JCJC - Programme "Jeunes chercheuses et jeunes chercheurs" 2006

Pour une anthropologie de l'inceste Enquête ethnographique sur la parole dans le dispositif incestueux – ADLI

Résumé de soumission

1- Contexte scientifique et objectif du projet : Jusqu'ici, l'anthropologie n'a étudié l'inceste qu'à travers ce qui l'interdit, et l'a toujours situé dans le registre des règles sociales et/ou des représentations. Les disciplines consacrées à la santé mentale ont quant à elles étudié l'inceste en tant que désordre du psychisme, comme un phénomène relevant pleinement de leur champ d'intervention. Dans la perspective où nous l'abordons, l'inceste n'est pas une catégorie symbolique, mais un abus sexuel commis sur un enfant dans sa famille. Le projet proposé ici décrira l'inceste à partir de l'expérience réelle qu'en ont les personnes concernées (victimes, abuseurs, parents, proches et alliés, mais aussi voisins, instituteur, assistant social...). Il repose sur l'hypothèse développée dans une recherche antérieure par Dorothée Dussy (porteuse du projet) que l'inceste est un ordre social qui, comme tout ordre social, dicte à la famille des valeurs déclinées autour du silence, élément fondateur de la situation incestueuse. L'équipe, constituée de trois ethnologues françaises et d'une chercheuse québécoise en travail social, propose de documenter cette anthropologie de l'inceste à partir de la parole de et sur l'inceste. 2- Description du projet et méthodologie Nous interrogerons la dimension empirique de l'inceste à partir du dispositif indigène de mise au silence de la famille et des autres acteurs sociaux avertis d'une situation d'inceste. Car dans une famille, l'inceste ne se réduit pas aux abus sexuels : il inclut la mise au silence de tous ses membres et la façon de chacun de gérer la vie quotidienne à la maison, le temps de la journée et les territoires. Il inclut aussi la façon dont une personne se raconte l'inceste et le silence qui entoure ce qui fait son quotidien. L'étude consistera à comprendre ce qui est dit de l'inceste, dans et à l'extérieur de la famille incestueuse, à l'échelle de l'histoire d'une personne, de l'histoire de cette personne dans sa famille, et de cette personne dans la société. Il s'agit aussi de comprendre le statut de chacune des paroles (de justification, de dénonciation, de révélation...) qui entourent la situation incestueuse à un moment donné. Travailler sur la parole revient à étudier le silence qui fonde l'inceste. Une étude sur la parole de et sur l'inceste permettra également d'évaluer le poids de l'environnement extérieur, notamment des institutions diverses (sociales, scolaires, professionnelles, judiciaires..) sur les configurations familiales incestueuses, et plus précisément de comprendre les liens et les représentations que les différents acteurs entretiennent et se font les uns des autres (agresseur, victimes, familiers et proches, assistant sociale, médecin, instituteur, commerçant...). Cette recherche s'étalera sur trois ans (dix-huit mois de recherches et dix-huit mois de rédaction) et reposera sur cinq enquêtes dont quatre ethnographies, c'est-à-dire des recherches qui exigent l'immersion et l'implication totale du chercheur sur son terrain afin qu'il s'imprègne de l'institution et des lieux, reçoive la confiance nécessaire des différents acteurs rencontrés et qu'il puisse, de fait, dépasser les discours convenus. Surtout, l'ethnographe se laisse porter sur et par son terrain : la manière dont il travaille, et surtout dont les événements se déroulent sur ce terrain-là, avec ces gens-là, tous pris, comme lui, mais chacun de sa place, par et dans les faits qu'il cherche à comprendre, parlent en effet de son objet d'étude. Les deux premières enquêtes seront réalisées au Canada, où des programmes spécifiques à l'attention des auteurs de viols incestueux sont mis en place. L'une reposera sur la rencontre avec une vingtaine d'hommes reconnus ou présumés coupables d'agression sexuelle sur un ou plusieurs enfant(s) mineur(s) de leur famille. L'autre, en fonction des possibilités, s'adressera aux proches et familiers (victimes ou non) de ces agresseurs. Les trois autres enquêtes auron.

Coordination du projet

CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE ILE-DE-FRANCE SECTEUR PARIS A (Divers public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE ILE-DE-FRANCE SECTEUR PARIS A

Aide de l'ANR 60 000 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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