Déficits cognitifs dans la dépendance aux drogues et troubles mentaux comorbides – MobiCog
Contexte. Les troubles mentaux liés à l’abus de drogue sont une priorité majeure de santé publique du fait de leur forte prévalence, des conséquences néfastes engendrées et de la forte comorbidité avec d’autres troubles mentaux. Parmi les nombreux traits de vulnérabilité à ces troubles, une attention particulière s’est portée sur les déficits dans les fonctions exécutives, comme la planification de l’action et la prise de décision, qui pourraient expliquer pourquoi certains individus sont incapables de contrôler leur consommation de drogue. De plus, les troubles mentaux souvent associés à la dépendance à une drogue sont souvent caractérisés par les mêmes déficits et les mêmes traits, expliquant peut être ces taux élevés de troubles comorbides. Toutefois, les recherches actuelles sur l’hypothèse d’une « vulnérabilité partagée » ont été entravées par deux obstacles méthodologiques majeurs. Le premier concerne le fait que la recherche clinique sur ce thème s’est attachée à moyenner des différences dans les capacités cognitives entre sujets contrôles et patients, plutôt que de s’adresser aux fluctuations dans les fonctions exécutives et leur lien immédiat avec la consommation de drogue. Cet obstacle fondamental peut être maintenant surmonté grâce aux avancées des technologies mobiles qui permettent la collecte de données ambulatoires dans la vie de tous les jours des patients. Ces méthodes, qui ont été largement validées par des partenaires de ce projet n’ont pas encore été adaptées aux fluctuations des fonctions cognitives. Un deuxième obstacle concerne l’incapacité à vérifier le rôle étiologique des déficits chez des individus déjà affectés par un trouble d’abus de substance. Pour cette raison, les modèles animaux permettent de vérifier le risque constitué par les déficits exécutifs existant au préalable, dans la transition vers la dépendance. Objectifs. L’objectif principal de ce projet est d’examiner dans quelle mesure les déficits exécutifs et les traits associés sont des facteurs communs de vulnérabilité à la dépendance à une substance et à d’autres troubles psychiatriques. Le deuxième objectif est d’utiliser un modèle animal capable d’examiner le rôle de ces déficits dans le développement et la persistance de la dépendance aux drogues. Méthodes. La phase initiale de recherche clinique consistera en un protocole d’enregistrement ambulatoire qui sera développé avec une programmation en langage Java et compatible avec un smartphone. Cet outil inclura des mesures déjà validées, d’utilisation de substances, d’émotion, de stress et d’impulsivité et fournira de nouvelles applications pour la mesure des fluctuations des fonctions exécutives. Ensuite, 160 individus seront recrutés présentant une dépendance aux drogues, des troubles de l’humeur, une schizophrénie ou ne présentant aucun trouble psychiatrique. Tous les participants seront soumis à une batterie neuropsychologique incluant l’Iowa Gambling task (IGT) pour tester les capacités de prise de décision, et participeront à un enregistrement ambulatoire d’une semaine avec 5 évaluations par jour. En parallèle, le modèle animal appliquera la version de l’IGT pour caractériser la prise de décision adaptée et inadaptée, et certains traits comportementaux tels que la flexibilité cognitive, l’impulsivité, la prise de risque pour révéler leur association avec le risque de dépendance (héroine, cocaïne, nicotine) par des études semi-longitudinales. Résultats attendus. Ces recherches constituent une proposition de recherche translationnelle qui associe des évaluations cliniques de pointe avec un nouveau modèle validé de dysfonctionnement exécutif prometteur chez le rongeur. Cette association unique devrait fournir des informations actuellement manquantes dans la compréhension de l’étiologie des risques de dépendance aux drogues et sa persistance et répondra directement aux questions actuelles de la littérature scientifique internationale.
Coordination du projet
Joel SWENDSEN (Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d'Aquitaine)
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Partenariat
CNRS UMR 5287 Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d'Aquitaine
CNRS USR 3413 Sommeil, Attention et Neuropsychiatrie
CNRS UMR 5287 Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d'Aquitaine
Aide de l'ANR 194 734 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2012
- 36 Mois