Blanc SVSE 4 - Blanc - SVSE 4 - Neurosciences

Neuroéthologie des comportements sociaux chez le singe – NEMOS

Résumé de soumission

Nous évoluons dans un environnement complexe, animés par des buts plus ou moins définis, à la recherche d’un abri, de ressources, ou de simples distractions. Mais à l’exception de l’ermite retiré dans sa forêt, l’espace de vie humain est foncièrement social. Depuis quelques années, les chercheurs en sciences humaines et en éthologie utilisent des approches similaires pour comprendre l’évolution et la dynamique des réseaux sociaux. Parallèlement, des travaux ont permis de révéler certains mécanismes cérébraux de la socialité, avec des implications pour les pathologies comme l’autisme, l’anxiété et la dépression, auxquelles sont associées des anomalies et une réduction des interactions sociales. Des études chez le rongeur ont permis d’identifier certains gènes et neuromodulateurs impliqués dans les comportements sociaux. Notre connaissance de ces mécanismes reste pourtant fragmentaire et peu de données existent sur les espèces proches de l’homme à la fois au plan de l’organisation cérébrale et du répertoire comportemental. Le primate non-humain constitue un modèle précieux à cet égard puisque, comme nous, les singes vivent en groupes de grande taille, cherchent collectivement et partagent les ressources alimentaires, utilisent des modes de communication à base de signaux visuels et vocaux. Nous étudierons ici les mécanismes impliqués dans le comportement social du macaque, en associant trois méthodes : analyse des interactions sociales en conditions semi-naturelles, manipulations pharmacologiques, et enregistrements ciblés de l’activité cérébrale. Cette approche neuro-éthologique est en partie exploratoire et permettra également de tester différentes hypothèses de travail. Une nouvelle technique d’enregistrement vidéo à haut débit et des méthodes statistiques de l’analyse des réseaux seront utilisés pour quantifier l’utilisation de l’espace, les connections sociales, la hiérarchie de dominance, la force et la direction des interactions, et ces données seront mises en relation avec l’analyse des variations naturelles de certaines hormones et neurotransmetteurs. Seront étudiés dans ce contexte les effets de manipulations environnementales et pharmacologiques, en particulier de l’ocytocine (OT) dont le rôle dans les comportements affiliatifs est démontré chez l’homme et le rongeur, mais qui est très peu étudié chez le primate non-humain. Nous étudierons les interactions entre signalisation ocytocinergique, facteurs environnementaux et variations individuelles du degré de socialité. Nous prédisons notamment que la facilitation de l’OT induira une augmentation plus forte de comportements affiliatifs (blottissement, épouillage) suite à un stress induit par l’isolement temporaire chez les animaux à faible niveau de socialité (et bas niveau basal d’OT) que chez ceux à niveau élevé de socialité. L’inhibition de l’OT pourrait en revanche diminuer ce type d’activité sociale principalement chez les singes de haut rang qui occupent un rôle central dans le réseau social. Enfin, des enregistrements par télémétrie de l’activité neuronale seront réalisés dans l’amygdale et dans l’hippocampe antérieur, qui sont impliqués dans la mémoire et le codage de la saillance émotionnelle. Les objectifs sont de relier les changements de l’activité oscillatoire de populations neuronales aux différents modes d’interaction (affiliatifs ou agonistiques), au rôle de l’individu dans l’interaction (donneur ou receveur) et aux phases comportementales (initiation et terminaison), et d’évaluer l’effet de la facilitation et de l’inhibition de l’OT sur ces patterns d’activité neuronale. Nous pensons qu’une meilleure compréhension des mécanismes neuronaux impliqués dans les comportements sociaux du singe pourra éclairer de façon instructive les comportements humains analogues, et que les résultats escomptés permettront d’établir un socle empirique à de nouveaux modèles animaux des comportements sociaux normaux et pathologiques.

Coordinateur du projet

Centre de Neuroscience Cognitive (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Centre de Neuroscience Cognitive

Aide de l'ANR 444 323 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2013 - 42 Mois

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