– CompeSense
Ces dernières années ont apporté une prise de conscience aiguë que le fait d'explorer la perception uniquement en considérant chaque modalité sensorielle de façon isolée fournit une vue extrêmement réductrice, tant de notre cerveau que de nos capacités comportementales. Les interactions multimodales sont omniprésentes dans la perception humaine et les preuves s'accumulent actuellement que ces interactions se produisent dans beaucoup de régions du cerveau, y compris dans des régions sous-tendant les stades précoces de traitement et auparavant considérées comme unimodales. Les interactions multisensorielles ont souvent des répercussions bénéfiques sur le comportement comme des réponses plus exactes ou plus rapides. Pour cette raison, on pense généralement qu'elles aident la perception en créant un percept unique. Cette vue est soutenue par les études d'imagerie chez l'homme aussi bien que par les enregistrements chez le singe éveillé qui montrent que le codage multisensoriel des informations existe déjà au sein même des neurones. Cependant, les interactions multisensorielles peuvent aussi causer une compétition entre les perceptions, plutôt qu'une intégration, avec des conséquences nuisibles sur le comportement du type, par exemple, de la dominance sensorielle d'une modalité au détriment d'un autre. Le présent projet se concentre sur cet aspect moins étudié de la perception. Le but est d'identifier les régions du cerveau du primate impliquées dans la compétition sensorielle unimodale (visuelle ou tactile) et crossmodale (visuo-tactile) et de déterminer leur fonction spécifique. Cette question sera étudiée en utilisant l'Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) chez le singe éveillé. Cette technique convient idéalement pour faire le lien entre les résultats d'IRMf chez l'homme et les données neurophysiologiques chez le singe. Elle nous permettra en outre de réaliser des lésions réversibles de zones d'activation identifiées par IRMf afin d'établir des liens causals entre des régions frontales ou pariétales spécifiques et les phénomènes de compétition. Le paradigme conçu pour le singe a été inspiré par nos propres études chez l'homme qui montrent que le phénomène clinique d'extinction, qui constitue un exemple pathologique frappant de compétition sensorielle, possède un équivalent physiologique chez les sujets normaux. Trois versions d'une même tâche seront utilisées pour mesurer cette « extinction », deux unimodales et une multimodale. Dans toutes les versions, le singe est assis en sphinx à l'intérieur du scanner face un écran présentant un point central de fixation ainsi que, dans sa partie basse, trois carrés de réponse. L'extinction sera testée en comparant des stimulations simples à des stimulations doubles, pour les modalités visuelle, tactile, et visuo-tactile. Les résultats amélioreront notre connaissance des bases neuronales de la perception sensorielle en l'abordant sous l'angle de la compétition plutôt que de l'intégration. Ils fourniront aussi des pistes qui pourront être utiles pour la réadaptation de patients atteints de négligence et d'extinction, de difficultés d'apprentissage, ou de troubles du langage.
Coordination du projet
Organisme de recherche
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Partenariat
Aide de l'ANR 293 208 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois