FRAL - Programme franco-allemand en SHS

La lettre en Péninsule ibérique et dans l’Occident latin : héritages et transformations d’un genre littéraire (IVe-XIe siècles). – Epistola

EPISTOLA. La lettre en péninsule Ibérique et dans l’Occident latin. Héritages et transformations d’un genre littéraire (IVe-XIe siècle)

A partir du Bas-Empire, le genre épistolaire connaît un renouveau, en particulier sous l’influence du christianisme. Ce genre littéraire, hérité de l’Antiquité, se diversifie et devient un genre protéiforme. Or, s’il bénéficie de nombreuses études littéraires, il reste encore à lui octroyer toute sa place dans les recherches historiques, tout particulièrement pour la fin de l'Antiquité et le Haut Moyen Age.

Fédérer et accélérer les travaux sur l’epistola dans une perspective résolument pluri-disciplinaire et trans-nationale

Par la qualité et la variété de la correspondance, l’importance des contacts avec le reste de l’Occident et les problèmes posés par son originalité culturelle, l’espace ibérique latin constitue une excellente plate-forme pour une analyse des pratiques épistolaires. Ce programme obéit à deux objectifs essentiels. Le premier est de présenter, éditer et traduire plusieurs corpus épistolaires encore mal connus et difficilement accessibles. Le second est de mieux comprendre le succès du genre épistolaire dans l’espace, la société et le temps. D’un point de vue thématique, les travaux ne privilégieront pas la dimension politique de la lettre, étudiée dans une perspective plus large, pour l’ensemble du Moyen Age occidental et oriental, dans les colloques « Epistolaire politique » de Bruno Dumézil et Laurent Vissière ; en revanche, ils s’intéresseront aux autres formes de pouvoir, notamment ecclésiastique, et donc aux relations entre politique et religion. Ils seront guidés par trois thèmes essentiels, repris par les trois colloques internationaux annuels prévus. 1/ Stylistique et rhétorique. Dans une perspective littéraire, il convient de ne plus dissocier l’étude de l’énoncé de celle de son énonciation, bref d’analyser de conserve le contenu et le contenant, 2/ Contextes de la transmission et de la tradition. La transmission et la tradition des lettres trahissent leur importance. En effet, elle participe d’un échange, qui parfois la dépasse largement. Se pose alors tout le problème de la réception de la lettre et de sa portée, y compris au travers de sa falsification. 3/ Pratiques épistolaires. Il reste enfin à contextualiser cette source dans son environnement historique, afin de mieux comprendre la pratique épistolaire dans les enjeux culturels, sociaux, religieux et politiques du temps. L’epistola se trouve véritablement à l’interface des héritages antiques, païen et chrétien, et de nouveautés qui expliquent son prodigieux essor.

Notre travail est articulé autour de quatre pôles principaux, impliquant avant toute chose un important travail d’édition de lettres. 1/ Plusieurs de ces missives sont uniquement connues par des éditions anciennes, parfois fautives et difficilement accessibles. Nombre d’épistoliers de l’Espagne wisigothique demeurent ainsi mal connus, alors même que leurs lettres constituent des sources historiques de premier ordre. 2/ Styles épistolaires et procédés rhétoriques. Dans une tradition toute antique, le style très libre peut avant tout exprimer des sentiments, afin de pallier l’éloignement. La lettre peut aussi développer une rhétorique particulière, afin de devenir un instrument de pouvoir et une arme de guerre. Mais, d’un point de vue stylistique, la lettre reste aussi le lieu du formulaire, hérité de l’Antiquité et à l’origine de l’acte médiéval, notamment privé. 3/ Transmission et tradition de la lettre. L’existence même d’échanges épistolaires dépend naturellement en partie du contexte, tant la correspondance peut souffrir des difficultés de communication. Mais notre connaissance de cette correspondance dépend aussi étroitement de sa conservation. L'étude de la tradition épistolaire permet alors de mettre en évidence l’existence de véritables collections ou recueils épistolaires, dont l'analyse permettra de mieux connaître les modalités d’intégration des lettres et leur influence sur la culture. Enfin, l’étude de la tradition manuscrite est indissociable de celle de la falsification. 4/ Pratiques épistolaires. De par sa fonction d’échange, la lettre est étroitement tributaire de son contexte d’élaboration et se trouve au cœur des relations sociales. Il y a bien des pratiques épistolaires, dont l’analyse ne pourra s’effectuer qu’au travers d’une étude conjointe du contenant et du contenu. En effet, la lettre ne se contente pas de révéler les enjeux de pouvoirs : elle est aussi acteur.

Ce travail s'organisera à partir de séminaires thématiques : « Isidore » (Poitiers), « Epistolographie wisigothique » (Madrid), « Lettre diplomatique » (Madrid), « Lettres pontificales » (Erlangen) et « Epistolographie ‘mozarabe’ et carolingienne » (Erlangen). En partant de leurs sources respectives, les participants aux séminaires réfléchiront à la définition de leur corpus, aux modalités de l’édition de textes (objectifs, choix des manuscrits, variantes retenues, classement des lettres, etc.), aux difficultés éditoriales posées par ce genre protéiforme et aux raisons de son succès.
Ces séminaires prépareront aussi la tenue de trois colloques internationaux à Poitiers (« Le genre épistolaire : définitions et genres apparentés »), à Erlangen (« Tradition, transmission et communication ») et à Madrid (« La lettre dans son environnement social »). Enfin,une base de données rassemblera les éléments nécessaires à l'édition d'une lettre, ainsi que la nouvelle édition en cours, une grille d’analyse et, éventuellement, une traduction.

EPISTOLA tisse des liens avec d’autres programmes traitant de questions similaires. Ainsi, le Centre d’Etudes sur l’Antiquité Rémanente (composante de l'Equipe d'Accueil 173 CEMA, Centre d'Etudes du Moyen Age), dirigé par Christiane Veyrard-Cosme, est rattaché au programme EPISTOLA. Par ailleurs, EPISTOLA est associé au programme de recherche initié par Bruno Dumézil et Laurent Vissière sur l’ «Epistolographie politique au Moyen Âge«.

Les publications prévues sont : un regeste de documents épistolaires pontificaux, IVe s.-711 (publication envisagée chez Vandenhoeck & Ruprecht), ainsi que cinq éditions critiques de sources, parfois assortis de traductions : Lettres d’Isidore (publicatio

A partir du Bas-Empire, le genre épistolaire connaît un renouveau, en particulier sous l’influence du christianisme. Ce genre littéraire, hérité de l’Antiquité, se diversifie et devient un genre protéiforme. Or, s’il bénéficie de nombreuses études littéraires, il reste encore à lui octroyer toute sa place dans les recherches historiques. A côté de nécessaires nouvelles éditions, c’est un vaste travail de traduction, de critique textuelle et de contextualisation, documentaire et historique, de cette source qui reste à effectuer, afin de mieux comprendre ses logiques propres, sa grande ductilité et son importance politique, religieuse et sociale. La Péninsule ibérique offre un excellent point de départ pour un tel travail, par la qualité et la variété de la correspondance, ses contacts avec le reste de l’Occident et son originalité culturelle – qui la distingue très nettement du monde franc. Ce projet franco-allemand ambitionne donc de fédérer et d’accélérer les travaux sur l’"epistola" dans une perspective résolument pluridisciplinaire et transnationale en réunissant des chercheurs essentiellement allemands, français et espagnols. Les études projetées concerneront à la fois l’édition de textes, la traduction, l’analyse philologique et historique, autour de trois grandes ‘périodes’ : une longue Antiquité tardive prolongée jusqu’en 711, avec notamment le royaume wisigothique ; l’époque carolingienne et sa querelle adoptianiste ; et la rupture provoquée par la Réforme grégorienne. Outre les échanges qui auront lieu lors des missions de recherches, toutes les rencontres (de tout ou partie des participants) seront franco-allemandes. Ce projet débouchera sur la réalisation d’un regeste de documents épistolaires pontificaux, l’édition de cinq corpus de sources (augmentés d’études), la publication des actes de trois colloques et de deux monographies.

Coordinateur du projet

Laboratoire public

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE POITOU-CHARENTES

Aide de l'ANR 339 986 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2012 - 36 Mois

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