour évaluer les conséquences des politiques familiales, notamment.
Conscients des limites existantes dans l'explication des choix individuels, qui échappent dans une certaine mesure à ceux qui essayent de les expliquer, nous mettons en œuvre des méthodes empiriques reposant à la fois sur les expériences naturelles, et sur les modèles structurels de manière à identifier une partie de ces choix, qui est influencée par des variations des politiques familiales.

2) La réforme de la politique familiale de 2014 en France
La réforme familiale d’ampleur la plus récente, a conduit le gouvernement à moduler en 2014 le montant des allocations familiales en fonction des revenus des ménages qui la perçoivent. Nelly El Mallakh (2018) a étudié et quantifié les répercussions de ces réformes sur les comportements des ménages. L’utilisation des statistiques sur les ressources et les conditions de vie, a permis d’identifier deux effets significatifs : la modulation du montant a conduit d’une part, les femmes et les hommes concernés, à augmenter de près de deux heures hebdomadaires leur offre de travail. La réforme a par ailleurs réduit la fécondité, mesurée en termes de probabilité d’occurrence d’une naissance, pour les familles les plus aisées de près de 50 pourcents.

3) L’impact des politiques familiales sur la fécondité en Allemagne et en France
Abiry, Reuss et Stichnoth (2015) et Bonin Reuss et Stichnoth (2016) ont proposé un modèle structurel modélisant les différents aspects de la politique familiale, tels l’allocation à la naissance, les allocations de garde d’enfants, les allocation familiales, etc. Ce qui leur permet d’étudier l’impact des différentes facettes de la politique familiale sur la fertilité totale des ménages. Leurs résultats empiriques confirment l’impact réel des politiques familiales sur le taux de fécondité des femmes. La garde d’enfant est identifiée comme la principale variable d’action pour influencer le taux de fécondité en Allemagne.
Cette approche a été élargie à la France par Koebel, Lanot et Vergnat (2018) dans une contribution analysant simultanément les choix de fécondité et d’offre de travail. L'objectif est d’identifier les impacts de la politique familiale sur ces deux variables, souvent substituables au niveau des ménages.

4) Comment les salaires et l’emploi des femmes sont-ils affectés par le nombre d’enfants ?
L’accès à des données précises sur les salaires des individus, appariées avec des données démographiques a permis à Rodrigues et Vergnat d’étudier la manière dont le nombre d’enfants affecte le salaire des femmes et des hommes, leur participation au marché du travail et le nombre d’heures travaillées sur le court et moyen terme. L’analyse a été réalisée en prenant explicitement en compte le nombre d’enfants, la durée du congé post-natal (congé maternité et congé parental éventuel) ainsi que le temps écoulé depuis leur naissance (en utilisant la technique des doubles différences). Les résultats empiriques mettent en évidence qu’une naissance induit une réduction importante du temps de travail pour les femmes quel que soit le niveau d’éducation. La durée du congé post-natal réduit par ailleurs significativement le salaire des femmes éduquées lors de leur retour à l’emploi. Par contre, on n’observe pas de variations significatives du salaire ou du temps de travail pour les hommes.
Dans une autre contribution utilisant ces données, Rodrigues et Vergnat s’intéressent au retour des femmes sur le marché du travail après la naissance d’un premier enfant, en contrôlant la durée du congé post-natal (à l’aide d’un modèle de durée). Si dans beaucoup de cas, les femmes retournent travailler à temps plein auprès de leur employeur précédant la naissance, certaines changent d’employeur ou de quotité de travail. Rodrigues et Vergnat présentent les déterminants des choix effectués par ces femmes en prenant en compte les caractéristiques individuelles et les caractéristiques de l’entreprise dans laquelle la jeune mère travaillait avant la naissance. Il semble que ce serait l’âge, le salaire offert, l’ancienneté mais également la taille de l’entreprise qui influencerait les choix des jeunes mères.

Les résultats ont été présentés à de nombreuses conférences, et ont été publiés dans plusieurs revues académiques dont par exemple:

d’Aspremont, C. and R. Dos Santos Ferreira, 2018, “Enlarging the collective model of household behavior: A revealed preference analysis,” Economic Theory, forthcoming.
El-Mallakh, N., 2018, “Rethinking Family Policies: Fertility Choices and the Labor Market in France,” working paper BETA n°2018-30, submitted
Koebel B. and G. Lanot, 2018, “Labor supply and housing demand,” mimeo.
Koebel B., G. Lanot and V. Vergnat, 2018, “Unobserved preferences, labor supply, schooling and the number of children,” mimeo.
Melindi Ghidi, P., 2018, “Inequality, Educational Choice and Public School Quality in Income Mixing Communities,” Journal of Public Economic Theory, forthcoming.
Melindi Ghidi, P. and T. Seegmuller, 2017, “The Love for Children Hypothesis and the Multiplicity of Fertility Rates,” AMSE WP 2017-11, in revision.
Rodrigues B. and V. Vergnat, 2018, “The time and the transitions back to work in France after maternity,” BETA-Document de Travail n° 2018 – 14, revised and resubmitted.
Rodrigues B. and V. Vergnat, 2016, “The impact on wages and worked hours of childbirth in France,” BETA-Document de Travail n° 2016 – 48, submitted.
Stichnoth, Holger and Mustafa Yeter, 2016, “Cultural Influences on the Fertility Behavior of First- and Second-Generation Immigrants,” Journal of Demographic Economics, 82, 281-314.

Bien que l’Allemagne et la France soient des pays similaires du point de vue socio-économique, leurs taux de fertilité respectifs se situent à deux extrêmes dans la distribution sur tous les pays de l’OCDE. La politique familiale allemande tente depuis plusieurs années d’accroître ce taux, mais sans aucun signe tangible de succès. Nous pensons qu’il y a beaucoup à apprendre d’une comparaison systématique entre l’Allemagne et la France, basée sur la théorie économique, avec une modélisation détaillée de la politique familiale et du marché du travail, et traitant de manière adéquate l'hétérogénéité des préférences des ménages.
L’objectif poursuivi dans notre projet est de développer un modèle de cycle de vie qui puisse être estimé empiriquement, et dans lequel les choix de fertilité, de carrière et d’offre de travail sont endogènes. Le modèle est dynamique, les femmes réalisent des choix de carrières en fonction de leur niveau de fertilité souhaité et du coût que représente une interruption de carrière. Ce coût est influencé par la politique familiale du pays, par le biais par exemple des frais de garde des enfants, du niveau des prestations familiales, ou du revenu de remplacement durant le congé de maternité. Ce coût varie également avec le type de carrière choisi : la dépréciation du capital humain, et les renoncements aux promotions varient avec les menus de tâches associées aux différents métiers exercés. Notre approche inclut le choix d'obtenir un diplôme universitaire comme variable de décision. La modélisation de l’hétérogénéité des préférences pour l’éducation, le travail et la fertilité garantit que nous n’allons pas attribuer à tort les différences dans les décisions prédites à des différences de contexte institutionnel. Nous réalisons de nombreux tests de spécification des modèles, et vérifions notamment la qualité des prédictions hors-échantillon.
L’estimation de modèles comparables pour l’Allemagne et la France nous permettra de décomposer les différences obtenues en termes de prédiction en trois types de composantes : l’une liée à la politique familiale, une autre au marché du travail et une troisième aux préférences des agents. Nous serons également en mesure d’identifier les interactions entre les trois types de facteurs explicatifs retenus. Notre application principale concernera la réforme du revenu de congé parental introduite en Allemagne en 2007. Contrairement aux études quasi-expérimentales existantes, l’approche structurelle dynamique nous permettra de quantifier séparément les effets de la réforme, en isolant l’impact de la réforme des changements concomitants tels l’extension des structures d’accueil des jeunes enfants, et permettra de prédire les réactions de long terme de la fertilité á différentes réformes. Enfin, nous utiliserons le modèle pour simuler des changements affectant le système de congé parental, ainsi que pour approximer la frontière efficace de fertilité et de participation au marché du travail, à niveau global constant des dépenses publiques.

Coordination du projet

Bertrand KOEBEL (Bureau d'Economie Théorique et Appliquée)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Economics, Uni Bonn Universität Bonn, Department of Economics
BETA Bureau d'Economie Théorique et Appliquée
ZEW (Mannheim) Zentrum für Europäische Wirtschaftsforschung, Mannheim

Aide de l'ANR 131 040 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2014 - 36 Mois

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