Une Action publique éclatée. Production et Institutionnalisation de l'action Publique dans les secteurs de l'eau potable et du foncier (Bénin, Burkina Faso, Niger) – APPI
En Afrique de l’ouest, dans des contextes où les Etats sont faibles et dépendent de l’aide internationale, la possibilité d’élaborer des politiques sectorielles autonomes et efficaces est en question. Les Réformes, menées dans le secteur des services de base, ont été impulsées par les institutions internationales et sont fondées sur une logique de libéralisation et de privatisation. Au-delà des problèmes de mise en œuvre, ces Réformes ont fait l’objet de bilans mitigés. Face à ces mutations institutionnelles, des acteurs publics, privés ou associatifs ont émergé et contribuent, à l’échelle locale, à la fourniture de ces services. Il en résulte une action publique éclatée, à la faible efficacité.
Pourtant, dans certains pays, on identifie des réformes sectorielles abouties, des innovations locales originales et des régulations publiques qui attestent de la présence de l’Etat. Tout en prenant acte de l’économie politique de ces pays et de leur dépendance, il convient d’interroger empiriquement les rapports entre Etat et bailleurs de fonds, d’examiner les effets de la multiplication des acteurs de l’action publique, et d’identifier les conditions d’une action publique effective.
Le projet propose d’analyser les processus de construction de l’action publique dans des pays sous régime d’aide et de repérer les facteurs qui conduisent - ou non - à son institutionnalisation. Il apportera une contribution au débat sur la nature de l’Etat, les conditions du changement institutionnel et politique, et la possibilité de politiques publiques autonomes dans des Etats dépendants de l’aide.
Des travaux de terrain seront menés sur quelques pays (Bénin, Burkina Faso, Niger) et thèmes (eau potable, foncier), pour permettre un comparatisme de proximité avec des conclusions robustes mises en débat auprès d’acteurs du développement. Il s’agit de deux secteurs clés de l’intervention publique qui relèvent de logiques différentes : une articulation entre logiques marchandes, publiques et associatives pour l’eau potable, et une articulation entre logiques publiques et coutumières pour le foncier.
Le projet étudiera:
- les processus de négociation et de formulation des politiques dans deux secteurs (eau potable, foncier), à l’échelle nationale, en portant une attention particulière aux acteurs (nationaux et internationaux), aux modèles en confrontation, et aux processus de négociations et d’arbitrages ;
- des innovations locales, en identifiant leur origine, les acteurs qui les portent, et les arrangements institutionnels;
- l’articulation entre les échelles d’action, en documentant la façon dont les acteurs locaux interprètent, détournent ou instrumentalisent des dispositifs conçus aux niveaux national ou international, et les médiations par lesquelles ces innovations organisationnelles et institutionnelles locales influent ou non sur les politiques nationales ;
- la problématique de l’articulation entre l’eau et le foncier.
Plusieurs champs disciplinaires (économie institutionnelle, anthropologie du développement, sociologie et sciences politiques) seront mobilisés afin d’élaborer une grille d’analyse commune.
Le projet est original du point de vue des avancées théoriques attendues car les outils de l’analyse des politiques publiques, habituellement utilisés au Nord, seront mobilisés de façon raisonnée dans le contexte d’Etats faibles et dépendants de l’aide. Il est novateur quant à la méthode car il fait dialoguer des disciplines différentes sur des objets d’étude précis (l’eau et le foncier), par la création d’instruments d’analyse communs. Enfin, il établit un partenariat de recherche entre organismes scientifiques et opérationnels de terrain, offrant l’occasion de tester la validité et de mesurer la portée des résultats obtenus. Il inaugure ainsi un travail de recherche de grande ampleur sur les processus de production de l’action publique dans les pays du Sud.
Coordination du projet
Catherine Baron (UNIVERSITE TOULOUSE 1 [CAPITOLE])
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LAM IEP de Bordeaux
GRET GROUPE RECHERCHE ECHANGES TECHNOLOGIQUES
UMR 201 INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT - IRD
CEAN/UMR 5115 CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION AQUITAINE LIMOUSIN
LEREPS UNIVERSITE TOULOUSE 1 [CAPITOLE]
Aide de l'ANR 239 999 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois