BLANC - Blanc 2007

Violence endogène et portées sociales d'une catastrophe écologique: corps individuels, corps sociaux dans l'aprés Katrina. – Katrina-NOLA

Résumé de soumission

L'ambition de cette recherche est d'analyser les portées endogènes de violences sociales propres aux catastrophes écologiques. Elle porte sur le cas de Katrina, catastrophe (ouragan, inondations, explosions, incendies, et c) qui a affecté un million d'habitants de la Nouvelle Orléans et de ses environs. Nous examinerons ces violences selon la perspective théorique du pragmatisme et plus particulièrement de l'émergence de nouveaux publics (au sens de Dewey) et de leur effet dans le tableau des tensions résultantes. Tout en s'appuyant sur l'acquis des études de l'impact des catastrophes (Oliver-Smith, Erikson…) et du risque dans le monde contemporain (Beck, Callon, Gibert…), l'accent sera mis sur la profondeur temporelle de la catastrophe et l'imbrication de ces violences avec les processus urbains et leurs acteurs, au sens incarnés (embodied subjects). Par différence avec l'acquis d'approches qui analysent les effets désastreux au prisme des structures de violences préexistant aux catastrophes (soit que celles-ci les révèlent soit qu'elles les catalysent), on mettra ici l'accent sur la violence propre à l'événement catastrophique et à son sillage. La dimension sociale des violences de catastrophe sera saisie sous deux aspects complémentaires : 1) Quant à leur cause (pour autant qu'on puisse imputer à des agents humains une responsabilité dans les enchaînements catastrophiques). On avance une première hypothèse selon laquelle, dans les conditions de société technologiquement avancée, cet aspect socialement déterminé de la violence se transmute immédiatement en violence morale. A la différence d'une violence symbolique, masquée et méconnue (Bourdieu 1998), la violence morale est ouvertement éprouvée dans un registre de valeurs partagées (éthiques d'assistance, du droit au retour, à l'accès équitable aux ressources post-catastrophe) et elle définit des normes de recevabilité quant aux réponses, enjoignant aux formes exigeantes de l'excuse, du rachat, de la réparation d'atteinte à des dignités. La nature de ces violences sera à discerner aussi bien dans la constitution de publics autour d'exigences de justification, que dans les récits individuels, ces derniers pouvant croiser les premières et « faire lien » entre individus susceptibles d'être part de ces publics émergents. 2) Ces violences sont également sociales du coté de leurs prises d'effets: naturelles et/ou sociales quant à leur cause, il reste qu'elles sont éprouvées « massivement », par une foule d'acteurs qui savent que ce qui leur arrive est arrivé à d'autres (quoiqu'inégalement). Ainsi constituent-t-elles un et plusieurs collectifs. En même temps, les effets disruptifs du choc (et des réponses au choc) se transportent en cascade dans des séries d'épreuves pratiques auxquels les citadins se trouvent subséquemment confrontés. Ces lignes de propagation de l'onde de choc à travers des cours de vie personnelle peuvent diverger selon l'ampleur et le type de dommages subis. La catastrophe lègue donc dans sa turbulence et des socles d'expériences partagées (des principes de rapprochement) et des lignes de faille (des principes d'opposition) entre ces socles. L'hypothèse est que ce legs de violence et la manière dont il est relevé, apporte à la vie sociale autant de « liant » que de « déliant », l'objectif étant d'étudier l'économie de ces reconfigurations. On privilégiera les terrains de la santé et de l'urbanité pour y suivre deux traçages des effets de violence s'imprimant sur deux registres : celui des corps et celui des cadres de l'habiter. Mais chacun de ces registres (biens de santé et biens d'urbanité) répète à sa manière la violence morale initiale : sur l'un revient le motif de la carence d'assistance, sur l'autre celui d'un pacte en passe d'être trahi : un engagement participatif qui ne se donne pas les moyens d'être à la hauteur de l'idéal qu'il pose. Dans ces domaines l'enquête visera à recueillir des récits consignant les expériences du désastre, à situer les contextes dans lesquels ils s'énoncent et se croisent; puis à saisir si et comment ces raccords donnent lieu à l'émergence de lignes d'actions collectives, convertissant les lignes d'épreuves en « lignes de public ». Les données recueillies par entretien, en réunions et forums, la lecture de rapports, documents médias, etc. seront soumis à une analyse qualitative selon les méthodes de la théorie fondée. (Année 1, 2) Les résultats seront confrontés en séminaires (Année 3) aux travaux de chercheurs portant sur des catastrophes urbaines (AZF, Kobe, Tsunami de 2004). Ce projet est interdisciplinaire, articulant anthropologie médicale et sociologies urbaine et politique. Il élargira les perspectives en matière de prévention et de réponse à la montée de catastrophes écologiques affectant les villes modernes. Enfin, conceptualisant le rapport entre catastrophe et violence, il devrait contribuer à l'analyse des dynamiques sociales de violence.

Coordination du projet

Organisme de recherche

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Aide de l'ANR 160 000 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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