Modulation de la Durée Perçue par des Facteurs Contextuels (Mouvement) et Dopaminergiques: Une Approche Intégrant la Psychophysique, l'Imagerie Fonctionnelle, l'Electrophysiologie et la Psychopharmacologie – PeDu
Depuis que les humains réfléchissent à la notion du temps et à sa perception, ils l'ont associé au mouvement (Aristote, -350; Spencer, 1855). Depuis Leibniz (passim Vailati, 1997) et Einstein, le mouvement a été conceptualisé en termes relativistes. La perception du temps doit donc être également relative ou contextuelle. Par exemple, l'estimation explicite d’une durée objective peut apparaître plus ou moins longue selon l'attention que l’on y porte (« le temps s’envole quand on s'amuse » ou « un pot que l’on surveille ne bout jamais », James, 1890), ou selon la vitesse des objets que l’on y regarde (Brown, 1995; Kanai et al, 2006). L'information temporelle inhérente au mouvement peut également être utilisée pour optimiser notre comportement moteur nous permettant d'anticiper un événement (mesure « implicite » du temps). Par exemple, lors de la traversée d'une rue fréquentée, nous utilisons la trajectoire d'une voiture qui nous approche afin de déterminer le temps dont on dispose pour une traversée en toute sécurité. Toutefois, la mesure dans laquelle l’estimation explicite ou implicite du temps est sensible au mouvement des objets environnants plutôt qu’au mouvement de l’objet qui nous préoccupe, est encore inconnue. Un des objectifs majeurs du présent projet est d'examiner comment des mouvements contextuels affectent notre perception explicite et implicite du temps, et d'évaluer le substrat neurophysiologique de cette modulation. Cependant, la perception du temps ne dépend pas exclusivement des paramètres physiquesde la stimulation (comme la vitesse d’un mouvement). Elle est également modulée par des facteurs internes, tels que l'état neurochimique du sujet. Il a été montré que le neurotransmetteur dopamine (DA) joue un rôle crucial dans l'estimation du temps (e.g. Meck 1986; Meck 1996; Rammseyer, 1997; Coull et al 2010). Le deuxième objectif majeur de ce projet est d'examiner la modulation par la DA de l’estimation explicite et implicite du temps, et de son interaction avec les facteurs contextuels (mouvement) chez l'homme sain et chez le singe. Probablement du fait d’une perte importante des neurones dopaminergiques qu’entraine la maladie de Parkinson, ces patients sont connus pour avoir des difficultés à juger le temps (Artieda et al 1992; Harrington et al, 1998;. Rao et al 2001). Le troisième objectif du projet est d'évaluer la mesure dans laquelle les facteurs contextuels affectent la durée perçue par les patients parkinsoniens.
Nous proposons ici une approche expérimentale pluridisciplinaire de la modulation contextuelle et dopaminergique de l’estimation explicite et implicite du temps en faisant usage d'un paradigme expérimental unitaire. Le paradigme permet l'exploration de ces facteurs dans des conditions expérimentales identiques en utilisant trois techniques complémentaires (psychophysique, électrophysiologie et IRMf). Ce paradigme sera utilisé à la fois avec les humains (psychophysique, IRMf) et les singes (psychophysique, électrophysiologie), avec des volontaires sains et avec des patients atteints de la maladie de Parkinson.
Ainsi, les trois questions centrales abordées sont :
• Les effets contextuels du mouvement visuel sur l’estimation explicite et implicite du temps et leurs substrat neuroanatomique (IRMf) et neurophysiologique (électrophysiologie)
• Les effets dopaminergiques sur l’estimation explicite et implicite du temps chez des volontaires sains
• L’estimation explicite et implicite du temps chez les patients parkinsoniens
Coordination du projet
Andrei Gorea (Laboratoire Psychologie de la Perception, Université Paris Descartes et CNRS (UMR 8158))
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Partenariat
Pitié-Salpétrière Département de Neurologie , Hôpital Pitié-Salpétrière
IoNS Institute of Neurosciences
LPP Laboratoire Psychologie de la Perception, Université Paris Descartes et CNRS (UMR 8158)
LNC Laboratoire de Neurobiologie de la Cognition
INSERM Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
Aide de l'ANR 294 923 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2012
- 42 Mois