L'Europe : Un ou Plusieurs Marchés du Travail ? – Europe
L’Acte unique européen, entré en vigueur en 1993, a institué le libre mouvement des travailleurs à l'intérieur de l'Union européenne (UE). Plus de dix ans après, il est important de se demander si l'Europe est constituée d'un ou de plusieurs marchés du travail. Nous aborderons cette question en analysant quatre dimensions essentielles pour l'existence d'un marché unique du travail en Europe. Premièrement, l'émergence d'un marché unique est plus probable si les institutions des différents marchés du travail ne sont pas trop différentes. Dans ce premier volet, nous étudierons l'hétérogénéité des marchés du travail nationaux par rapport à deux institutions, la régulation du temps de travail et la structure de la négociation salariale. Dans le cadre d'un modèle de recherche bilatérale (« two-sided search »), nous représenterons des économies avec différents niveaux de rigidité dans la négociation de la durée du travail et dans la renégociation du salaire. Le modèle sera calibré pour la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni pour étudier l'importance quantitative des ces institutions dans l'explication des différences de performance entre ces économies. En deuxième lieu, nous étudierons l'importance de certaines barrières institutionnelles à la mobilité de travailleurs entre pays. Plus précisément, nous étudierons l'impact de la transférabilité imparfaite des droits à l'allocation chômage entre pays. En effet, un chômeur ayant droit à l'assurance chômage dans un certain pays de l'UE ne garde qu'une partie de ses droits s'il décide de chercher un emploi dans un autre pays. Dans le cadre d'un modèle d'appariement à deux pays où les décisions de migration et d'ouverture de postes dans chaque pays sont endogènes, nous étudierons si cette barrière peut expliquer au moins en partie les faibles taux de migration observés entre pays de l'UE. Troisièmement, un marché du travail unique a plus de chances d'exister si les participants à ce marché ont des caractéristiques similaires dans les différents pays. A partir des données de l'enquête européenne EHCP, nous étudierons le lien entre le niveau de l'allocation chômage et le sentiment de sécurité des participants au marché dans différents pays. En effet, l'enquête ECHP inclut une question sur le sentiment de sécurité dans l'emploi et permet aussi de calculer pour chaque employé la durée maximale d'indemnisation et le montant de l'allocation qu'il recevrait s'il perd son emploi. En exploitant cette information pour différents pays européens, nous étudierons si la sensibilité au niveau de l'indemnisation chômage diffère fortement entre les pays européens. Enfin, la diversité linguistique de l'Europe a été traditionnellement considérée comme un frein important à la mobilité. Cependant, le rôle croissant de l'anglais comme lingua franca internationale pourrait être à l'origine d'un marché du travail européen unifié, au moins pour les travailleurs qualifiés. Nous exploiterons les questions de l'ECHP portant sur la connaissance et l'utilisation des langues dans les pays européens pour comprendre empiriquement le rôle joué par l'anglais dans les marchés du travail des différents pays européens non anglophones. Dans un premier temps, nous étudierons l'étendue et la géographie de l'utilisation de l'anglais et nous dresserons à l'aide de régressions qualitatives un tableau des caractéristiques des utilisateurs des langues étrangères au travail, et en particulier de l'anglais. Nous développerons aussi un modèle à deux pays avec migrations afin de comprendre les principaux mécanismes de l'apparition d'une lingua franca.
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Organisme de recherche
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Partenariat
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Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois