Blanc SHS 2 - Blanc - SHS 2 - Développement humain et cognition, langage et communication 2012

Exploration fonctionnelle des formes non-exécutives de la conscience – NonExCo

Résumé de soumission


La nature humaine ne peut pas être réduite à la liste de nos activités quotidiennes (manger, dormir, se reproduire, gagner de l'argent). Nous savons que nous agissons, nous pouvons communiquer nos sentiments, planifier, raisonner: nous sommes des êtres conscients. L'étude de la conscience a longtemps été le domaine réservé des philosophes, mais depuis une vingtaine d'années les études scientifiques de la conscience sont en plein essor. Les méthodes de la psychologie expérimentale et des neurosciences cognitives ont été appliquées avec succès pour montrer que différentes formes de conscience doivent être distinguées et identifier une série d'étapes de traitement nécessaire à la prise de conscience d'un stimulus. Cette ligne de recherche a fort bien expliqué les fonctions cognitives qui accompagnent la conscience, telle que l'attention, la mémoire, le contrôle. Il est toutefois apparu récemment que ces fonctions peuvent opérer indépendamment de la conscience. Nous avons notamment montré que au niveau neuronal, conscience et attention peuvent être implémentées indépendamment. Tous ces résultats récents indiquent donc que la conscience ne se limite pas aux fonctions cognitives qui l'accompagnent souvent (attention, contrôle,…): comprendre la conscience uniquement à travers le prisme des fonctions cognitives est sans doute trop réducteur. En particulier, la part la plus privée de la conscience, celle qui génère l'expérience subjective, reste non expliquée: voir un objet évoque une sensation, pas seulement un comportement adapté.
La métaphore du cerveau ordinateur a été très efficace pour expliquer bon nombre de fonctions cognitives. Elle pourrait toutefois ne pas s'appliquer à l'expérience subjective: un ordinateur, même du dernier modèle, ne nous apparaît pas conscient. La proposition faite ici est que pour qu'un stimulus génère une expérience subjective, pour qu'il soit incorporé dans notre vie mentale interne, il doit non seulement être traité par le cerveau mais aussi intégré dans la représentation neuronale du schéma corporel, même si ce stimulus n'a pas de charge émotionnelle. En d'autres termes, pour que la conscience émerge, nous aurions besoin d'un cerveau mais aussi d'un corps. En nous appuyant sur des résultats préliminaires encourageants, nous allons tester 3 hypothèses spécifiques. Dans la tâche 1, nous testerons si l'expérience subjective et les performances cognitives peuvent être distinguées, sur le plan comportemental et au niveau neuronal. Dans les tâches 2 et 3, nous testerons l'hypothèse que la réentrée, un concept central à toutes les théories de la conscience car considéré comme un moyen pour l'esprit de "se parler à soi-même", peut être étendue à deux boucles corps-cerveau: la boucle cerveau-cœur et la boucle cerveau-système nerveux entérique (ou gastro-intestinal). Ce dernier, bien que peu étudié en neurosciences cognitives, est un système complexe avec plusieurs centaines de millions de neurones, qui est suspecté jouer un rôle dans les émotions et la cognition, même si cela reste à démontrer.
Nos résultats devraient permettre de déterminer l'importance des boucles corps-cerveau dans l'émergence de la conscience. Mieux comprendre la conscience est et reste une question centrale, qui touche à la définition de la nature humaine. Cette compréhension a également des implications pratiques. En effet, elle pourrait contribuer à améliorer les outils objectifs de mesure de la conscience, nécessaires pour établir si des patients incapables de communiquer sont néanmoins conscients. Ce cas peut se produire chez des patients sortant du coma, ou bien lors d'éveil pendant une chirurgie, qui peut laisser le patient avec des souvenirs éprouvants. Plus généralement, nos travaux pourraient ouvrir de nouvelles voies dans l'étude des interactions corps-cerveau, que l'on suppose avoir un rôle important dans les fonctions cognitive, émotionnelle mais aussi immunitaires, comme dans l'effet placebo.

Coordination du projet

Catherine TALLON-BAUDRY (Laboratoire de neurosciences cognitives)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

INSERM-DR XII Laboratoire de neurosciences cognitives

Aide de l'ANR 199 992 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2012 - 36 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter