Gouvernance des systèmes urbains pour une ville résiliente – RESILIS
Gouvernance des systèmes urbains et techniques pour une ville résiliente
Le projet RESILIS a exploité le concept de résilience de manière à trouver des pistes d’opérationnalisation de ce concept actuel, novateur et porteur dans sa manière d’appréhender les risques dans des zones à forts enjeux telles que les villes. En ce sens, le projet apporte des réponses intéressantes. En particulier, après avoir étudié le concept en détail, des méthodes de construction, et même de co-construction ont été élaborées, aboutissant à un ensemble d'outils pré-opérationnels.
Caractériser la résilience urbaine et opérationnaliser le concept pour permettre aux collectivités d’améliorer la résilience de leur territoire
La société urbaine est de plus en plus complexe avec ses interactions sociales, son fort degré de connectivité et ses objectifs de compétitivité. Si l’urbanité découle de l’accumulation des ressources, de la concentration des pouvoirs, de l’attractivité des territoires et de la culture, elle est aussi un vecteur de risques, dû notamment à cette concentration. Or la gestion des risques est principalement centrée sur la gestion de crise au détriment de la prévention et des plans de rétablissement. Les mesures et les actions sont également dédiées à un seul secteur ou organisation (décideur public, gestionnaire de réseaux, entreprise, services d’urgence) alors que les interdépendances entre organisations, infrastructures et activités sont fortes en milieu urbain. Enfin, la gestion des risques favorise les mesures à court terme et peine à impliquer les populations. Définie comme la capacité d’une ville à absorber la perturbation puis à recouvrer ses fonctions, la résilience urbaine semble répondre à ces nouveaux besoins en matière de gestion des risques car elle permet de répondre aux enjeux identifiés plus haut. Le projet RESILIS vise précisément à développer des solutions innovantes pour l’amélioration de la résilience de la ville : par une meilleure gouvernance multi-échelles et multi-acteurs, par une action sur les populations et par une gestion optimisée des réseaux techniques la structurant.
Considérant ces enjeux, une analyse du système urbain comme système de sous-systèmes favorise une approche intégrée incluant une meilleure compréhension des interdépendances et des interactions entre acteurs. La mise en œuvre des méthodes d’analyse fonctionnelle (issues de la sûreté de fonctionnement) détaille les fonctions internes et les interactions externes existant entre les différents composants de la ville. Puis, une analyse fondée sur l'étude de retours d’expériences, de scénarios de défaillance et en particulier des effets dominos, identifie et évalue les impacts de ces perturbations sur le système urbain. L’analyse des résultats met en avant les composants critiques contribuant à la vulnérabilité ou la résilience de la ville. Une fois le cadre théorique défini, la confrontation avec les perceptions et les compétences des acteurs du territoire permet d’affiner les caractéristiques de la ville résiliente et d’en définir des indicateurs de suivi. En particulier, des outils de diagnostics à réaliser avec les acteurs du territoire (notamment gestionnaires de réseaux) met en avant les mesures techniques et organisationnelles à mettre en œuvre pour contribuer à la résilience globale.
Nous définissons le système urbain comme un système composé de cinq sous-systèmes en interaction. Cette décomposition au niveau macroscopique de la ville laisse ensuite la possibilité de descendre à des niveaux plus fins au sein des systèmes identifiés : la population, les habitats, les entreprises, les infrastructures publiques et les systèmes techniques. Ce découpage met en avant les différentes fonctions assurées par les sous-systèmes, qui seront les enjeux à maintenir face à une perturbation. L’application de méthodes issues de la sûreté de fonctionnement aux systèmes composant le système urbain nous permet d’identifier de manière exhaustive les modes de défaillance possibles et leurs effets sur les fonctions du système urbain. Cette approche innovante constitue un matériau de base très riche pour analyser les scénarios pouvant perturber le système urbain.
Après une revue bibliographique concernant la vulnérabilité et plusieurs méthodes d'évaluation appliquées à des retours d'expérience, nous définissons la résilience urbaine comme la capacité d’une ville à absorber une perturbation puis à recouvrer ses capacités de fonctionnement (Lhomme et al. 2010). Pour compléter les résultats précédents, nous cherchons, à travers l’étude de retours d’expériences positifs, des bonnes pratiques et des indicateurs de la résilience d’une ville. Nous détaillons trois facteurs d’amélioration de la résilience :
• la résilience technique correspond à la capacité des systèmes techniques à supporter une perturbation et à en limiter les effets ;
• la résilience organisationnelle correspond à la capacité des acteurs à adapter leur fonctionnement vis-à-vis d’une perturbation ;
• la résilience culturelle correspond à la capacité des individus, des groupes et plus largement de tous les acteurs de la ville, à faire face à une perturbation, à se remettre rapidement et à reprendre une vie ou une activité normale.
L’activité de recherche menée au sein du consortium a abouti à la mise en place d’une démarche d’amélioration de la résilience des territoires urbains et à 12 outils pour permettre aux responsables de ces territoires de porter cette démarche. Un guide pratique synthétise cette démarche et sera diffusé auprès des collectivités.
Deux focus techniques portant sur le bâtiment et les réseaux d’eau potable proposent des pistes opérationnelles pour aller vers une conception et une gestion résiliente des composants techniques.
Enfin, des propositions concrètes d’outils et méthodes de sensibilisation, de communication et d’information permettent aux collectivités et aux organismes de formation de développer la culture de la résilience, des décideurs aux techniciens et aux citoyens.
L’ensemble des travaux réalisés dans le cadre de RESILIS permettront donc d’accompagner les collectivités ou des sociétés privées dans leur démarche de gestion des risques axée sur l’amélioration de la résilience.
Deux articles figurent au numéro spécial de Natural Hazards and Earth System Sciences : « Natural Hazards Resilient Cities » : l’un sur l’outil d’auto-diagnostic des interdépendances entre services urbains, l’autre sur la résilience du système urbain au changement climatique.
Un colloque international (actes parus chez Taylor & Francis) a été organisé avec la participation du consortium en novembre 2011 : « How the concept of resilience is able to improve urban risk management ? A temporal and a spatial analysis »
Plusieurs communications à vocation de vulgarisation et de valorisation ont été publiées dans les cahiers de l'IAU-IdF, Écocollectivités, ainsi que lors de colloques professionels: congrès de l'ASTEE, rendez-vous annuel de l'EP Loire, club ViteCC, Resilient Cities.
La grande multiplicité des systèmes complexes d?une ville et l?autonomie de direction des systèmes techniques structurants (réseaux de télécommunications filaires, radio, télévision, mobile, réseaux de transports ferrés ou non, réseaux d'eau et d'eaux usées, réseaux d'énergie, etc.), ainsi que les nombreux niveaux territoriaux d'organisation des services et de la gouvernance (Communes, Groupement de communes, Département, Région, Etat, Europe), génèrent en cas de problèmes des dysfonctionnements graves. Les nombreuses interactions entre ces divers systèmes accroissent encore la fragilité globale, alors même que cette multiplicité pourrait être exploitée pour la transformer en redondance en en développant l'interopérabilité. Ces dysfonctionnements sont de plus en plus mal supportés par des populations urbaines, nombreuses, socialement et culturellement très diverses, stressées par un quotidien exigeant et exprimant souvent de fortes attentes vis à vis de leurs environnements tant techniques que social ou humain. Le système urbain dans son ensemble, comme chacun des systèmes qui le composent, est potentiellement vulnérable aux aléas liés au changement climatique, aux risques naturels, technologiques ou aux actes de malveillance. Ces aléas ne sont pas nouveaux en eux-mêmes, mais ce qui est nouveau c?est leur fréquence et leur intensité. Malgré des causes différentes, les conséquences de ces événements, notamment par rapport à un retour à une situation d?équilibre considérée comme équivalente à la situation antérieure, sont de même nature (interruption de service, destructions, etc.), c?est pourquoi ils peuvent être intégrés dans la même approche. L?objectif majeur de RESILIS sera donc de proposer des moyens de diminuer la vulnérabilité du système et de faciliter la reprise et la continuité des activités. On recherchera, grâce à une approche systémique orientée sur la durée, des réponses d'abord organisationnelles et méthodologiques pour : 1/ créer une gouvernance synergétique de tous ses niveaux 2/ adopter sur le long terme une gestion responsable des réseaux 3/ élaborer de nouvelles règles de conception des outils technologiques 4/ obtenir, par une information et une sensibilisation adaptée, le concours positif des populations et des acteurs économiques. On attachera également de l?importance à la prévisibilité car aujourd?hui les niveaux de prévisibilité des systèmes, en cas d?aléa, sont très faibles et anticiper correctement les réactions des systèmes complexes est très difficile. Il faudra donc approfondir notre connaissance des menaces, des effets déclencheurs et des signaux faibles. Nous prendrons également en compte la dimension humaine car avec son imagination, son adaptabilité et sa rage de vaincre, l?homme peut, s?il a des objectifs clairs, pallier certaines insuffisances de directives génériques et d?une ingénierie parfois trop complexe. Le consortium constitué pour le projet RESILIS, associant trois grandes ingénieries françaises ayant d?importantes activités à l?international, et des centres de recherche réputés tant en France qu?à l?étranger, rassemble les compétences nécessaires pour apporter les réponses aux questions découlant de l?appel à projet. Ainsi seront posées les bases d?une ingénierie de la résilience urbaine destinée à accompagner les décideurs, les acteurs économiques et les populations dans le développement de la résilience urbaine.
Coordination du projet
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Partenariat
Aide de l'ANR 788 852 euros
Début et durée du projet scientifique :
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