Le paradoxe répulsif en Santé Publique: peut on recommander des composés à mode d'action inconnu pour se protéger des insectes nuisants et vecteurs de maladies? – REAC
Les changements globaux (environnementaux, climatiques et sociétaux) en Europe et dans les pays du Sud influent sur la distribution et la dynamique des agents pathogènes et de leurs vecteurs contribuant ainsi à l’émergence/réémergence de maladies (paludisme, dengue, West Nile) dont les impacts économiques et sanitaires sont considérables. Aujourd’hui, la lutte antivectorielle constitue la meilleure stratégie de prévention de masse applicable contre la plupart des endémies tropicales transmises par les insectes, en particulier celles transmises par les moustiques. Pour certaines maladies comme la dengue, la maladie de Chagas, et plus récemment le chikungunya, il n’existe ni vaccin ni moyen curatif et la lutte et/ou protection contre les moustiques demeure la seule arme utilisable. Historiquement, les stratégies utilisées pour réduire l'incidence des maladies à transmission vectorielle ont porté sur l’élimination ou le contrôle des populations de vecteurs (par des moyens chimiques et biologiques) et sur la protection personnelle principalement sous forme de produits répulsifs. Ces derniers font l’objet d’un regain d’intérêt en santé publique car de récentes études ont montré leur potentialité à réduire la transmission d’agents pathogènes responsables du paludisme. L’utilisation de répulsifs peut également devenir une mesure de protection personnelle efficace dans les zones où la biologie et le comportement des vecteurs rendent moins favorables l’utilisation de méthodes conventionnelles (matériaux imprégnées, pulvérisations d’insecticides) comme en Asie du Sud Est ou dans l’Océan indien. Cependant, un constat très préoccupant établi de façon claire un manque de données évident sur la toxicité et les mécanismes d’action de ces composés chez les insectes et les mammifères. Compte tenu des spécialités complémentaires des trois partenaires associés à ce projet, une approche interdisciplinaire permettra d’étudier tout d’abord les modifications comportementales et physiologiques induites par les répulsifs chez les moustiques vecteurs de maladies humaines grâce à des études de laboratoire (bio-essais, chambre de vols) et de terrain (cases expérimentales). Ces recherches apporteront de nouvelles connaissances sur le mode d’action des substances répulsives et sur le fonctionnement du système olfactif chez les insectes. Celles ci seront complétées par une caractérisation à l’échelon cellulaire et moléculaire des mécanismes d’action et des cibles physiologiques impliqués dans la toxicité des répulsifs sur des préparations neuronales (synaptique et extra synaptique) d’insectes, grâce à des approches électro-pharmacologique et d’imagerie cellulaire. Enfin, l’impact des répulsifs sur les activités d’enzymes impliquées dans la régulation des fonctions cellulaires (acétylcholinestérase) sera étudié par des approches biochimiques (cinétiques enzymatiques, tests de compétition enzymes/substrats) sur des protéines purifiées. Basé sur ces résultats obtenus, il sera possible de développer un modèle biologique original de neurones de moustiques (Anopheles gambiae) afin de corroborer les résultats obtenus sur une espèce d’intérêt en santé publique. Puisque des réglementations nationales et européennes sur la toxicité et l’efficacité des répulsifs vont être mises en place dans les prochaines années, les pouvoirs publics et les industriels sont en attente d’informations essentielles sur leurs performances, leurs cibles physiologiques, et leurs effets bénéfiques et/ou indésirables chez les insectes et les mammifères. Les résultats obtenus dans le cadre de ce projet de recherche permettront de répondre à ces attentes et de contribuer à une meilleure utilisation de ces composés en santé publique.
Coordination du projet
Université
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Partenariat
INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT - IRD
Aide de l'ANR 280 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois